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ISMÈNE TOUSSAINT

25 DÉCEMBRE 2014 : « NOS NOËLS D'ENFANT », PAR YVES SAINT-DENIS, JOURNAL LE RÉGIONAL, HAWKESBURY, ONTARIE


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NOS NOËLS D'ENFANT

PAR YVES SAINT-DENIS1, JOURNAL LE RÉGIONAL, HAWKESBURY, ONTARIE2 (25 DÉCEMBRE 2014)

― Levez-vous les enfants. Il faut vous préparer pour la messe de minuit !

Paroles magiques de maman qu’on dirait entendre encore du fond de notre mémoire. Avec quelle promptitude sautions-nous en bas du lit. C’était à qui arriverait en bas les premiers. Et c’était comme ça chaque 24 décembre au soir.

Nous autres les plus vieux de la famille, qui n’avions pas nécessairement dormi, mais qui étions quand même allés nous coucher pour donner l’exemple aux plus jeunes, nous savions trop bien en descendant l’escalier que le Père Noël avait (sic) passé. Mais c’était notre bonheur de voir la joie indicible des plus jeunes étinceler dans leurs yeux.

― Oh ! les beaux cadeaux ! lança la petite Lucie, tout excitée, en contemplant les boîtes bien enrubannées et les paquets habilement ficelés.

― J’en veux moi aussi, ajouta Claire, la petite dernière des cinq filles, du haut de ses trois ans. La grosse boîte rouge, c’est à moi ! J’ai demandé une poupée au Père Noël !

― Et moi je veux le cadeau en bleu, reprit Lucie. Je vais avoir six ans et j’ai demandé des effets pour la classe. Je veux me préparer parce que j’irai à l’école l’an prochain.

― Pas si vite, clama Rachèle, dans un premier brin de sagesse, elle qui venait d’atteindre l’âge de raison. Il y a plus d’un cadeau de couleur bleu, de même qu’en rouge.

― Modérez vos transports, intervint l’aîné des filles, vous allez réveiller le bébé qui dort.

Alice, déjà dans sa prime-adolescence, se préoccupait sans cesse du bien-être de Michel, le dernier, né du premier jour d’été. Brillante, elle avait sauté deux classes et faisait déjà sa huitième année.

Alice me précédait dans cette famille de huit enfants dont Gérard, le plus vieux, était une espèce de petit génie qui avait gagné le Concours provincial de français l’année précédente, alors qu’il venait tout juste d’avoir douze ans, et à qui, en septembre, on avait fait sauter une troisième classe pour le placer à cet âge là en syntaxe classique, dixième année, au petit- séminaire.

À dix ans, j’étais secrètement un peu jaloux de ce frère aîné qui comptait dans ses prénoms celui de Maurice. J’aurais tant souhaité que le hasard m’eût favorisé car mon héros d’enfance (qui le demeurera toujours) était, comme beaucoup de petits Canadiens français, le fameux Maurice Richard3 dont je me proposais de toujours porter le célèbre numéro 9 au hockey. C’était d’ailleurs le chandail que je désirais comme étrenne. Il y avait aussi la nouvelle collection de cartes de hockey qui venait de sortir en cette année de 1951, 105 cartes. La quatrième était celle de mon héros et je me proposais de faire, comme lui, toute une carrière à l’aile droite.

― Maman avait demandé de nous préparer pour la messe de minuit. C’est seulement après qu’on va développer nos cadeaux. Moi, je vais être la première revenue et j’ai déjà deviné ce que j’aurai comme étrenne. Ma seconde sœur, la belle Yvette, sera toujours si rapide.

Ah ! ces Noëls d’antan que l’on revit toujours avec nos enfants, nos petits-enfants !

Noëls de joie, de famille, de paix , de bonheur, nos Noëls d’enfant de toujours.

Chronique rédigée au Long-Sault le 18 décembre 2014 et publiée le 25 décembre 2014 dans Le Régional, Hawkesbury, Ontarie, série «Grande-Rivière», vol. 20, n° 39, p.

NOTES

1. Originaire de La Chute-à-Blondeau, dans le Comté de Russell-Prescott (Ontario), Yves Saint-Denis a effectué une carrière de professeur de français au niveau collégial et d'homme d'affaires. Il est également l'auteur d'une magistrale thèse de doctorat de lettres sur L'Édition critique de L'Appel de la Race de Lionel Groulx (1992) et de plusieurs ouvrages, dont le réputé Nous ! 101 faits de l'Ontario français (1999). Ayant fortement contribué au développement de l'Association des Canadiens français de l'Ontario (ACFO) et du méga-spectacle franco-ontarien L'Écho d'un Peuple, il préside actuellement la section Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) et l'Assemblée des Patriotes de l'Amérique française (APAF).

2. Yves Saint-Denis préfère utiliser la francisation du dénominatif «Ontario».

3. Surnommé «Le Rocket» ou «La Comète», Maurice Richard (1921-2000) fut l'un des plus grands joueurs de hockey de tous les temps et l'idole de millions de jeunes gens. Né à Montréal, il entra en 1942 dans l'équipe nationale des Canadiens de Montréal, dont il défendit les couleurs jusqu'en 1960, totalisant 500 buts (dont 50 buts en 50 matchs au cours de la saison 1944-1945). Le 17 mars 1955, lors d'une joute, sa suspension par un arbitre anglophone provoqua une véritable émeute dans la métropole. À une époque dite de «Grande Noirceur», où les Canadiens français étaient dominés par les Canadiens anglais sur les plans économique et politique, il fut considéré dans tout le Québec comme un symbole de liberté, de revanche et de réussite.

(Notes d'I. Toussaint)

 

 

 

 

 

 

© Yves Saint-Denis, Le Régional


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