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ISMÈNE TOUSSAINT

« CLAUDE BELLOIR PÊCHE PAR EXCÈS », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, JOURNAL LA LIBERTÉ, FRANCE (1989)


Un pêcheur à la mouche

CLAUDE BELLOIR PÊCHE PAR EXCÈS

 PAR ISMÈNE TOUSSAINT, LA LIBERTÉ (14 JANVIER 1989)

Claude Belloir n'a jamais rencontré le Roi des Poissons, dont parle si poétiquement l'écrivain Mario Mercier1 dans ses ouvrages. Ni ses filles, les ondines, dont on aperçoit parfois, flottant mollement à la surface du courant, la chevelure de spirogyre...

Pourtant, ce professeur d'anglais à l'air rêveur hante depuis son plus jeune âge rivières, étangs et lacs costérois2 : le Saint-Barthélemy, le Leffe, le Gouët... Chaque dimanche, dès l'ouverture de la pêche, à chaque congé et... parfois entre deux paquets de copies, il enfile ses waders en néoprène — qui, contrairement à l'opinion commune, n'effraient pas le poisson —, prend sa canne, sa soie, les mouches artificielles fabriquées par ses soins, et longe le bord des eaux, fouettant l'air d'un geste harmonieux.

«Plus qu'une détente, plus qu'un sport, la pêche est une véritable passion qui étend de jour en jour son empire sur moi, nous confie-t-il. Je ne pêche pas uniquement pour le panier, je pêche pour pêcher.»

Et que pêche Claude Belloir ? La truite — avec beaucoup de succès, d'ailleurs —, qu'il repère grâce aux ronds de gobage que celle-ci produit en remontant à la surface de l'eau, attirée par le faux insecte aquatique. « La pêche à la mouche évite au poisson d'avaler le ver et l'hameçon, comme dans certains cas de pêche à la cuiller ou au lancer, explique le jeune homme, et bien-sûr de se blesser avant sa remise à l'eau. » Sa prise exige non seulement une parfaite coordination entre le poignet et l'œil, l'esprit et les muscles, mais des qualités d'observation, de vigilance, de discrétion. « Et... d'impatience, ajoute Claude Belloir dans un sourire, en raison des nombreux déplacements que doit effectuer le pêcheur. C'est ce qui fait le charme et le côté déconcertant de ce type de pêche. » Parfois, il taquine aussi — mais avec moins de bonheur — le saumon, « poisson de sport » qui, vivant sur ses réserves, remonte rarement à la surface et n'attrape les insectes que par pure agressivité.

Quand il ne pêche pas, Claude Belloir écrit. Ou plus exactement il traduit de l'anglais des ouvrages... sur la pêche, bien-sûr ! Trois d'entre eux ont déjà paru chez des éditeurs — dont un Danois —, trois autres, à compte d'auteur dans une belle édition enrichie de photographies en couleur et en noir et blanc3.

Le dernier est une  fidèle et remarquable traduction des Mémoires d'un pêcheur à la mouche, de T.C. Kingsmill Moore. « Bible » des pêcheurs britanniques, ce livre clair et accessible constitue la somme des voyages halieutiques, des succès, des échecs et des observations de l'ancien juge à la Cour Suprême d'Irlande. Avec une rigueur toute scientifique et un réel souci pédagogique, l'écrivain-pêcheur analyse la psychologie du poisson, détaille les modèles qu'il a lui-même créés, et prodigue ses conseils en matière de pêche, « cette leçon de choses qui enseigne le silence ».

Ce chef-d'œuvre incontesté de la littérature halieutique d'Outre-Manche n'exclut toutefois de ses pages ni l'humour ni la poésie. Quand il dépeint la pittoresque figure d'un gillie (guide de pêche), «celle dont les années avaient fait passer  aussi bien la rousseur flamboyante des cheveux que le bleu des yeux» ; l'eau « souriante » sous le ciel irlandais aux  « nuées basses, déchiquetées, filant au travers des lacs » ; ou bien encore le montage de la mouche Heckam-Peckam and Black« corps en herl d'autruche noir, cerclé de quelques tours seulement  de tinsel d'argent, hackle noir et aile noire à pointe blanche. En queue seulement trouvait-on une touche de couleurs sous la forme d'une touffe de soie floche jaune. Maintenue à la verticale sur le corps de l'hameçon, on eût dit un véritable bébé-pingouin au ventre blanc et aux pattes jaunes. » Un chef-d'œuvre né au bord de ces lacs de légende, miroitants de rêves et de poissons : Schanawona, Glennicmurrin, Doulough, Fin, le Lac de Lumière...

Article paru le 14 janvier 1989 dans La Liberté des Côtes d'Armor, Saint-Brieuc, France.

NOTES

1. Mario Mercier (1945-). Écrivain, poète, peintre et réalisateur français. Originaire de Nice (Alpes-Maritimes), il a surtout publié dans les années 1980 de nombreux récits sur ses étonnantes rencontres et ses expériences spirituelles avec les éléments de la Nature : La Nature et le sacré, Les Rites du ciel et de la terre, Les Fêtes cosmiques, Le Monde magique des rêves, L'Enseignement de l'Arbre-Maître, etc., qui ont été réédités depuis. Après avoir été initié par des chamans de l'Asie du sud-est, il a également consacré plusieurs ouvrages à cette pratique, ainsi qu'à celle du tambour : Chamanisme et chamans (1990), Journal d'un chaman. L'Ours des montagnes bleues ; Journal d'un chaman. Les Voix de la mer (2007), Le Maître du Tambour. Origines et pratiques du tambour chamanique (même année).

2. Du département des Côtes d'Armor, en Bretagne.

3. Adresse : M. Claude Belloir, 56 rue Luzel, 22000 Saint-Brieuc. Il est aujourd'hui domicilié à Pommerit-le-Vicomte (Côtes d'Armor).



Mouche de pêche


 

 

© Ismène Toussaint -
Photo et illustration : peche-a-la-mouche.com - ikonet.com -


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