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ISMÈNE TOUSSAINT

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT PAR MME DANIELLE MARCOTTE SUR «LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC», ÉMISSION « QUAND ON ARRIVE EN VILLE », RADIO-CANADA VANCOUVER, COLOMBIE-BRITANNIQUE (2004)


Danielle Marcotte

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT PAR MME DANIELLE MARCOTTE SUR LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC

ÉMISSION « QUAND ON ARRIVE EN VILLE », RADIO-CANADA VANCOUVER, COLOMBIE-BRIANNIQUE (1ER OCTOBRE 2004)

Danielle Marcotte (…) On accueille maintenant un auteur que l’Ouest canadien a beaucoup marqué. Ismène Toussaint, bonjour !

I. T. Oui, bonjour madame !

D.M. Vous avez publié en 1999 un livre intitulé Les Chemins secrets de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions. Ça, c’est un recueil de témoignages de Manitobains qui ont connu cette romancière-là. Donc, c’était publié en 1999. Aujourd’hui, vous faites paraître quelque chose qui s’appelle Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions au Québec. D’abord, madame Toussaint, pourquoi cette fascination pour Gabrielle Roy ?

I.T. Eh bien, c’est une vieille histoire…. J’ai découvert Gabrielle Roy dans le cadre de mes cours à l’Université de Rennes, en France. Au début, je dois avouer qu’elle ne m’avait pas emballée. J’avais lu La Route d’Altamont qui m’avait paru un peu plat, un peu comme les plaines du Manitoba…

D. M. (Rires)

I.T. Le coup de foudre, ça a été La Montagne secrète, qui raconte l’itinéraire d’un peintre, un itinéraire à la fois intérieur et extérieur à travers le Canada et à travers sa propre recherche. J’ai décidé de partir sur les traces de ce peintre. Comme je finissais mes études et que je n’avais pas beaucoup d’argent comme tous les étudiants, j’ai fait une demande de bourse, j’ai passé un concours et puis je l’ai obtenu. Je suis partie sur les traces de Gabrielle Roy au Manitoba. J’ai choisi le Manitoba plutôt que Montréal qui me paraissait disons… trop banal.

D. M. Est-ce que le Manitoba a rencontré toutes vos espérances ?

I.T. Ah oui, tout à fait, même plus ! Il a largement dépassé mes espérances parce qu’au début, je n’ai travaillé qu’en bibliothèque, d’une manière tout à fait livresque : petit à petit, j’ai découvert le pays, les gens, j’ai même déménagé pour venir vivre à Saint-Boniface, cœur francophone du Manitoba, et j’ai aussi découvert tous les auteurs de l’Ouest, du XVIIe siècle jusqu’à nos jours. Et j’ai découvert aussi le pays sur le plan professionnel : j'ai eu la chance de travailler comme conseillère aux Éditions du Blé et comme journaliste. Et puis j’ai fait une autre grande découverte, c’est Louis Riel…

D. M. Ça aussi, ça vous a beaucoup marquée…

I.T. Oh oui !… J’ai écrit un livre qui s’appelle Louis Riel, Le Bison de cristal chez Stanké en 2000 et j’ai fait beaucoup de conférences, d’émissions, d’articles sur lui. Présentement, je suis en train de faire un autre livre sur lui…

D.M. Parlons à nouveau de Gabrielle Roy. Qu’est-ce que la lecture de ses œuvres vous a appris, vous a donné ?

I.T. À moi personnellement ?

D.M. Oui.

I.T. J’ai été frappée, évidemment, par la grande humanité qui se dégage de son œuvre, par la limpidité, la grande qualité de son style, alors qu’elle avait été très marquée par l’anglais au départ. Qu’est-ce qui m’a plu encore ?… Son ouverture sur les petites gens : à l’époque, elle m’avait beaucoup influencée dans mon travail de journaliste – j’étais journaliste aussi tout en faisant mes études – et je me suis mise à faire des portraits, des chroniques sur les gens… C’est elle qui m’a beaucoup poussée dans cette voie-là.

D.M. Pourquoi Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy ? Pourquoi avez-vous écrit ça ?

I.T. Alors, ça va vous surprendre un petit peu, mais ce n’est pas un choix… C’est une commande entre guillemets des lecteurs québécois. Les gens étaient contents, bien-sûr, de voir Les Chemins secrets de Gabrielle Roy mais ils m’ont dit : « Ce sont des Manitobains puis nous alors, vous nous avez un peu oubliés !… » Partout où j’allais, je rencontrais des lecteurs qui me faisaient cette remarque-là. Alors je me suis lancée dans la recherche des gens qui avaient connu Gabrielle Roy au Québec. Elle a quand même passé quarante-quatre ans au Québec. Voilà la raison de ce livre.

D.M. Donc le premier de vos livres, c’étaient les gens du Manitoba qui l’avaient rencontrée et celui-ci, ce sont les gens du Québec. Et j’imagine que ça devait être un long travail de recherche puisqu’une cinquantaine de personnes – enfin, d’après ce que j’ai lu dans le livre, là – ont contribué à ce projet…

I.T. Oh oui !…

D.M. Est-ce que cela vous a appris, ce cheminement-là, des choses que vous ne connaissiez pas déjà sur Gabrielle Roy après voir écrit le premier livre ?

I.T. Oui, ça m’a appris beaucoup de choses, d’abord sur sa personnalité parce qu’on la présente toujours… on dit toujours qu’elle était déchirée entre deux extrêmes, c’est à dire la joie et la tristesse, l’ombre et la lumière – c’est un peu comme ça qu’on la perçoit – alors que ces gens du Québec, eux, qui l’ont fréquentée pendant très longtemps, font ressortir la multiplicité de ses aspects. Il n’y a pas deux Gabrielle Roy comme on croit souvent mais dix, cent, mille, suivant la manière dont on la regarde. Elle est un peu comme un kaléidoscope d’états d’âme, de paradoxes, d’impossibilités, de frustrations, mais aussi de bonnes choses bien-sûr. Je ne pensais pas qu’elle était à ce point mal dans sa peau, c’est ce que j’ai découvert. J’ai aussi découvert la profondeur de son amour pour son pays natal. Même un de mes témoins, Myo Kapetanovitch, dit que elle n’a jamais réussi à quitter son ghetto de Saint-Boniface, en fait. Elle ne se plaisait pas tant que ça au Québec, à part à Petite-Rivière-Saint-François, où elle avait son chalet, en Charlevoix. Elle s’enfermait beaucoup, je dirais, dans un Québec imaginaire qui lui permettait d’ailleurs de rejoindre le Manitoba – paradoxalement.

D.M. Oui… Alors qu’est-ce que vous aimeriez qu’on retienne de cette lecture de ce deuxième livre à propos de Gabrielle Roy ?

I.T. Ce que j’aimerais qu’on retienne ? Eh bien… c’est tout cet aspect chatoyant de Gabrielle Roy, c’est à dire pas une image manichéenne, figée, mais l’image d’une personne vivante, proche des gens, aimant à la fois les gens, mais aussi les fuyant parce que, évidemment… tout le monde a des défauts… J’aimerais qu’on retienne aussi l’aspect un peu pionnier entre guillemets de mon travail parce qu’il n’y a pas beaucoup de recherches faites dans ce sens sur la Gabrielle Roy femme. Il y a beaucoup d’études universitaires mais très peu de recherches sur elle. Voila, c’est un peu ça…

D. M. Ismène Toussaint, auteur de ce deuxième livre sur Gabrielle Roy, intitulé Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions au Québec qui vient d’être publié chez Stanké cet automne. Merci beaucoup d’avoir été des nôtres et bonne continuité !

I.T. C’est moi qui vous remercie.

D.M. Au plaisir, au revoir !

I.T. Au revoir !

D.M. J’aurai une copie de ce livre maintenant à offrir à la deuxième personne à composer immédiatement le 669-3811… 669-3811. Nous acceptons les frais d’appel si vous appelez de l’extérieur de Vancouver : 604 661 3811. Appelez immédiatement ! (musique).

 

 

© Danielle Marcotte - Radio-Canada Vancouver -
Photo : ©123people.fr -


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