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ISMÈNE TOUSSAINT

« ISMÈNE TOUSSAINT, LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC, PRÉFACE DE RÉGINALD HAMEL, MONTRÉAL, STANKÉ, 2004, 532 p. », PAR PAUL-ÉMILE ROY, REVUE L'ACTION NATIONALE (2005) <br />


« Le Chemin », par Henri Royer (1912)

ISMÈNE TOUSSAINT, LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC, PRÉFACE DE RÉGINALD HAMEL, MONTRÉAL, STANKÉ, 2004, 532 p. 

  PAR PAUL-ÉMILE ROY, L'ACTION NATIONALE (2005)

Voici un livre qui comblera tous les passionnés de Gabrielle Roy.

L’auteur, Ismène Toussaint, nous avait déjà donné Les Chemins secrets de Gabrielle Roy, un ouvrage qui dévoilait le parcours de la romancière dans son Manitoba natal. Cette fois, c’est au Québec qu’elle « a rassemblé un florilège de témoignages troublants sur la période, fertile et douloureuse », de l’accession de Gabrielle Roy à la renommée littéraire, et sur la portée universelle de son œuvre.

Le livre est divisé en six parties. La première nous ramène au Manitoba. Nous relisons le douloureux et précieux témoignage de la sœur de Gabrielle, Marie-Anna, de quelques religieuses qui l’ont bien connue, et de deux professeurs d’université de l’Ouest du Canada. On nous présente ensuite le témoignage de différentes personnes de la région de Montréal qui l’ont rencontrée. Nous la voyons à Rawdon où elle se retirait au moment de la rédaction de Bonheur d’occasion, en Gaspésie, région pour laquelle elle eut un véritable coup de foudre. La cinquième partie porte le titre : « Ces Enfants terribles de Québec ». Gabrielle Roy n’a jamais aimé Québec. Elle y était en quelque sorte exilée. Elle y a quand même vécu plus de trente ans et a noué des relations avec un certain nombre de personnes. Dans un dernier chapitre, nous la retrouvons à Petite-Rivière-Saint-François où elle reçoit quelques amis. Ismène Toussaint offre au lecteur, en annexe, un « Gabrielle Roy intime », constitué de plusieurs témoignages d’écrivains qui permettent de saisir la portée de son œuvre. Une bibliographie très élaborée et une « Chronologie de la vie de Gabrielle Roy » complètent cet ouvrage impressionnant qui constitue un document absolument irremplaçable sur la vie et l’œuvre de notre grand écrivain.

Ismène Toussaint apporte à la littérature québécoise et canadienne-française une contribution tout à fait exceptionnelle. Ce dernier ouvrage est le résultat d’un travail impressionnant. Il éclaire à la fois la biographie de Gabrielle Roy et le sens de son œuvre. Je dirais qu’il les éclaire en faisant ressortir leur extrême complexité.

Quand on n’aborde que superficiellement Gabrielle Roy, on a l’impression d’avoir affaire à une personne et un auteur presque simplistes. Plus on entre dans ce monde discret, plus on a l’impression qu’il est complexe et irréductible à quelques formules satisfaisantes. C’est ce que rendent évident les points de vue et les impressions tout à fait contradictoires et sur l’auteur Gabrielle Roy et sur son œuvre. Et c’est ce qui fait la valeur de ce livre qui rend désormais impossible toute simplification du monde de Gabrielle Roy.

Dans une conclusion qui donne une excellente idée du contenu de ce livre et nous permet de mieux saisir Gabrielle Roy, Ismène Toussaint cite Jean Cocteau qui disait : « Il est bien vrai que les gens gagnent à être connus. Ils y gagnent en mystère. » (p. 380). Plus on connaît Gabrielle Roy et son œuvre, plus on a l’impression qu’elle nous échappe.

Et pourtant ce livre me permet de préciser un eu plus le visage de ma Gabrielle Roy à moi. Certains l’ont trouvée égoïste, profiteuse, désagréable. La Gabrielle Roy que je retrouve à travers tout ce que j’ai lu d’elle, c’est celle qui se reconnaît « la passion de travailler à réunir les hommes » (p. 217), celle qui voudrait « disparaître au regard des hommes » (p. 219). C’est celle qui disait que Ces Enfants de ma vie était son roman préféré parce qu’il lui avait été « inspiré par ses huit ans d’enseignement auprès d’enfants pauvres, dans sa province natale » (p. 237). C’est celle qui « essaie d’exprimer le chagrin et les joies de la condition humaine et de montrer sa confiance dans la création » (p. 306). Gabrielle Roy est pour moi l’exemple même de la fragilité et de la grandeur humaines. Il y a chez elle un sentiment profond de la misère humaine et de sa propre misère. La littérature était pour elle une suprême tentative pour retrouver une espèce de paradis perdu. Elle était pour elle une manière d’être avec intensité, dans la vérité, une religion, une quête spirituelle, une rédemption. C’est pourquoi elle lui sacrifiait tout. Gabrielle Roy ou le salut par l’écriture, par la beauté. Cette passion de l’écriture peut paraître de l’égoïsme et de l’ingratitude à ceux qui l’entourent, mais on peut aussi la voir comme une consécration à la beauté. Peut-être le plus grand service que l’on peut rendre à l’humanité est-il de lui révéler la beauté du monde. Tant de profiteurs et de corrupteurs tentent de maintenir l’homme dans la vulgarité et la laideur, dans la méchanceté et la violence. Gabrielle Roy se rappelle qu’il a une âme, et c’est à elle qu’elle s’intéresse, c’est à elle qu’elle veut donner une voix, c’est elle qu’elle écoute pendant que la société s’adonne à ses multiples activités et se distrait dans le bruit.

Article paru dans L'Action Nationale, juin 2005, vol. 95, n° 6, p. 114-116.

 
M. Paul-Émile Roy

 

 

© Paul-Émile Roy -
Photo : a-a-l.ca -

 


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