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ISMÈNE TOUSSAINT

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT SUR « LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE-ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC » PAR MME HÉLÈNE DESLAURIERS, ÉMISSION « ESTRIE EXPRESS », RADIO-CANADA SHERBROOKE, QUÉBEC (2004)


Mme Hélène Deslauriers

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT SUR LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE-ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC PAR MME HÉLÈNE DESLAURIERS

ÉMISSION « ESTRIE EXPRESS », RADIO-CANADA SHERBROOKE, QUÉBEC (4 OCTOBRE 2004)

Roger, présentateur : (…) Puisqu’on parle de presse, on va parler d’un livre qui est sorti il n’y a pas très longtemps sur la célèbre auteure Gabrielle Roy par Ismène Toussaint… Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions au Québec par Ismène Toussaint, qui est une spécialiste de la littérature de l’Ouest du Canada. Aujourd’hui, elle est installée chez nous dans les Cantons de l’Est et vous en avez jasé avec elle…

Hélène Deslauriers : Les Chemins secrets de Gabrielle Roy… On parle ici du premier ouvrage parce qu’il y a eu un premier ouvrage qui avait pour titre Les Chemins secrets de Gabrielle Roy, paru en 1999, qui fait état, en fait, des vingt-huit premières années de la vie de Gabrielle Roy à travers des témoignages de sa famille, de ses camarades de classe, de ses collègues de travail, de ses amis… Mais avec ce deuxième ouvrage, l’auteur nous amène cette fois-ci au Québec, la terre d’adoption de Gabrielle Roy. L’ouvrage est divisé en six parties selon les lieux évoqués : Montréal et Saint-Henri, Rawdon, Percé, Québec et Petite-Rivière-Saint-François. Alors, des écrivains, des enseignants, des amis, des journalistes révèlent un autre visage de Gabrielle Roy. Alors, de Bonheur d’occasion à son autobiographie, La Détresse et l’Enchantement, Gabrielle Roy a vécu plusieurs bonheurs et tumultes ici. Alors, Ismène Toussaint nous explique pourquoi ce deuxième ouvrage sur Gabrielle Roy s’est imposé…

I.T. … Quand Les Chemins secrets sont sortis, les lecteurs ont dit :  « C’est bien mais… nous alors, les Québécois ? » Parce qu’elle a quand même vécu quarante-quatre ans au Québec…. Alors, il y avait une espèce de petit regret, de petite jalousie, de rivalité… Donc, c’est un ouvrage de commande…. Finalement, ce n’est pas moi qui ai choisi de faire ce travail-là ! C’est parce que beaucoup de lecteurs me l’ont demandé. Donc, je suis repartie sur les traces, mais québécoises cette fois, de Gabrielle Roy.

H .D. Quels sont les aspects de Gabrielle Roy que l’on retrouve dans ce deuxième ouvrage qui n’ont pas été révélés, par exemple, dans le premier ?

I.T. Les lecteurs québécois sont beaucoup plus critiques à l’égard de Gabrielle Roy que les témoins manitobains. Je crois qu’ils ont révélé dans ce livre les multiples aspects de Gabrielle Roy. Pas seulement une Gabrielle Roy manichéenne… On la dit souvent déchirée entre deux pôles, c’est à dire la lumière et l’ombre, la joie et la tristesse, alors que c’est faux : c’est une femme qui est un peu comme un tissu chatoyant d’états d’âmes, de contradictions, de paradoxes… Ils ont révélé une femme beaucoup plus complexe et presque incompréhensible parce que, par exemple, c’est un femme qui aime à la fois un lieu et qui ne l’aime pas, qui aime à la fois une personne et qui ne l’aime pas…

H.D. … Elle a été aussi déchirée entre sa terre d’origine et le Québec…

I.T. Oui. En fait, c’est un livre sur le Québec mais qui révèle profondément son amour du Manitoba. Elle ne s’est jamais vraiment adaptée au Québec. Elle disait toujours qu’elle était « étrangère » parce qu’elle venait de loin... Elle a cru retrouver le Québec de ses parents et de ses grands-parents tels que eux, le lui avaient transmis, et en fait, elle a trouvé un Québec moderne, en pleine évolution, un Québec industriel… Et donc, elle s’est retranchée à la campagne, notamment à Petite-Rivière-Saint-François. Et elle s’imaginait que les Québécois ne l’aimaient pas. En fait, c’est faux car quand j’ai rencontré toutes ces personnes, je me suis aperçue que non seulement ils aimaient son œuvre, mais qu’ils aiment aussi Gabrielle Roy, la femme.

H.D. Ismène Toussaint, vous avez eu du mal à recueillir un certain nombre de témoignages, entre autres auprès d’enseignants mais aussi d’amis…

I.T. Oui, ce n’est pas facile car d’abord, la plupart des contemporains de Gabrielle Roy sont morts ; d’autres étaient très malades, donc, ils ne pouvaient pas supporter une entrevue. Ce qui n’a pas été facile non plus, c’est évidemment tout le mur que placent les universitaires, les spécialistes de Gabrielle Roy qui se sont accaparés la personne et l’œuvre de la romancière… et qui essaient d’interdire aux autres de pénétrer dans cet univers-là ! Et ça, c’est un problème qui date depuis douze ans… Moi, je le contourne aisément parce que j’ai l’habitude, je les connais…. Ce qui n’a pas été facile non plus, ce sont les journalistes qui l’avaient rencontrée : ils avaient souvent une approche superficielle de Gabrielle Roy et ils ne voulaient pas que je m’aperçoive que leur contact avec elle n’avait été que superficiel…

H. D. Et parmi les témoignages que vous avez recueillis, quels sont ceux qui sont le plus éclairant sur la romancière ? Quels sont-ils au Québec ?

I.T. Par exemple, évidemment, celui de son éditeur, Alain Stanké…

H.D. …Alain Stanké, bien-sûr…

I.T…. qui a été très proche d’elle et qui l’a « désensauvagée » : elle vivait dans le retrait, à Petite-Rivière-Saint-François. Lui a réussi à pénétrer cette forteresse et même à la faire rire. D’ailleurs, on la voit sur la couverture du livre : elle « se fend la pêche », comme on dit, c’est rare de la voir comme cela ! On rencontre vraiment une femme et pas un écrivain inaccessible…

H.D. Ismène Toussaint, vous avez aussi réussir à obtenir une entrevue de Marie-Anna, sa sœur aînée, peu de temps avant son décès : elle est morte, je pense, en 1998.

I.T. Oui, oui, c’est cela. Oui, une dernière entrevue…

 H.D. On sait qu’il y avait une compétition littéraire qui était féroce entre les deux. Bon, finalement, c’est Gabrielle Roy qui l’a remporté sur sa sœur. Mais sa sœur la réhabilite, Gabrielle…

I. T. Oui, sur la fin seulement, parce qu’elle se sont toujours entredéchirées. J’ai très bien connu Marie-Anna Roy : c’était une grande amie là-bas, dans l’Ouest. Je l’ai interviewé à plusieurs reprises, dont une dernière fois avant sa mort. C’était une femme extraordinaire, extrêmement cultivée, qui avait vécu des choses incroyables : je crois qu’elle a eu une vie encore beaucoup plus intéressante que sa sœur. Comme il y avait une rivalité, elle force un peu le trait, elle exagère, elle grossit certains défauts – je ne pense pas que Gabrielle Roy était aussi dure qu’elle l’a présentée. Maintenant, il y a des vérités dans ce témoignage-là : c’est sûr que Gabrielle Roy n’était pas la petite fille angélique qu’elle a voulu essayer de transmettre à travers certaines œuvres autobiographiques ! Mais c’est vrai que Gabrielle n’a pas non plus été très gentille avec sa sœur : c’est évident, elle a tout fait pour essayer de lui barrer le chemin de la littérature. Elle voulait être la seule étoile de la famille…

H.D. Et voilà, c’était Ismène Toussaint, et cet ouvrage est parsemé de photographies. C’est écrit dans un langage très accessible, donc, les universitaires vont y trouver leur compte, le grand public aussi..

Roger, présentateur. … Il y des photographies en noir et blanc sur papier glacé, c’est très beau.

H.D. Nous avons un exemplaire à faire tirer, Roger. Il y a une petite question à répondre au préalable : « Où est née Gabrielle Roy ? » C’est une petite question facile. Vous composez le 620 0006, poste 400, et puis vous laissez vos coordonnées. Vous avez jusqu’à 16h 40 pour nous téléphoner.

Roger, présentateur. Merci, Hélène ! (musique).

 

 

© Hélène Deslauriers - Radio-Canada Sherbrooke -
Photo : cantonsdelest.com -


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