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ISMÈNE TOUSSAINT

« LES CHEMINS DE GABRIELLE ROY », UNE CHRONIQUE D'HENRI BERGERON, COMMUNICATEUR, JOURNAL LA PRESSE, MONTRÉAL (1999)



Henri Bergeron

LES CHEMINS DE GABRIELLE ROY

                                             UNE CHRONIQUE D'HENRI BERGERON (LA PRESSE, 4 MARS 1999)

Au sujet de la parution de Les Chemins secrets de Gabrielle Roy, je me réjouis de la démarche de son auteur. Et voici pourquoi. Mon père disait que les chemins de Gabrielle Roy étaient tellement secrets qu'on se demandait comment elle avait pu arriver à Altamont1...

Je suis bouleversé : je ne lis pas seulement ce livre d'Ismène Toussaint, publié aux Éditions internationales Alain Stanké, avec ma tête, mais avec mon cœur. J'y retrouve les aînés d'aujourd'hui que j'ai connus, mes amis, mes racines, la maison des Badiou où j'allais jouer avec mes petits camarades...

Ce qui me touche énormément, c'est que l'auteur ait interviewé non pas les littérateurs, mais les proches et les petites gens qui l'ont bien connue. Ceux-ci, généralement très repliés sur eux-mêmes, ont fait confiance à l'auteur, au point d'accepter de parler d'une de leurs connaissances les plus intimes : Gabrielle Roy.  

J'admire la justesse des mots qu'elle a employés pour le Manitoba et ses habitants : j'y sens la plaine de Louis Riel. Elle a dépassé l'image de papier glacé que l'on nous donne souvent de la romancière pour pénétrer dans sa vie de tous les jours, entourée des gens de son quotidien.

De plus, j'aime le fait qu'elle n'ait pas eu peur de se poser comme conciliatrice entre les deux sœurs2. Ismène Toussaint me fait penser à Remy de Gourmont3, cet écrivain français qui, à la fin du siècle dernier, est venu fouiller un peu partout au Canada et a rapporté de son séjour un beau volume  sur notre pays et ses pionniers sous le titre Les Canadiens de France4. J'en ai fait mon livre de chevet pour me rappeler que nous ne sommes pas de génération spontanée et que nous devons beaucoup à nos ancêtres.

Chronique également parue sous le titre « Henri nous écrit » dans La Liberté, Saint-Boniface, Manitoba, 3 février 1999 ; et sous le titre « Les Chemins secrets de Gabrielle Roy » dans Le Devoir, Montréal, 18 février 1999. 

NOTES

1. Il s'agit d'un village de l'ouest du Manitoba, région où Gabrielle Roy passait ses vacances dans sa jeunesse. Elle en a fait le cadre de plusieurs romans, dont La Route d'Altamont (1955). Henri Bergeron était originaire d'un village voisin.

2. Gabrielle Roy et sa sœur aînée Marie-Anna, également écrivain, ne s'entendaient pas, la seconde enviant les succès de la première. Voir les articles qui lui ont été consacrés dans l'espace central de ce site.

3. Remy de Gourmont (1858-1915). Né près d'Argentan (Orne, Normandie), cet aristocrate devient attaché de la Bibliothèque nationale, à Paris,  mais la publication d'un article polémique et dédaigneux sur les passions nationalistes restreignant le développement des affinités artistiques entre la France et l'Allemagne, lui en fermera les portes en 1891, ainsi que celles de la presse. En 1889, il cofonde la revue littéraire Le Mercure de France, qui perdure de nos jours, mais atteint d'un lupus qui le défigure, sortira désormais peu dans le monde, se consacrant à l'écriture. Féru d'histoire, de littérature ancienne et des nouvelles esthétiques de son temps, notamment le symbolisme, il pratique une forme de discernement ou « dissociation d'idées » et produit une œuvre abondante, dont voici quelques titres : poésie (Litanies de la rose, 1892 ; Fleurs de jadis, 1893 ; Oraisons mauvaises, 1900, Divertissements, 1912), contes et romans (Merlette, 1886 ; Sixtine, roman de la vie cérébrale, 1887 ; Le Fantôme, 1893 ; Le Château singulier, 1894 ; Les Chevaux de Diomède, 1897 ; Un cœur virginal, 1907), essais et chroniques (Un volcan en éruption, 1882 ; Les Derniers Jours de Pompéi, 1884 ; Esthétique de la langue française, 1899 ; La Culture des idées, 1900 ; Promenades littéraires, 1904 ; Dans la tourmente, 1917), correspondances avec son amour platonique, la baronne Nathalie Clifford Barney (1876-1972), célèbre courtisane et lesbienne (Lettres à l'Amazone, 1914) et avec sa maîtresse, Berthe de Courrière (Lettres à Sixtine, 1921). 

4. Le titre original est Les Français au Canada et en Acadie (1888).

                 
« Les Routes d'Altamont », par Réal Bérard (peintre métis franco-manitobain)
                

 

 

 

© Henri Bergeron - La Presse -
Photo : autochtones.ca -


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