Photo

ISMÈNE TOUSSAINT

«UNE ŒUVRE MONUMENTALE : LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY», PAR PAUL GENUIST, LE MOUSTIQUE!... PACIFIQUE, VICTORIA, COLOMBIE-BRITANNIQUE (2004)


« Un nouveau chemin » (2011)

UNE ŒUVRE MONUMENTALE : LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY

PAR PAUL GENUIST, LE MOUSTIQUE!... PACIFIQUE (2004)

En voyant l’énorme livre qu’Ismène Toussaint vient tout juste de consacrer à Gabrielle Roy, et auquel ont contribué près de cinquante personnes : amis, connaissances, professeurs et critiques, je ne cacherai pas m’être demandé s’il n’y aurait pas, au long de ces 528 pages, des passages quelque peu pédants, pour ne pas dire ennuyeux. Erreur grossière ! Je l’ai lu – ou plutôt dévoré – en quelques soirées et le plaisir allait croissant à mesure que s’approfondissait ma connaissance de cet écrivain à la lumière de ces témoignages.

Gabrielle Roy n’est pas n’importe qui. À peu près tout le monde, je suppose, a lu quelques-uns de ses romans et vu le film tiré de Bonheur d’occasion. Mais il y a tout de même vingt ans que Gabrielle Roy n’est plus. En outre, on la disait réservée, voire sauvage, fuyant le monde pour mieux se réfugier dans l’écriture, sa seule passion. C’est donc tout un exploit de la part d’Ismène Toussaint d’avoir su si bien l’apprivoiser et de nous faire entrer dans le quotidien de l’écrivain.

Il lui a fallu plusieurs années de recherche pour retracer les chemins de Gabrielle Roy lorsqu’elle quitte son Manitoba natal pour le Québec et débute dans l’écriture. Ismène Toussaint s’appuie sur de nombreux témoignages : les amis de toujours, Henri Bergeron et sa femme Yvonne Mercier, ou encore Berthe Simard qui habitait en face du chalet de Gabrielle Roy qu’elle connut pendant trente ans ; sa gouvernante, Juliette Ouellet, qui fut pendant vingt ans au service de Gabrielle et de son mari, le docteur Marcel Carbotte ; l’éditeur Alain Stanké qui eut l’idée géniale de publier les œuvres de Gabrielle Roy sous format populaire et bon marché en créant la collection Québec 10/10, ce qui permit à une nouvelle génération de connaître l’écrivain ; des gens du spectacle comme l’acteur Pierre Chagnon qui interpréta le rôle de l’ambitieux Jean Lévesque dans le film Bonheur d’occasion, le cinéaste Claude Fournier, la réalisatrice Marie-Josée Raymond ; des journalistes, des professeurs, et même un heureux groupe d’élèves d’une école de l’Ontario qui se sont entassés dans le salon de Gabrielle Roy pour lui poser des questions.

Le livre se divise en plusieurs parties qui correspondent à autant d’étapes dans la vie de la romancière, ce qui découpe nettement l’ouvrage et le rend très lisible. Grâce à ces témoins qui offrent des opinions réfléchies sur la femme qu’ils ont fréquentée, opinions qui sont parfois contradictoires, ce livre est une immense biographie qui n’a rien d'hagiographique. Même si elle admire beaucoup l’écrivain, Ismène Toussaint a laissé s’exprimer en toute liberté ses interlocuteurs. Cela fait la valeur de l’ouvrage – j’allais dire du roman car il se lit comme un roman – et lui donne du suspense, car notre vision n’est jamais définitive. On a toujours envie d’en savoir plus, de lire plus avant pour découvrir sous un nouvel angle la vie et l’œuvre de ce personnage qu’est Gabrielle Roy. S’embarquer ans ce livre, c’est partir à la recherche d’une aventure qui est celle de la plus célèbre romancière canadienne-française.

Il y a des moments d’émotion qui sont diversement évoqués, par ceux qui les ont bien connus, les rapports entre Gabrielle et son mari ou ceux avec sa sœur Marie-Anna ; des moments d’humour quand Jean-Louis Morgan raconte, pince-sans-rire, que le jeune journaliste de dix-huit ans et demi qu’il est s’en va interviewer l’écrivain. Mais elle ne le reçoit que dans l’entrée, lui dit qu’elle a toutes sortes d’ennuis, qu’elle se méfie des journalistes, lui refuse de prendre une photo, et le jeune homme de s’en retourner bredouille. Il y a des moments plus dramatiques aussi : quand l’éditeur Alain Stanké qui entretint avec elle des liens d’amitié et relança sa popularité se fait voler après le décès de l’écrivain, au profit d’une maison d’édition, les droits de publication qu’elle lui avait accordées par écrit.

Le rôle d’Ismène Toussaint n’a pas seulement consisté à colliger les différents textes. Elle-même spécialiste de Gabrielle Roy, elle introduit chaque chapitre et le termine par une conclusion, elle accompagne chaque texte d’une biographie de son auteur et de nombreuses notes ; enfin, dans un dernier essai, elle passe en revue ses œuvres. Ce qu’elle dit de La Détresse et l’Enchantement, publication posthume, peur également s’appliquer aux Chemins retrouvés de Gabrielle Roy, car l’image qui reste de Gabrielle Roy est celle d’« une femme contradictoire, à la fois forte et fragile, modeste et imbue d'elle-même, aimante et indépendante, heureuse et déchirée, qui ne trouvera son refuge, son salut, un exutoire à ses malheurs, que dans l’écriture. » (p. 430).

L’ouvrage est préfacé par Réginald Hamel qui souligne entre autres, l’objectivité de l’entreprise. Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy sera un instrument indispensable aux chercheurs et il aura évidemment sa place dans toutes les bibliothèques. Mais en plus d’un ouvrage de référence, c’est un des livres qu’on aimera posséder afin d’en relire avec plaisir des passages de temps en temps.

Ismène Toussaint, Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions au Québec, Stanké, Montréal, 2004, 528 p.

Article paru dans Le Moustique !… Pacifique, rubrique « Critiques littéraires », Victoria, vol. 7, 12e édition, décembre 2004, p. 14-16 ; repris dans L’Eau vive, Régina, Saskatchewan, jeudi 9 décembre 2004, p. 6 ; dans L’Express du Pacifique, rubrique « Livres », Vancouver, lundi 17 janvier 2005, p. 15.

 
Paul Genuist

 

 

 

 

 

 

© Paul Genuist - Le Moustique!... Pacifique -
Tableau et photo : francoiseuncoeurquibat.blogspot.com - radiocanada.ca -


Haut de la page

Administration