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ISMÈNE TOUSSAINT

« GEORGES BUGNET, LE POÈTE DES ROSES », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ENCYCLOPÉDIE DU CANADA (ÉDITIONS STANKÉ, MONTRÉAL, 2000)

 

L'écrivain et poète Georges Bugnet
                                                                       
 GEORGES BUGNET, LE POÈTE DES ROSES

PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ENCYCLOPÉDIE DU CANADA (2000)

Bugnet, Georges (1879-1981). Pseudonyme : Henri d'Outremont.  Poète, auteur - Né à Chalon-sur-Saône (Bourgogne, France), de parents modestes, il souffre très tôt de l'atmosphère oppressante qui règne dans sa famille et qu'on retrouvera, transposée, dans certains de ses écrits. Il effectue ses études à Mâcon (même région) et reçoit une éducation chrétienne qui l'oriente vers la prêtrise. Mais il quitte bientôt le séminaire pour fréquenter la Faculté des Lettres de Dijon (idem) et la Sorbonne. Il s'engage alors dans l'Action Catholique de la Jeunesse française (ACJF), qui milite contre la laïcisation des écoles, puis se lance dans le journalisme au sein du mensuel La Croix. En 1904, il est nommé rédacteur-en-chef de La Croix de Haute-Savoie, à Annecy, se marie avec une jeune fille de la petite bourgeoisie dont il aura neuf enfants, puis décide de partir pour le Canada.

En 1905, il acquiert une concession à Rich Valley (Alberta) et se fait successivement défricheur, agriculteur, horticulteur et créateur de roses. Le cadre qui l'entoure lui inspirera son chef d'œuvre, La Forêt (1935), l'histoire d'un couple de colons inadapté à ses nouvelles conditions de vie et dont le bois envahit insidieusement l'univers mental, jusqu'à devenir le personnage central du roman.

Parallèlement à ses travaux agricoles, Georges Bugnet œuvre au sein des commissions scolaires et de l'Association canadienne française de l'Alberta (ACFA), devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire L'Union, multiplie romans (Le Lys de sang, 1923 ; Nipsya, 1924 ; Siraf, 1934), contes (Le Pin du Maskeg, 1924 ; Le Conte du bouleau, du mélèze et du pic rouge, 1932), poèmes (Voix de la solitude, 1938 ; Poèmes, 1978), pièces de théâtre (La Défaite, 1934), articles, courts essais (Albertaines, 1990) et carnets intimes (Journal 1954-1971, 1984).

À soixante-huit ans, il abandonne la littérature pour ne plus se consacrer qu'au journalisme dans l'hebdomadaire La Survivance, activité qui correspond davantage à son rythme de vie et à son style de pensée. En 1954, il vend sa terre et se retire sur un petit domaine, à Legal (Alberta), puis dans une maison de retraite. À la mort de sa femme (1970), il intègre la maison de repos de Saint-Albert (même ville), où il s'éteint paisiblement à l'âge de 102 ans. Chevalier de l'Ordre des Palmes académiques (1970), il avait également reçu un Doctorat honoris causa de l'Université de l'Alberta (1978) et plusieurs importantes récompenses. 

Chacune des œuvres de Bugnet apparaît comme un véritable hymne à la nature. Cinquante ans de vie en plein air avaient contribué à développer, chez lui, une relation personnelle et mystique à son environnement, qui se traduit par une écriture dense, puisée à même la sève végétale et imprégnée de poésie réaliste. Homme humble et doux, fortement enraciné dans sa terre de l'Ouest, personne ne fut plus que lui à l'écoute des  « grandes voix » de la Création, dont il célèbre la grandeur, la puissance et la majesté face à la petitesse et à la fragilité des êtres humains.

Mais à l'opposé des Romantiques, soucieux d’ « accorder les paysages de la terre et du ciel au paysage de (leurs) rêves » (Abbé Jean Papen : Georges Bugnet, homme de Lettres canadien, Éditions des Plaines, Saint-Boniface, Manitoba, 1985), lui s'efforce de capter l'essence même de leur mystère et de leur étrangeté. Comme un ultime hommage à sa vie et à son œuvre, une rose porte aujourd'hui le nom de « Georges Bugnet »1. 

Article repris en version bilingue dans Historica – L’Encyclopédie canadienne, Ottawa, 2005, 1 p., http://www.encyclopedie-canadienne ou thecanadianencyclopedia.com ; dans Le Moustique !… Pacifique, Victoria, vol. 7, 9ème édition, septembre 2004, p. 18-19.

 

NOTE

1. Une rose a également été dédiée à sa femme, Thérèse Bugnet.

 
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© Ismène Toussaint - L'Encyclopédie du Canada 2000 -


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