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ISMÈNE TOUSSAINT

« GUY LAFLEUR, L'OMBRE ET LA LUMIÈRE », PAR GEORGES-HÉBERT GERMAIN, CO-ÉDITION GLOBAL/LIBRE EXPRESSION, MONTRÉAL, 1990 », COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE D'ISMÈNE TOUSSAINT (1990)



Le hockeyeur Guy Lafleur

GUY LAFLEUR, L'OMBRE ET LA LUMIÈRE, PAR GEORGES-HÉBERT GERMAIN, CO-ÉDITION GLOBAL/LIBRE EXPRESSION, MONTRÉAL, 1990, 407 p.1 

                                             COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE D'ISMÈNE TOUSSAINT (1990)2


Ange évoluant sur la glace comme sur un « lac de lumière » ou « démon blond » combattant, «toutes griffes dehors», avec la patinoire, cette « bête couchée dans son antre » ; mystique « oint de lumière sacrée », exclusivement voué à « l'excessive et autoritaire religion du hockey » ou porte-parole des grands fabricants de sport et d'automobiles ; jeune homme rangé, respectueux de l'ordre et de la loi ou héros rebelle, dressé contre la toute-puissante organisation des Canadiens de Montréal ou encore contre l'idéologie séparatiste québécoise ; superstar comblée de tous les dons, symbole de courage et de réussite, modèle de milliers de jeunes Canadiens, «monument culturel», « icône », « oracle »... Depuis trente ans, Guy Lafleur (numéro 10) ne cesse de fasciner. Incarnation vivante du hockey, il a très vite dépassé les frontières de ce sport pour se hisser au rang de véritable mythe national. Par sa détermination et son sens inné du spectacle, de l'événement et de l'écriture médiatique, il a su conquérir autant le peuple nord-américain tout entier que le monde des affaires, des arts - le chanteur Robert Charlebois n'a-t-il pas dit de lui : « il est notre soleil en hiver ? »3 - et des lettres.

Au journaliste culturel Georges-Hébert Germain - pour qui le hockey est « en soi une littérature » - il n'aura pas fallu dépouiller moins de deux-cent kilos de presse sportive avant de nous offrir le double portrait, tout en nuances et en contrastes, de celui que l'on pourrait définir comme « l'Artiste en joueur de hockey » : Guy Lafleur, l'Ombre et la lumière, titre inspiré par un poème du célèbre  joueur de hockey lui-même4.

La lumière, ce sont les débuts à Thurso (Ontario), puis à Québec, de cet incomparable prodige de dix ans, « capable de jouer dans n'importe quelle position, offensive, défensive, possédant un étonnant coup de patin, un lancer frappé foudroyant et un revers d'une remarquable précision »; puis le lent façonnage, sous les feux de la rampe, d'une personnalité joignant la franchise à un mélange de gaieté et de gouaille populaire ; la fulgurante ascension au sein des Canadiens de Montréal de ce jeune dieu, beau, riche, célèbre et adulé ; les innombrables victoires ; la communion avec la foule qui, en pleine magie, en pleine extase, scande son nom à chaque tournoi ; enfin, ce spectaculaire retour au jeu avec les Nordiques de Québec, après quatre années de réclusion.  

L'ombre, ce sont  l'envers de la gloire, la face secrète et cachée de Guy Lafleur, homme trop vite arraché à son enfance, tourmenté par le doute, la peur, et ce lancinant mal de vivre qu'il partage avec tant de nos contemporains. Lors de ses périodes de dépression, où il ne peut ni compter ni couvrir ses adversaires, la fine fleur du hockey, pareille à « ces héliotropes qui se tournent vers le soleil », se met à rechercher le monde de la nuit et ses paradis artificiels  : l'alcool, les night club, la griserie de la vitesse... Suivront alors, inexorablement, la défaite, la désillusion, puis après la séparation d'avec les Canadiens, la solitude et l'oubli.

La vie de Guy Lafleur ressemble à une partie de hockey avec ses combats, ses victoires, ses échecs, ses blessures... Et c'est peut-être la raison pour laquelle Georges-Hébert Germain a choisi de construire son livre comme un match en trois périodes, séparées chacune par une entracte, et suivies d'une prolongation. Sans pour autant masquer son admiration pour son modèle, l'auteur a su éviter le piège de l'hagiographie et, dans un style classique laissant parfois libre cours au reportage sportif, nous brosse un portrait vibrant, sincère, profondément humain. Les interviews des êtres qui ont aimé Guy Lafleur (parents, amis, entraîneurs, coéquipiers, vedettes, fans) et la description de l'univers du hockey avec ses luttes pour le pouvoir et pour l'argent, contribuent à rendre ce portrait encore plus vivant. Cependant, Georges-Hébert Germain n'a pas hésité à donner une dimension romanesque à cet homme « consacré légende » par l'ensemble de ses contemporains, perpétuant ainsi le mythe de ce véritable héros solaire des temps modernes.

Reste à espérer, toutefois, que Guy Lafleur lui-même prenne un jour la plume pour nous livrer son autoportrait...

 
Le hockeyeur Guy Lafleur dans les années 1970

NOTES

1. Cet ouvrage a paru en anglais sous le titre Overtime. The Legend of Guy Lafleur (Prolongation. La Légende de Guy Lafleur), aux Éditions Penguin Books, Canada.

2. Bien qu'étant une commande d'une revue manitobaine, cet article demeura inédit. Son auteure le diffusa toutefois et contre toute attente, reçut une lettre de chaleureux remerciements de la part de Guy Lafleur lui-même. 

3. Cette adresse effectuée à la foule du Stade Olympique de Montréal, en 1977, est citée p. 223 dans l'ouvrage.

4. Ce poème, intitulé « Chandelle » (1990) et dédié à sa femme Lise Barré, est reproduit p. 47 dans l'ouvrage.

Livre Guy Lafleur
© Éditions Libre Expression 

 


 


 

© Ismène Toussaint -
Tableau et photo : blueskysportart.com - notrehistoire.canadien.com -


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