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ISMÈNE TOUSSAINT

« ISMÈNE TOUSSAINT : JOURNALISTE, UNIVERSITAIRE ET « MANITOBANIAQUE » - LA PASSION DU MANITOBA », PAR LAURENT GIMENEZ, JOURNAL LA LIBERTÉ, SAINT-BONIFACE (1990)

Ismène Toussaint                                                                                        
Ismène Toussaint                                   Silo à grains                                           Larry Robinson

  
« J'ai deux passions ici : les élévateurs à grains et Larry Robinson »

Ismène Toussaint à Laurent Gimenez (page-couverture de La Liberté, 5-11 octobre 1990)


ISMÈNE TOUSSAINT : JOURNALISTE, UNIVERSITAIRE ET
« MANITOBANIAQUE »


LA PASSION DU MANITOBA

PAR LAURENT GIMENEZ, LA LIBERTÉ (1990)

Tout a commencé en France par la lecture d'un ouvrage peu connu de Gabrielle Roy : La Montagne secrète. Aujourd'hui, Ismène Toussaint réside à Saint-Boniface et vit un amour fou avec le Manitoba.

Une petite jeune femme toute vive dans une petite maison au coin de la rue Desmeurons. Une gorgée de thé rapidement avalée puis, la parole rapide et les yeux brillants, Ismène Toussaint raconte sa passion : le Manitoba.

« En 1982, j'effectuais des études de lettres modernes à Rennes (Bretagne). J'avais choisi, par curiosité, un cours de littérature canadienne-française. Ça m'a passionnée. J'ai passé pratiquement un an à lire de la littérature canadienne. »

« Ce qui m'a plu dans ces livres ? La nature, l'aventure, le côté exotique qui séduit tous les lecteurs français. Plus profondément, j'ai découvert un style d'écriture que je n'avais jamais lu avant. Et puis j'ai trouvé dans cette littérature certains thèmes qui me touchent : le côté un peu noir, la désespérance. »

« Gabrielle Roy, je l'ai découverte avec La Route d'Altamont. Mais le coup de foudre, ça a été La Montagne secrète. L'itinéraire intérieur et extérieur d'un peintre qui parcourt tout le Canada à la recherche de lui-même et de son génie. »

« Après cette lecture, j'avais une envie irrésisticle de partir au Canada sur les traces du héros, Pierre Cadorai. Mais je n'avais pas d'argent, pas de bourse d'études. C'était un rêve qui ne pouvait pas se réaliser. »

Heureusement, comme dans les plus beaux romans d'aventure, la chance a montré son nez. Après avoir lu une annonce dans le journal Le Monde, Ismène Toussaint a sollicité et obtenu une bourse du gouvernement canadien pour des travaux de recherche. 

« Je n'y croyais pas. C'était trop beau. Je pensais qu'ils s'étaient trompés d'adresse. On m'a ensuite demandé de choisir ma destination. Je pouvais aller n'importe où, dans les universités les plus prestigieuses de Montréal. J'ai choisi Winnipeg. »

« Mon entourage universitaire ne comprenait pas mon choix. Ils me disaient : c'est le désert là-bas, les Indiens, les sauvages, pas d'universités. Enfin, tous les clichés. Moi, je voulais être sur le terrain, voir les plaines du Manitoba, vivre dans le cadre de Gabrielle Roy, m'imprégner de ses racines. » 

« Ma thèse de doctorat porte sur L'Homme et la nature dans l'œuvre de Gabrielle Roy. J'avais vu quelques photos, pas grand chose. Le blé, les plaines immenses... C'était flou dans ma tête. Il me semblait donc logique de venir au Manitoba. Et puis, rien que le mot « Ouest » me faisait rêver. Je savais que l'aventure m'attendait là-bas. »

« J'ai eu un choc dès mon arrivée au-dessus de l'aéroport de Winnipeg. Cette ville tellenent étendue avec des milliers de lumières. C'était magnifique... »

« Après, il y a eu la plaine. Là, ça a été le vertige, un vrai mal de mer qui m'obligeait à m'arrêter en voiture. Quelque chose qui vous fait peur, qui vous avale, comme un monstre. Le paysage, il vous garde. Je n'avais jamais vécu quelque chose d'aussi fort. J'ai ressenti ce que ressentaient beaucoup de personnages de Gabrielle Roy et je les comprends mieux maintenant. »

 
Maquette du disque de Daniel Lavoie, Jours de Plaine (1989), par Réal Bérard,
illustrant l'entrevue de Laurent Gimenez

 

« GABRIELLE ROY A REVÉCU POUR MOI » 

Vous ne le saviez-vous peut-être pas mais Ismène Toussaint a été journaliste et rédactrice en chef à La Liberté. Pour être très précis, à La Liberté des Côtes d'Armor, en Bretagne, un hebdomadaire très semblable à celui que vous êtes en train de lire.  

Depuis son arrivée au Manitoba, en août 1989, Ismène Toussaint a poursuivi son activité journalistique dans les pages des Cahiers franco-canadiens de l'Ouest, revue publiée par le Centre des Études francophones de l'Ouest (CEFCO).

Sa collaboration avec Allan Macdonell, professeur de littérature canadienne-française à l'Université du Manitoba, s'est également révélée très productive. « J'ai trouvé pratiquement tous les documents qui me manquaient », précise-t-elle. 

Son séjour à Saint-Boniface lui a aussi permis de rencontrer des personnes qui ont connu Gabrielle Roy. « C'est très intéressant de rencontrer des gens qui ont connu l'auteur sur lequel vous travaillez. Gabrielle a Roy a revécu pour moi. J'ai beaucoup mieux compris ses livres et ses personnages. »

À son retour en France, Ismène Toussaint s'attellera à un autre projet qui lui tient à cœur. Mais pour l'instant, elle ne veut pas entendre parler de retour.

« Il s'est passé beaucoup de choses pour moi ici. Je me suis assagie. J'ai pris des leçons de simplicité et de modestie. Mon regard sur les choses et sur les gens ne sera plus jamais le même, ne serait-ce que parce qu'il emporte le paysage manitobain. Le Manitoba et moi, c'est une histoire d'amour, et j'aime autant qu'elle se prolonge. »

Article paru dans La Liberté du 5 au 11 octobre 1990, rubrique « Culturel », Saint-Boniface, Manitoba, p. 11.



«Les élévateurs, je les appelle les grands solitaires de la plaine. Ils sont les seuls points de repère dans la campagne. On dirait des églises. Il y a quelque chose d'humain, de mélancolique dans les élévateurs à grains.» (Ismène Toussaint à Laurent Gimenez, La Liberté, 5-11 octobre 1990, p. 11)

 

 

 

 

 

 

© Laurent Gimenez - La Liberté -
Photos : Laurent Gimenez - thecanadianencyclopedia.com - prohockey.fr - galerieriviereauxrats.com -


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