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ISMÈNE TOUSSAINT

« LARRY ROBINSON », PAR LARRY ROBINSON ET CHRIS GOYENS, ÉDITIONS DE L'HOMME, MONTRÉAL, 1988 », COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE D'ISMÈNE TOUSSAINT (1990)

 
Au temps des Canadiens de Montréal (années 1970)

LARRY ROBINSON, PAR LARRY ROBINSON ET CHRIS GOYENS, ÉDITIONS DE L'HOMME, MONTRÉAL, 1988, 285 p.1

COMPTE-RENDU BIBLIOGRAPHIQUE D' ISMÈNE TOUSSAINT (1990)2

La littérature de notre fin de siècle semble enfin reconnaître le genre « intime » à l'égal des autres genres littéraires. Témoins les innombrables écrits  personnels -  journaux, mémoires, souvenirs, correspondances, etc. - qui envahissent quotidiennement la devanture des librairies.   De nos jours, gens de lettres, politiciens, explorateurs, personnalités du monde des affaires, du cinéma ou du sport résistent mal au désir de se raconter.

Larry Robinson (numéro 19), célèbre défenseur de la Ligue Nationale de Hockey (LNH), créateur d'un style de « défense offensive » rarement égalé dans cette discipline, n'échappe pas à la règle. Celui qui, pendant près de vingt ans, a écrit l'histoire des Canadiens de Montréal sur papier de glace, troque aujourd'hui le bâton contre la plume pour nous offrir, en collaboration avec le journaliste sportif Chrys Goyens3, une autobiographie vivante, parfois émouvante.

Qui oserait imaginer Larry Robinson, cet « athlète né », cette force de la nature - dont le gardien de but Ken Dryden a dit qu'il était une véritable « présence »4 sur la glace - effectuant à quatre ans sa première leçon de patinage, « debout sur ses patins », maladroitement « appuyé à une chaise » et « se promenant » plus que glissant sur l'étang artificiel aménagé derrière la ferme familiale ?

Le joueur attache une importance toute particulière à ses souvenirs qui, « avec le temps se compriment comme les différentes couches de sédiment que les archéologues creusent pour mettre au jour les témoignages des civilisations du passé. » Souvenirs personnels, qu'il évoque sur le ton d'une douce confidence : son enfance à Marverville, en Ontario, ses études, ses amis, sa passion pour les chevaux. Souvenirs sportifs, transposés dans un style vif, précis, rapide, quasi-journalistique. Au rythme d'une partie de hockey, Larry Robinson décrit, relate et commente les faits saillants de son extraordinaire parcours, depuis les timides débuts dans le club local de Russell (Ontario) jusqu'aux heures de gloire au Forum de Montréal, en passant par le dur apprentissage au sein des Rangers de Kitchener (Ontario), puis des Voyageurs de Halifax (Nouvelle-Écosse) ; l'inoubliable séance de repêchage du 10 juin 1971, où il fut choisi par les Canadiens de Montréal ; et ses premiers succès comme « maître-plaqueur » lors des tournois.

À travers l'analyse de photos, de coupures de presse et de témoignages, ce sont aussi les plus beaux et les plus glorieux moments de la carrière des Canadiens qui revivent ici, la meilleure équipe de hockey du monde, réputée « invincible », vainqueur entre 1973 et 1986 de six Coupes Stanley et d'innombrables rencontres : « Quand la sirène s'est tue, j'étais entouré d'une mer de chandails rouges et Bo me tendait la coupe. J'étais tellement ému que je ne pouvais plus penser à rien. » (p.264).

Ce qui frappe, ce sont la franchise, le naturel et la sincérité de ce témoignage. On n'en attendait d'ailleurs pas moins  de la part de ce joueur connu pour son esprit chevaleresque et son honnêteté.  Épris de vérité, Larry Robinson jette un regard aussi lucide et objectif que possible sur les événements de son existence et sur lui-même. Et sans renier les qualités qui le caractérisent  : « nature compétitive », esprit de « défi », « parfaite coordination visuo-motrice », « force », « rapidité » et « endurance », reconnaît en toute humilité ses défauts, ses faiblesses et ses « irrégularités » en matière de jeu. De même, il n'oublie pas ce que son itinéraire et son talent doivent à l'influence des aînés : Bobby Hull, « le héros de mon enfance », et Bobby Orr, « descendu du Mont-Olympe pour se joindre aux pauvres humains. »

Son auto-analyse se double de réflexions pertinentes sur le jeu, sur les joueurs, et de portraits de hockeyeurs que l'opinion ne reconnaît pas toujours à sa juste valeur : ainsi le défenseur Paul Coffey des Penguins de Pittsburgh (Pennsylvanie, États-Unis). L'humour n'est pas absent de l'ouvrage, ni même l'ironie qui se déchaîne à plusieurs reprises, acerbe, contre une certaine presse, accusée de ne voir les événements sportifs que « sous leur jour dramatique » ou en termes statistiques, au lieu de rendre hommage à ce qui constitue pour Larry Robinson la véritable essence du joueur de hockey : «l'amour du jeu.»

Signalons pour le profane que Larry Robinson, à la suite de problèmes de contrat avec les Canadiens de Montréal, a signé avec les Kings de Los Angelès le 25 juillet 1989. Âgé de quarante ans, il est le joueur qui a participé au plus grand nombre de « Matchs des Étoiles » dans toute l'histoire du hockey et achève actuellement sa vingtième saison.5

 
Larry Robinson
dans les Kings de Los Angelès (années 1990)


NOTES

1. L'original de cet ouvrage a paru en anglais sous le titre Robinson for the defence (Robinson à la défense), McLelland and Stewart Inc., The Canadian Publishers, Toronto, 1988.

2. Larry Robinson était le joueur de hockey préféré de l'auteure Ismène Toussaint. Bien qu'étant une commande d'une revue manitobaine, cet article demeura inédit.

3. Chrys Goyens est également l'auteur, avec Alan Turowetz, du best-seller The Lions in Winter (Les Lions en hiver), Prentice Hall Canada LTD, 1986. Il a été traduit en français sous le titre Les Canadiens de 1910 à nos jours, Éditions de L'Homme, Montréal, 1986.

4. Ken Dryden, L'Enjeu, Éditions du Trécarré, Montréal, 1982, p. 92. Le lecteur trouvera un portrait de Larry Robinson p. 90-95.

5. Larry Robinson a pris sa retraite en 1992. L'année suivante,  il est devenu l'entraîneur-adjoint des Devils du New Jersey (NJ, États-Unis), auxquels il a contribué à faire gagner la Coupe Stanley en 2000 et en 2003. En 2012, sa candidature d'entraîneur-adjoint auprès des Canadiens de Montréal ayant été rejetée, il est aujourd'hui celui des Sharks de San José (Californie). Étant également assistant-vétérinaire certifié et entraîneur de chevaux de course, il a fondé le Club de Polo de Sainte-Marthe (Vaudreuil-Soulanges, Montérégie), au Québec.  En 1995, il avait fait son entrée au Temple de la Renommée de Toronto à titre de 24e plus grand joueur de l'histoire du hockey canadien.



 

 

 

© Ismène Toussaint -
Illustration en haut : justabitoffside.blogspot.com -  


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