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ISMÈNE TOUSSAINT

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT PAR MME SUZANNE KENNELLY SUR «LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC», ÉMISSION « RADIO-RÉVEIL », CKSB-RADIO-CANADA, SAINT-BONIFACE, MANITOBA (2004)

 
Mme Suzanne Kennelly

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT PAR MME SUZANNE KENNELLY SUR LES CHEMINS RETROUVÉS DE GABRIELLE ROY - TÉMOINS D'OCCASIONS AU QUÉBEC

 ÉMISSION « RADIO-RÉVEIL », CKSB-RADIO-CANADA, SAINT-BONIFACE, MANITOBA (20 SEPTEMBRE 2004)

Suzanne Kennelly : (…) Un nouveau livre sur Gabrielle Roy sort très prochainement sur nos tablettes. Le titre : Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions au Québec. Mme Ismène Toussaint est l’auteur, elle est avec nous ce matin. Bonjour, madame Toussaint !

I.T. Bonjour, madame !

S.K. Comment avez-vous choisi de traiter ce sujet considérant que vous avez déjà publié un premier livre intitulé Les Chemins secrets de Gabrielle Roy ?

I.T. Oui, écoutez… c’est la suite des Chemins secrets de Gabrielle Roy qui avait donné la parole aux gens du Manitoba : famille, camarades de classe, collègues de travail, anciens élèves, amis, etc. Beaucoup de lecteurs québécois m’ont demandé de faire une suite à ce livre. Il y avait une espèce de petite jalousie entre guillemets, de rivalité… Il y a aussi beaucoup de gens qui croient qu’elle est née au Québec, qu’elle a vécu au Manitoba et qu’elle est ensuite revenue ici. Cette fois, je suis repartie du Manitoba – parce que je tenais quand même à reparler de mon ancien pays – et j’ai sillonné Montréal, Saint-Henri, cadre de Bonheur d’occasion, Rawdon, dans les Laurentides, où Gabrielle Roy séjournait, Percé, en Gaspésie, puis Québec, Baie Saint-Paul et Petite-Rivière-Saint-François, où elle avait un chalet. Alors j’ai retrouvé une foule de gens qui l’avaient connue, depuis son premier employeur, rédacteur en chef du Bulletin des Agriculteurs, jusqu’à son dernier éditeur, Alain Stanké, mais aussi des journalistes, des écrivains, dont Antonine Maillet, des cinéastes, des artistes, des lecteurs, des enseignants, l’acteur Pierre Chagnon qui avait incarné Jean Lévesque dans le film Bonheur d’occasion, de grands spécialistes de son œuvre, des célébrités, des inconnus, sa gouvernante, Henri Bergeron aussi, mon ami manitobain, enfin, voyez, il y a beaucoup, beaucoup de gens.

S.K. Qu’est-ce que vous cherchiez à faire découvrir à vos lecteurs par l’entremise de toutes ces personnes que vous avez interviewées ?

I.T. Elle a passé quarante-quatre ans au Québec, alors je voulais surtout voir comment les Québécois la percevaient. Est-ce que c’était une image différente des Manitobains ou équivalente ? J’ai eu beaucoup de surprises parce que les gens, ici, l’ont connue beaucoup plus que les Manitobains – comme je vous dis, elle a passé quarante-quatre ans au Québec – et ils ont un regard beaucoup plus critique sur elle. On la présente souvent comme une femme qui a une double personnalité, qui est déchirée entre l’ombre et la lumière, la joie et la tristesse, tout cela `et en fait ici, à écouter les gens, on s’aperçoit qu’il y a dix, cent, mille Gabrielle Roy. C’est une femme extrêmement complexe, pleine de paradoxes, d’états d’âme, d’ambiguïtés. Elle avait aussi un rapport très, ambigu avec le Québec. Elle dit qu’elle aime le Québec puis dans le fond, elle ne l’aime pas, elle reste profondément manitobaine. En fait, si j’ai écrit un bouquin sur le Québec, c’est le Manitoba qui est au cœur de cette histoire.

S.K. Donc les relations de Gabrielle Roy avec le Québec n’étaient pas toujours idylliques ?

I.T. Non, elles étaient à la fois sereines parce qu’elle a retrouvé les villages de ses ancêtres dans les Laurentides mais elle n’aimait pas le Québec urbain, ni moderne, elle n’aimait pas le Québec séparatiste. Ce qu’elle aurait voulu retrouver, c’était le Québec dont on lui avait parlé pendant son enfance, le Québec de ses parents et de ses grands-parents. Et elle a beaucoup souffert aussi car elle se sentait étrangère ici et elle pensait que les gens ne l’aimaient pas : elle s’était mise dans la tête que les gens ne l’aimaient pas ici parce qu’elle était restée la Manitobaine de Saint-Boniface. Or, c’est faux parce qu’à travers ce grand reportage, je me suis aperçue que les Québécois aiment son œuvre mais qu’ils aiment aussi Gabrielle Roy en tant que personne.

S.K. Quelle ironie, Madame Toussaint ! Vous dites que Gabrielle Roy n’aimait pas le Québec urbain, pourtant c’est le Québec urbain qui lui a fourni son plus grand succès !

I.T. Oui, mais je crois avoir entre guillemets percé une énigme. Je me suis beaucoup promenée dans Saint-Henri – je ne comprenais pas ce qu’elle aimait dans Saint-Henri et d’ailleurs dans tous ces petits villages québécois. Qu’est-ce qu’elle pouvait y trouver ? Puis à la force de m’imprégner – j’y suis allée plusieurs fois, j’ai pris des centaines de photos, je me suis vraiment imprégnée de l’atmosphère –, j’ai d’ailleurs retrouvé tous les lieux dont elle parle dans Bonheur d’occasion, j’ai retrouvé paradoxalement beaucoup de l’ambiance de Saint-Boniface... Saint-Boniface que je connais très bien puisque j’ai eu le plaisir d’y vivre pendant quatre ans. J'ai été frappée par la ressemblance qu’il y a entre Saint-Henri et Saint-Boniface, et entre tous ces petits villages où elle allait se reposer ou écrire et Saint-Boniface. C’est cela qui est nouveau, je pense, dans le bouquin.

S.K. Vous parliez de photos. Est-ce qu’on en retrouve dans votre ouvrage ?

I.T. Oui, j’ai retrouvé tous les lieux dont elle parle. On dit toujours que le Saint-Henri de Gabrielle Roy a disparu. C’est absolument faux. J’ai fouillé à fond, je me suis promenée partout et j’ai retrouvé absolument tous les lieux, sauf deux ou trois monuments qui avaient été détruits. J’ai retrouvé absolument tous les lieux, dont la maison de Jean Lévesque, la petite maison où il vivait et derrière laquelle le train passait.

S.K. J’essaie de me mettre dans votre peau quand vous faisiez ces découvertes-là. Vous deviez vous sentir… (rires) une détective extraordinaire !

I.T. C’est comme cela qu’on m’appelle ici (rires) et puis finalement, c’est un métier que j’aurais bien aimé faire… (rires)

S.K. (Rires). Vous auriez certainement eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de succès ! (Rires) Vous nous l’avez dit : ce nouveau livre, c’est la suite des Chemins secrets. Et la prochaine étape qu’est-ce que c’est, Madame Toussaint ?

I.T. Aïe, aïe, aïe !… Je reviens à Louis Riel (rires). Parce que j’ai déjà publié un livre sur lui Louis Riel, le Bison de cristal, chez Stanké, qui avait fait pas mal parler de lui aussi. Je reviens à lui. Cela reste un peu secret mais… vous serez prévenue à temps ! (Rires)

S.K. Mais est-ce que vous êtes en train de nous dire que vous avez mis un point final à vos œuvres sur Gabrielle Roy ou est-ce qu’il y a autre chose qui s’en vient ?

I.T. Je ne peux pas faire un troisième livre de reportages parce que tous ces interviewés-là, ce sont les derniers. Les autres sont morts, évidemment…l les contemporains de Gabrielle Roy. Je n’ai pas retrouvé assez de gens qui l’avaient connue en Europe non plus. Je suis retournée en France et ai profité d’un séjour en Angleterre, il y a quelques années, pour voir s’il y avait des gens qui l’avaient connue, mais je n’en ai pas assez. Donc, il n’y aura pas de troisième livre de reportages. J’aimerais aussi quand même travailler sur ma propre œuvre et sur le Manitoba, donc je vais un petit peu lâcher Gabrielle Roy. Mais j’ai une idée plus tard, peut-être après plusieurs livres, de revenir à elle pour autre chose. Mais ce sera un reportage romanesque, cela n’aura rien à voir avec des entrevues.

S.K. Madame Ismène Toussaint, on attend avec beaucoup d’impatience ce livre, Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions au Québec, maintenant disponible dans les librairies au Québec, mais qui s’en vient chez nous, ça ne saurait tarder. On a bien hâte de le lire avec toute l’attention que ça mérite. Merci beaucoup de nous en avoir parlé ce matin.

I.T. C’est moi qui vous remercie.

S.K. Au revoir !

I.T. Au revoir !

 

 

 

© Suzanne Kennelly - CKSB-Radio-Canada -
Photo : radio-canada.ca -


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