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ISMÈNE TOUSSAINT

« CHRISTIAN LEROY (1931-1993), UN ÊTRE PROFONDÉMENT HUMAIN », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, JOURNAL LA LIBERTÉ, SAINT-BONIFACE, MANITOBA (1994)




CHRISTIAN LEROY (1931-1993), UN ÊTRE PROFONDÉMENT HUMAIN

PAR ISMÈNE TOUSSAINT, LA LIBERTÉ (MANITOBA, 1994)


Rennes, France, le 31 décembre 1993

Monsieur le rédacteur,

La nouvelle du décès de Christian Leroy, animateur radio à CKSB Radio-Canada, m'étant parvenue tardivement, permettez-moi, par l'intermédiaire de votre journal, d'offrir mes plus sincères condoléances à sa famille, à ses collègues, et aux auditeurs qui l'ont aimé, très nombreux.

Au printemps 1990, plus que nos origines françaises, nous avait rapproché un goût commun pour les arts et les lettres (je préparais alors mon doctorat de littérature), la communication et le hockey sur glace.

Christian Leroy fut, sans exagérer, l'un des êtres les plus profondément humains que j'aie croisés sur ma route. Serviable, généreux, il ne vous abandonnait pas dans l'épreuve et à plus d'un égard, mérite le titre d'«ami véritable». Reconnaissant éprouver « un immense amour pour toute l'humanité », il donnait, partageait, dépensait et se dépensait sans compter.

Il adorait les fêtes, les surprises, l'imprévu, courir les magasins, et n'avait pas son pareil pour vous entraîner au restaurant chinois ou dans la dernière « boîte à jazz » de Winnipeg. Sa gentillesse et sa simplicité n'excluaient toutefois ni les excès d'une sensibilité à fleur de peau - ses yeux s'embuaient de larmes à la moindre contrariété - ni les caprices d'une « star » comblée par le succès : ainsi lui arrivait-il d'essayer une cinquantaine de paires de chaussures dans un magasin, avant d'en ressortir avec... de simples semelles anti-pluie.

Malgré d'inévitables obstacles et jalousies, il s'avouait « heureux » de sa longue et fructueuse carrière, qui l'avait mené d'Europe au Québec, enfin, au Manitoba. Ses débuts à la radio avaient été modestes et difficiles mais l'exceptionnelle beauté de sa voix, ses compétences musicales et sa volonté de défendre notre langue par le biais de la chanson francophone, très vite, lui avaient gagné les faveurs d'un auditoire éclairé et fidèle. Il était ouvert à toutes les formes musicales, au brassage de toutes les cultures, et voyageait souvent à la recherche de nouveaux talents.

Artiste lui-même, il peignait, sculptait, jouait d'un instrument et collectionnait les objets d'art. Son intérieur était très raffiné et la musique s'échappait en permanence de son petit salon.

À la douleur glacée que provoque en moi la lecture du faire-part, succède la vision fugitive d'une petite âme, poussière de notes balayée par le grand vent du Manitoba, abandonnée, peut-être, à l'infinie plaine solitaire...

Mais Christian aimait avant tout la joie, la gaieté, la comédie, et sans doute eût-il préféré que de lui, demeure une autre image : celle de l'ami au rire d'enfant qui, dans les soirées, s'esclaffait bruyamment à ses propres jeux de mots et, tout fier de lui, s'en allait les répétant à la ronde.

Il rêvait d'acheter une petite maison dans le Sud de la France. Et cette petite maison, je venais de la lui trouver, toute ensoleillée par le chant des cigales et l'éventail des oliviers. Elle l'attendait pour l'été 1994, au creux d'un petit chemin poudreux de Provence...

Lettre parue dans La Liberté du 11 au 17 février 1994, Saint-Boniface, Manitoba. Une photographie de M. Christian Leroy sera ajoutée ultérieurement.

Au pays de CKSB
Dans Au Pays de CKSB (Éditions du Blé, Saint-Boniface, 1996), le journaliste Bernard Bocquel rend hommage à Christian Leroy, l'une des grandes personnalités de la radio francophone dans l'Ouest canadien

 

 

 

 

© Ismène Toussaint - La Liberté -
Illustration en haut : new-idol.com -


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