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ISMÈNE TOUSSAINT

16 NOVEMBRE 2015, À LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL : LORS DE LA COMMÉMORATION LOUIS-RIEL, L'ASSEMBLÉE DES PATRIOTES DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE DÉCERNE LA MÉDAILLE DU PATRIOTE À L'AUTEURE ISMÈNE TOUSSAINT


© ssjb.com

Lors de la commémoration Louis-Riel qui se déroulait le 16 novembre 2015 dans le cadre des Lundis de l'Histoire, à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), l'auteure Ismène Toussaint s'est vu décerner la Médaille du Patriote par le directoire de l'Assemblée des Patriotes de l'Amérique Française (APAF).

Monté sur ruban aux couleurs des Patriotes de 1837-1838 (vert, blanc et rouge), ce médaillon doré à fond bleu rehaussé de fleurs de lys, honore « les personnes qui véhiculent l'histoire des Patriotes et celle de leurs ancêtres ». Il s'agit d'une distinction rare, puisque seules sept d'entre elles l'ont reçue à ce jour depuis la fondation de l'APAF en 2010.

Ismène Toussaint, qui a consacré ces dernières années trois ouvrages au chef métis1, en plus de nombreux articles, conférences, discours, émissions, et contribué au réveil de la fierté du peuple métis en cofondant le mouvement d'Union métisse Est-Ouest (2005)2, a été jugée digne de considérer désormais Louis Riel comme son « ancêtre spirituel ».

C'est Éva Boyer, professeure, historienne et trésorière de l'APAF, qui a épinglé la Médaille du Patriote sur le cœur d'Ismène Toussaint, aussi émue que surprise par cet honneur inattendu, cependant que l'auditoire entonnait l'hymne national québécois, Gens du Pays, création du célèbre chanteur Gilles Vigneault. « Le fait qu'Ismène Toussaint ne soit pas née sur le sol d'Amérique magnifie son mérite », a déclaré Yves Saint-Denis, président de l'Assemblée.

La commémoration du chef métis, né en 1844 et victime d'un assassinat politique le 16 novembre 1885 pour avoir défendu les droits de ses compatriotes, avait pris ce soir-là la forme d'une conférence prononcée par Yves Saint-Denis sur le thème Louis Riel, déclencheur du nationalisme québécois. Ismène Toussaint y avait été accueillie en qualité d'invitée de soutien, spécialiste de Louis Riel et des Métis.

Jean Jolicœur, l'un des chefs de l'Alliance Autochtone du Québec (AAQ ; environ 30 000 membres hors réserves Premières Nations, Métis et Inuits), et Claude Samson, chef de la Nation Métis Contemporaine (NMC, la communauté métisse d'adoption d'Ismène Toussaint dans la région de Lanaudière),  avaient été également conviés à s'exprimer à cette occasion. Le grand écrivain et géographe métis Jean Morisset et plusieurs Métis de Montréal et des environs assistaient à cet événement.

Éric Cartier, communicateur (Montréal) - révision : Ismène Toussaint -

NOTES

1. Louis Riel, le Bison de cristal, Éditions Stanké, Montréal, 2000 ; Louis Riel, Journaux de guerre et de prison, suivis de chronologie métisse 1604-2006, Éditions Stanké, Montréal, 2005 ; Gabriel Dumont, Souvenirs de résistance d'un immortel de l'Ouest, Éditions Cornac/Michel Brûlé, Québec, 2009.

2. Voir la rubrique « Petit historique de l'Union métisse Est-Ouest » dans l'espace central de notre site, ainsi que le « Dossier Union métisse Est-Ouest 2005-2011 », en haut à gauche.

COMPTE-RENDU DE LA COMMÉMORATION-LOUIS-RIEL DU 16 NOVEMBRE 2015 À LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL, À L'INTENTION DE M. YVES SAINT-DENIS, PRÉSIDENT DE L'ASSEMBLÉE DES PATRIOTES DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE (APAF), DES AMIS ET DES CORRESPONDANTS

PAR ISMÈNE TOUSSAINT (17 NOVEMBRE 2015)

La commémoration Louis-Riel du 16 novembre 2015, organisée conjointement par l'Assemblée des Patriotes de l'Amérique Française (APAF) et la section Louis-Riel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) dans le cadre des Lundis de l'Histoire, fut un succès.

Le public, nombreux, dans lequel on distinguait quelques Autochtones - dont des Métis -, était réuni dans le beau salon d'entrée de la SSJBM. Il était différent de celui du lancement de mon roman, La Maîtresse d'école (Les Éditeurs Réunis), bien qu'on y retrouvait plusieurs personnes présentes le 9 novembre dernier. Il était concentré et très attentif aux propos du conférencier de la soirée, Yves Saint-Denis, président de l'APAF, manifestant son intérêt par des sourires et des regards éloquents. Devant lui, se dressait une grande table couverte d'ouvrages sur Louis Riel (en français ou traduits de l'anglais), issus de la collection personnelle de l'orateur ; les miens, Louis Riel, le Bison de cristal (2000), Louis Riel, Journaux de guerre et de prison (2005), Gabriel Dumont, Souvenirs de résistance d'un immortel de l'Ouest  (2009, écrit en collaboration avec Denis Combet) ; ainsi que quelques exemplaires de La Maîtresse d'école et  de mes anciens livres sur Gabrielle Roy.

Avec sa verve coutumière, Yves Saint-Denis nous a présenté une communication de grande qualité, intitulée Louis Riel, déclencheur du nationalisme québécois : celle-ci rappelait les faits saillants du parcours du chef métis, ses qualités d'homme d'État, fondateur de la province du Manitoba (15 juillet 1870), et ses défauts d'homme tout court à la personnalité  tourmentée. Elle a mis particulièrement en valeur son rôle - involontaire - dans la prise de conscience des Québécois de leur identité distincte, au moment de sa pendaison, en 1885. 
M. Saint-Denis nous a ensuite lu avec de belles envolées oratoires le discours de protestation inspirant qu'Honoré Mercier, chef du Parti national et futur premier ministre du Québec, avait prononcé le 22 novembre 1885  Place du Champ-de-Mars, devant une foule de 50 000 personnes : Riel, notre frère, est mort... Pour un peu, on s'y serait cru : signalons que le conférencier a l'occasion de peaufiner chaque été ses talents de comédien dans le cadre du grand spectacle L'Écho d'un peuple, en Ontario (ou Ontarie).

Jean Jolicœur, chef des Autochtones hors-réserves du Québec (Alliance Autochtone du Québec, AAQ), a évoqué pour sa part le dévoilement des bustes du Mémorial Louis Riel/Marie-Anne Gaboury (la grand mère du chef métis), qui avait eu lieu le 14 novembre précédent à Maskinongé (région de la Mauricie)1.

Claude Samson, président-chef de la communauté métisse historique de Lanaudière (Nation Métis Contemporaine), au sein de laquelle j'ai eu le privilège d'être adoptée il y a quelques années, a pris à son tour la parole. Il a rappelé les nombreux liens de parenté qu'il partage avec Louis Riel - les grands-parents maternels et paternels de ce dernier  étant d'origine québécoise -, puis mentionné les difficultés auxquelles le peuple métis est confronté pour obtenir sa reconnaissance en tant que peuple distinct. En guise de conclusion, il a rendu un hommage émouvant à la contribution de l'Union métisse Est-Ouest  au réveil des Métis du Québec : il s'agit d'un mouvement  que plusieurs camarades et moi-même avions fondé en 2005 dans l'esprit de Louis Riel. 

M. Samson était venu de Joliette en compagnie de trois membres de notre communauté : des Hommes-Debout, comme on appelait  les Métis d'antan, ce qui voulait tout dire. Avec sa générosité habituelle, il a accueilli un peu plus tard chez lui l'un de mes confrères, André-Man Mbombo, avocat canadien d'origine congolaise reconverti dans l'écriture, qui assistait à la commémoration en compagnie de son neveu Michel. Cet auteur s'est déclaré enchanté de s'être fait de nouveaux amis à la communauté métisse de Lanaudière.

La dynamique Éva Boyer, professeure, était fidèle à son poste d'organisatrice et de trésorière de l'APAF. Elle a notamment procédé au tirage qui permet  à quelques participants de gagner des livres à chaque Lundi de l'Histoire. Comment la remercier pour le magnifique ouvrage sur l'histoire de Saint-Rémi, l'un des villages des Patriotes de 1837-1838  ayant combattu contre l'invasion des militaires canadiens-anglais, comme pour l'épais numéro de la revue L'Action nationale consacré au poète québécois Gaston Miron, qu'elle m'a offerts avec tant de gentillesse en dehors de cette loterie ?

M. Jacques Bergeron, ancien président de la section Ludger-Duvernay de la SSJBM et fondateur du prestigieux événement « Le Patriote de l'année », se tenait discrètement au fond de la salle. J'ai eu plaisir à souligner qu'il m'avait parrainée en 1999 à mon arrivée à la SSJBM et que j'avais publié plusieurs articles sur Louis Riel dans son ancien journal, L'Action indépendantiste du Québec.

Lors de la pause et des dédicaces, notre table a été littéralement prise d'assaut. L'auditoire s'est montré généreux à mon égard en achetant mes livres et en me bombardant de questions, à tel point qu'à un moment, tout le monde parlait en même temps et que j'ai failli crier grâce. Cet intermède m'a permis de rencontrer des personnes fort intéressantes, dont un charmant vieux monsieur, Armand Guillot, et des rielliens jusqu'à présent inconnus ; aussi, de recueillir divers anecdotes et témoignages ; et de signer mes Journaux de guerre et de prison de Louis Riel à la vice-présidente de la section Louis-Riel, Christiane Jasmin. Une femme de cœur, non seulement fortement engagée dans des activités patriotiques, mais dans diverses causes sociales et humanitaires.

Jean Morisset, professeur de géographie à l'Université du Québec à Montréal (UQÀM) et grand écrivain métis, nous a honorés de sa présence. Ayant été le premier à appeler au réveil des Métis par le biais de ses ouvrages, cela, dès les années 1960-1970, et aussi à reconnaître les qualités d'écrivain de Louis Riel, il figurera prochainement dans une des émissions de télévision que Claude Samson et une équipe de professionnels tournent sur les Métis dans la région de Lanaudière.

Le clou de la soirée (du moins, pour moi) fut ma réception de la Médaille du Patriote, qui était totalement inattendue. Ceux qui me connaissent savent que je suis davantage une femme d'honneur - du moins, je l'espère - que d'honneurs, mais cette fois, je dois avouer que cette distinction m'a sans doute autant, sinon plus touchée que le grade de major honorifique et l'uniforme qui m'avaient été remis en 2011 à Ottawa, par une fraction de l'armée autochtone dirigée par le commandant de marine métis Richard Blackwolf, « pour services exceptionnels rendus à la Nation métisse». En effet, je sais tout ce que cette médaille représente. J'espère m'en montrer digne et je la porterai bien-sûr lors des quelques événements auxquels il me sera donné de me rendre en 2016. Mon émotion, quoique peut-être peu palpable car je ne me répands pas aisément en public, a été profonde lorsque Éva Boyer me l'a épinglée sur le cœur et que la salle, sous les applaudissements, s'est mise à entonner le refrain de l'hymne national de Gilles VigneaultGens du Pays. Que les beaux cachottiers Yves Saint-Denis, Éva Boyer et Jean Jolicœur, reçoivent ici l'expression de mon amicale gratitude. 

J'avais été accueillie à cette conférence à titre d'invitée de soutien et de spécialiste de Louis Riel et des Métis. Incommodée par la chaleur et par la fatigue d'une semaine particulièrement éprouvante - en partie due au choc des attentats parisiens survenus le 13 novembre et à une foulure au genou -, je n'ai pu me montrer aussi performante que je l'aurais souhaité. J'adresse donc mes excuses à tous et comme disent les sportifs français : « j'essaierai de faire mieux la prochaine fois ». J'espère néanmoins que mes réponses aux questions de M. Saint-Denis ont apporté à ce dernier l'aide qu'il attendait de moi.

Je devais lire un extrait de la visite de Gabriel Dumont au Québec et à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1888 - qui figure dans mon ouvrage Gabriel Dumont : Souvenirs de résistance d'un immortel de l'Ouest  - mais le temps nous a manqué.

J'aurais également aimé donner davantage de précisions sur notre ancien mouvement d'Union métisse Est-Ouest et sur la situation actuelle de la cause métisse, mais la fatigue se faisait graduellement ressentir et puis nous devions conclure la soirée. J'ai quand même insisté sur le fait que malgré des difficultés de tous ordres, mes anciens camarades avaient effectué un excellent travail ayant permis à de nombreux Métis de sortir de l'ombre, au Québec et dans tout le Canada, et à s'affirmer sur de nombreux plans. 

À la fin de l'événement, Yves Saint-Denis, Éva Boyer, Jean Jolicœur et moi-même avons vivement apprécié les remerciements chaleureux et sincères que de nombreuses personnes nous ont adressés. 

Si les Métis sont contents, alors je suis content, avait coutume de dire Louis Riel. Riel est-il content ? interrogeait  hier Yves Saint-Denis. Oui, certainement. Et si Riel est content, eh bien ma foi, je suis contente aussi !

Ismène Toussaint

PS Je remercie par la même occasion mon vieux camarade métis Victor Charbonneau, de la SSJBM, qui m'a emmenée souper dans un sympathique et fort bon petit restaurant après la soirée. En arrivant chez moi, ma chatte Flammèche (dite La Dodue, quoique elle soit de taille raisonnable), âgée de 4 ans, a pris peur en apercevant son chapeau orné d'insignes patriotiques et sa barbe fournie. De son côté, Victor est demeuré ébahi devant le symbole métis de l'infini blanc dont la nature a gratifié autour de la bouche cette diablesse noire.

NOTE

1. Voir, dans l'espace central de notre site, la rubrique « 14 novembre 2015 : Le chef Jean Jolicoeur représente les Autochtones lors du dévoilement du Mémorial Louis-Riel/Marie-Anne-Gaboury à Maskinongé (région de la Mauricie, Québec) ».

 

 

 

 

 

 

© Éric Cartier - Ismène Toussaint -


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