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ISMÈNE TOUSSAINT

4 NOVEMBRE 2015 : « IMPRESSIONS DE LECTURE DE « LA MAÎTRESSE D'ÉCOLE », ROMAN D'ISMÈNE TOUSSAINT (LES ÉDITEURS RÉUNIS) », PAR FRANÇOISE BOIXIÈRE, POÈTE ET ROMANCIÈRE DU TERROIR BRETON


Françoise Boixière

IMPRESSIONS DE LECTURE DE LA MAÎTRESSE D'ÉCOLE, 
ROMAN D'ISMÈNE TOUSSAINT (LES ÉDITEURS RÉUNIS, 2015)

PAR FRANÇOISE BOIXIÈRE1, POÈTE ET ROMANCIÈRE DU TERROIR  BRETON

Le 4 novembre 2015 - Qui, mieux qu’Ismène Toussaint, spécialiste reconnue de Gabrielle Roy, pouvait écrire un roman sur la vie de cet écrivain majeur, très apprécié au Canada ? Dans La Maîtresse d’école, l’auteur a réussi ce pari difficile avec brio. Ce livre passionnant, écrit dans une langue à la fois accessible et élégante, nous fait découvrir les débuts de Gabrielle, jeune institutrice de campagne aussi volontaire qu’attachante.

Ce roman à l’ambiance subtile décrit habilement l’atmosphère d’une époque charnière, qui hésite entre l’épopée légendaire des pionniers et l’entrée dans la modernité. À cette dualité temporelle, répond la dualité psychologique de l’héroïne, elle-même partagée entre son désir de faire progresser ses élèves et sa nostalgie du monde qu’ont connu ses parents. En effet, malgré son amour pour ces enfants souvent démunis, Gabrielle se sent avant tout écrivaine et sa première source d’inspiration sera ce passé familial encore proche qu’elle compte sublimer dans ses futurs écrits.

Sous ses dehors ingénus, Gabrielle est une battante qui défend avec conviction sa langue : le français, contre l’omnipotence anglaise conquérante. Aucune contrainte n’arrête la jeune fille, décidée à aller jusqu’au bout de sa liberté d’expression, qu’au prix de quelques ruses, elle saura transmettre à ses élèves.

Au Manitoba, la nature, aussi grandiose que rude, est son alliée. Les vastes plaines où se resserrent les petits villages tour à tour méfiants, voire hostiles, et accueillants, parfois les deux à la fois, l’ouvrent à la liberté, au questionnement, au dépassement de soi. Les rapports humains y sont à l’image de cette immensité : authentiques et sans concession, mais aussi solidaires. La plaine forge les âmes, qu’elles soient mûres ou en devenir. Elle modèle la beauté des êtres, tout comme leurs espoirs, leurs révoltes et leur force de caractère.

Sous la plume inspirée d’Ismène Toussaint, la nature elle-même devient un personnage central qui influence l’enseignement et les sentiments de la jeune maîtresse d’école. Les saisons se suivent, redessinant un décor tantôt obscur, tantôt lumineux, qui détermine l’humeur de Gabrielle. Aux « nuages gris sombre » de Marchand, qui « enserraient l’étendue de la plaine, comme s’ils voulaient l’étouffer », succède la splendeur de l’automne à Cardinal avec son « incendie de couleurs », cependant si « insaisissables » qu’elles ne semblent être que « des mirages ».

Cette intercession de la nature dans l’évolution de l’héroïne trouve son apogée éducative dans une leçon de choses en pleine forêt et sentimentale dans sa chevauchée impromptue avec le jeune Roderick Beauchemin sur les monts de Babcock. « Ces monts isolés au milieu de la plaine ! A la fois accueillants et hostiles, galbés et hérissés de roches, foisonnants d’arbres gris noir et de pierres claires, qui s’intégraient autant qu’ils détonnaient dans le vaste pays plat », tout comme l’amour de Gabrielle pour son grand élève presque homme détonne dans la société bien-pensante de Cardinal.

La psychologie habilement cernée des personnages, que façonnent « les voix de la plaine », s’accompagne de dialogues vivants, presque audibles, qui font chanter l’accent canadien-français. Les éléments de ce roman parfaitement maîtrisé, forment ainsi un ensemble cohérent, subtil et poétique, qui tient le lecteur en haleine jusqu’au bout et le laisse dans l’attente impatiente d’une suite. Son succès de librairie n’est que justice, démontrant s’il en est besoin que la littérature dite de façon un peu péjorative « populaire », d’époque ou de terroir, peut aussi être une littérature de qualité. Ismène Toussaint, au sommet de son art, nous le prouve magistralement. Nous ne pouvons que la remercier avec humilité pour cet excellent moment de lecture.               

NOTE

1. Originaire d'un petit village des Côtes d'Armor, en Bretagne, Françoise Boixière est titulaire d'une maîtrise en littérature médiévale française et exerce les fonctions de documentaliste au Centre d'Information et d'Orientation pédagogique (CIO) de Saint-Brieuc. Écrivant depuis sa prime jeunesse, elle n'a pas sa pareille pour nous révéler la poésie sauvage de la nature bretonne et la beauté parfois tourmentée des âmes des êtres qui l'habitent. Récipiendiaire du prix Charles-Le-Quintrec, elle a publié plusieurs romans l'ayant imposée comme l'une des meilleures écrivaines du terroir breton : La Mémoire embaumée (2004), L'Insomnie des abeilles (2006), Le Secret de la buse (2008), Le Courage du lièvre (2012), La Fontaine à la Jument (2014), La Dentelle des sureaux (2015) ; ainsi que des recueils de poèmes : Des pas sur le sable - Des rives, suites poétiques (2002), Le Voyage du Saumon - Le Chemin du Nord (2004), De Brocéliande à l'océan - Randonnées poétiques (2009), Un Vent d'étoiles (2011), Les Confidences de l'arbre (2012), Fleurs d'eau vive (2015). Également aquarelliste et auteure de récits de voyages inédits, elle anime les Éditions de l'Orée en partenariat avec son mari, Michel Boixière. Site web : //www.loree.org (note d'I. Toussaint)


DANS LE MANITOBA DES ANNÉES 1930, LA JEUNE GABRIELLE ROY CONJUGUE SA CARRIÈRE DE MAÎTRESSE D'ÉCOLE ET SON RÊVE DE DEVENIR UNE GRANDE ÉCRIVAINE

 
© Les Éditeurs Réunis

Manitoba, 1928. Gabrielle atteint l’âge où elle doit choisir un métier pour gagner sa vie et satisfaire aux exigences de la modeste famille dont elle est la benjamine. Comme ses sœurs aînées, elle se tourne vers l’enseignement, bien que son talent artistique en voudrait autrement.

Ainsi entame-t-elle sa formation à l’École normale anglaise, un milieu intimidant pour la jeune Canadienne française. Malgré sa bonne maîtrise de la langue de Shakespeare, son acharnement au travail, sa gentillesse contagieuse et son espièglerie, il lui faudra lutter pour s’attirer le respect de ses consœurs.

Son diplôme en main, Gabrielle accepte des contrats dans différentes communautés, faisant la rencontre d’élèves qui occuperont pour toujours une place dans son cœur. Alors qu’elle apprend les rouages de la profession, elle se fait courtiser par des hommes, certains plus séduisants que d’autres, mais en cette époque de conventions strictes, la jeune femme fantasque devra parfois choisir entre l'amour, la raison et son désir d'indépendance.

N’ayant par ailleurs jamais renoncé à son rêve de jeunesse qui ferait d’elle une écrivaine, celle qu’on connaîtra un jour dans divers cercles littéraires francophones se contente pour l’instant de tenir un journal intime. Bien souvent, elle se demandera si l’enseignement est réellement la vocation qui lui sied, à elle, Gabrielle Roy… 

Ismène Toussaint est docteure ès lettres, auteure, chroniqueuse et historienne. Récipiendaire du prix André-Laurendeau, elle est à la source de nombreux ouvrages, articles, conférences et émissions. Comme la maîtresse d'école de son roman, elle a vécu dans les plaines du Manitoba.

La Maîtresse d'école - tome 1 : Les Voix de la plaine - Les Éditeurs Réunis - 360 p. - Prix : 24, 95 $ 

 

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© Françoise Boixière -
Photo : Journal Le Télégramme -


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