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ISMÈNE TOUSSAINT

« PIERRE KAKHOVSKI (1797-1826), OFFICIER, RÉVOLUTIONNAIRE, ROMANTIQUE RUSSE... » : EXTRAIT D'UN CARNET D'ISMÈNE TOUSSAINT (27 DÉCEMBRE 2012)


Pierre Kakhovski


PIERRE KAKHOVSKI (1797-1826), OFFICIER, RÉVOLUTIONNAIRE, ROMANTIQUE RUSSE...

EXTRAIT D'UN CARNET D'ISMÈNE TOUSSAINT (27 DÉCEMBRE 2012)

En 1979, année de ma première année à l'Université, je décidai d'adapter pour le théâtre un extrait du roman d'Henri Troyat, La Lumière des Justes (1959-1963), et de le mettre en scène avec quelques-uns de mes condisciples. Mêlant personnages réels et fictifs, cette saga en 5 volumes raconte les amours tumultueuses d'un officier russe, Nicolas Ozareff, et d'une noble française aux idées républicaines, Sophie de Champlitte, sur fond de péripéties historiques se déroulant dans la Russie du XIXe siècle : y figure notamment la tentative de coup d'État contre le tsar Alexandre 1er, qui fut fomentée en 1825 par un groupe d'officiers et d'aristocrates connus sous le nom de «Décembristes». L'ouvrage venait alors d'être popularisé par le biais d'une série télévisée réalisée par Yannick Alexéi.

Je choisis de jouer dans cette pièce le rôle de Pierre Kakhovski, un officier de 29 ans qui avait été pressenti pour assassiner le souverain. Cette figure à la fois sombre, tourmentée, fougueuse et exaltée, ne pouvait que me séduire car je me passionnais depuis mon adolescence pour le Romantisme, lisant tout ce que je trouvais sur le sujet. La courte pièce fut présentée à plusieurs reprises au mois de mai 1979, devant un public restreint en raison des examens de fin d'année universitaire, mais néanmoins enthousiaste.

Les autres rôles principaux avaient été tenus par les étudiants Yvane Wiart (Kondrati Ryléiev), Monick Loarer (Nicolas Ozareff), Françoise Le Pape, Patrick Jéhan, Francia Urvoy, Catherine Le Roux et Edwige Le Meur.

                                                                    
                                                              PIERRE KAKHOVSKI
                                                             
                                                                     PAR ISMÈNE TOUSSAINT 

Né en 1797 à Smolensk (Russie), au sein d'une famille noble mais pauvre, Pierre (Piotr) Grigorievitch Kakhovski effectua des études à l'Université de Moscou avant d'entrer en 1816 comme officier dans la Garde impériale russe. Mais son comportement désordonné, attribué en partie au rejet d'une demande en mariage, entraîna sa rétrogradation comme simple soldat. Envoyé sur le front de guerre du Caucase avec le 7e régiment de la Garde, il s'illustra au combat mais des problèmes de santé le contraignirent à abandonner l'armée en 1821. Après avoir suivi des soins dans les villes de cure de plusieurs pays (Allemagne, France, Autriche, Suisse, Italie), il se fixa à Saint-Pétersbourg en 1824.

Passionné d'histoire et rêvant d'un destin à la Brutus, il rejoignit en 1823 l'Union du Nord (ou Union du Bien Public), aux côtés du poète Kondrati Ryléiev1, une société composée d'officiers et d'aristocrates qui étaient décidés à mettre fin à la tyrannie du tsar Alexandre Ier (1777-1825). En raison de son radicalisme, Kakhovski fut choisi pour recruter des membres parmi les grenadiers et lors de la réunion du 13 décembre 1825, pour assassiner le souverain au Palais d'Hiver. Mais il se rétracta sous prétexte que sa religion s'opposait à un tel acte.

Néanmoins, il se rendit le lendemain au Square du Sénat et dans un geste insensé, abattit le général Mikhaïl Andreïevitch Miloradovitch (né en 1771), héros des guerres napoléoniennes et gouverneur de Saint-Pétersbourg, ainsi que le colonel du régiment des grenadiers, Sturler : ces deux militaires tentaient alors de raisonner les conjurés afin d'éviter un bain de sang.

Arrêté deux jours plus tard, il fut pendu le 25 juillet 1826 à la Forteresse-Saint-Pierre-et-Saint-Paul, en même temps que quatre de ses compagnons Décembristes (ou Décabristes) - dont Ryléiev - et enterré en un lieu tenu secret sur l'Île des Décabristes, à Saint-Pétersbourg.

La même année, une centaine de personnes qui avaient été impliquées dans le complot furent déportées en Sibérie.

Cette tentative d'insurrection est considérée comme l'avant-première de la Révolution de 1917.

Dans son roman en cinq volets La Lumière des Justes (1959-1963), Henri Troyat fit de Pierre Kakhovski un personnage secondaire mais particulièrement marquant, romantique, déchiré entre ses ombres intérieures et la lumière de sa cause, extrémiste et même un brin illuminé.


© Éditions Flammarion (1979)


NOTE

1. Kondrati Fedorovitch Ryléiev (1795-1826). Poète, militaire et révolutionnaire russe. Né dans le village de Batovo (au nord-est de Saint-Pétersbourg), au sein d'une famille noble mais pauvre, il intégra le Corps des Cadets et servit en Pologne, en Allemagne et en France (1814-1815) durant les campagnes napoléoniennes. Cependant, manquant de vocation, il démissionna de l'armée en 1818 et s'établit à Saint-Pétersbourg. Admirateur de la philosophie des Lumières, de la Révolution française et du poète romantique anglais Byron, il publia dans des revues littéraires et dans l'almanach L'Étoile Polaire - fondé par ses soins - de nombreux poèmes d'inspiration civique et historique qui exaltaient l'héroïsme politique et la liberté. Toutefois, ne parvenant pas à vivre de sa plume, il travailla entre 1821 et 1824 comme assesseur à la cour criminelle, puis comme directeur du bureau pétersbourgeois de la Compagnie Russe-Américaine. Dès 1823, il était entré dans l'Union du Nord (ou Union du Bien Public), une société secrète composée d'officiers et d'aristocrates qui étaient farouchement déterminés à mettre un terme à l'absolutisme du tsar Alexandre 1er (1777-1825) en assassinant ce dernier. Le 14 décembre 1825, Ryléiev prit part à leur tentative de soulèvement, qui se solda par un échec, et fut pendu le 25 juillet 1826 avec quatre de ses compagnons Décembristes (ou Décabristes) à la Forteresse-Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Il fut enterré dans un endroit tenu secret sur l'Île des Décabristes, à Saint-Pétersbourg, tandis qu'une centaine de personnes étaient déportées en Sibérie. Ses œuvres furent publiées en anglais à partir de 1859. (I.T.)


 

 

 


© Ismène Toussaint


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