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ISMÈNE TOUSSAINT

TOUR DE BRETAGNE CYCLISTE - « ANNIVERSAIRE : IL Y A UN AN, DISPARAISSAIT PIERRE LE MOULLEC, ANCIEN CHAMPION DE BRETAGNE DE CYCLISME », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, JOURNAL L'ARMOR ET L'ARGOAT, FRANCE (1994)

  
  

TOUR DE FRANCE 2013 : 100 ANS DE CYCLISME

TOUR DE BRETAGNE - ANNIVERSAIRE : ILY A UN AN, DISPARAISSAIT PIERRE LE MOULLEC, ANCIEN CHAMPION DE BRETAGNE DE CYCLISME...

PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ÉCHO DE L'ARMOR ET L'ARGOAT (1994)

Il y a un peu plus d'un an, le 12 mars 1993, disparaissait Pierre Le Moullec, ancien électricien et champion de cyclisme, à la suite d'une longue et douloureuse maladie.

Né en 1930 à Plaine-Haute (département des Côtes d'Armor), près de Quintin, Pierre Le Moullec était le fils d'un marin du même nom et d'Yvonne Le Dilly, cuisinière. Ayant perdu précocement son père, emporté dans sa trentième année par la tuberculose, maladie encore mal soignée au début de ce siècle, il se retrouva dès l'âge de huit ans chef d'une famille de deux enfants : Paul, futur maître principal dans la marine, et André, qui devint menuisier-miroitier.

Malgré la gêne qui régnait au foyer, Pierre Le Moullec fit de bonnes études chez les frères du Sacré-Cœur de Saint-Brieuc (même région) et passa avec succès son brevet d'électricien (équivalent d'un baccalauréat technique actuel) au lycée Pierre-et-Marie-Curie.

LE CHAMPION DE CYCLISME

Le sport étant alors pour les jeunes gens d'origine modeste le seul moyen de s'évader ou d'émerger de leur condition, la fin de la guerre le vit parmi les premiers inscrits à l'Union cycliste briochine1, qui regroupait 70 adhérents. Des qualités athlétiques et une résistance physique hors du commun lui valurent de remporter, à trois reprises, le titre envié de champion de Bretagne de vitesse sur route et sur piste (1949, 1951 et 1955). « Mais dans ces années-là, à l'exception de Louison Bobet2, nous n'avions ni argent ni managers ou sponsors, avait-il coutume de raconter, et à vingt ans, il est impossible de mener seul une carrière sportive. » Aussi, anarchiques et abusifs, ses entraînements  le contraignirent-ils bientôt à abandonner la course.

Il ouvrit donc un magasin d'électroménager à Pontrieux, acquit une certaine aisance et épousa Armelle Cavan3, la sœur du cycliste-vedette Yves Cavan4, elle aussi championne de Bretagne de vitesse sur route. De cette union naquirent deux enfants : Pierre, lui-même sportif accompli et footballeur bien connu sous le diminutif de « Petit Pierre », et Philippe, négociateur-immobilier, et quatre-petits-enfants : Jérôme, Nathalie, Lucie et Florian.

UNE RETRAITE ANTICIPÉE

Malheureusement, en 1968, des problèmes de santé sommèrent Pierre Le Moullec de fermer boutique et de prendre une retraite prématurée à la campagne, non loin de Pommerit-le-Vicomte. Il s'adonna dès lors à un travail moins astreignant et moins trépidant que celui exigé par la carrière commerciale : pose d'installations électriques, élevage, jardinage... Passionné de pêche, il possédait également un petit bateau et se mêlait volontiers aux marins pêcheurs du port de Locquémeau.

Personnage à la forte présence, haut en couleur, truculent même, Pierre Le Moullec comptait parmi les figures les plus populaires de notre région. Dans sa jeunesse, sa beauté quasi-méditerranéenne et sculpturale lui attirait tous les regards. Chez lui, les excès d'un naturel farouchement indépendant, ombrageux, parfois prompt à l'emportement, n'eurent d'égales que ses exceptionnelles dispositions manuelles, sa serviabilité et sa générosité. « Un cœur et des mains en or », disaient récemment voisins et amis de l'ex champion, fauché dans sa 63e année par l'Ankou5, cet autre colosse avec lequel il redoutait depuis sa prime enfance l'inéluctable corps-à-corps...

Article paru en juillet 1994 dans L'Écho de l'Armor et l'Argoat, Guingamp, France.


NOTES

1. De la ville de Saint-Brieuc.

2. Louison Bobet (Louis, dit ; 1925-1983). Cycliste breton. Né à Saint-Méen-le-Grand (département de l'Île-et-Vilaine), au sein d'une famille de commerçants aisés, il remporta trois fois le tour de France entre 1953 et 1955. Il fut également champion du monde sur route en 1954 et vainqueur du Paris-Roubaix en 1956. Ayant pris sa retraite l'année suivante, il fonda un centre de thalassothérapie à Quiberon (département du Finistère).

3. Voir l'article d'Ismène Toussaint,  « Tour de Bretagne cycliste - Une pionnière du cyclisme féminin : Armelle Cavan-Le Moullec », dans l'espace central de ce site.

4. Yves Cavan (1921-). Cycliste breton. Né à Hénanbihen (département des Côtes d'Armor), il se qualifia entre la fin des années 1930 et le début des années 1940 comme « meilleur coureur cycliste amateur toutes catégories », et en 1941, comme champion de Bretagne de vitesse sur route. Mais en 1942, il abandonna la course, bien que le célèbre Louison Bobet lui ait proposé de devenir son coéquipier, arguant du fait qu'il était « trop individualiste » et aussi qu'il « souffrirait du mal du pays s'il allait effectuer des stages d'entraînement en dehors de la Bretagne ». Il ouvrit alors un magasin de vente et de réparation de cycles à Trémuson (même département), et jusqu'à un âge fort avancé, s'illustra comme champion de pêche au saumon de rivière. 

5. En Bretagne, représentation de la mort comme un squelette armé d'une faux, tirant une charrette grinçante dans laquelle il emporte les défunts.

 

 

 

 

© Ismène Toussaint - L'Écho de l'Armor et l'Argoat -   
Photo : cnc-aff.fr -


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