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ISMÈNE TOUSSAINT

« LA LITTÉRATURE D'EXPRESSION FRANÇAISE DANS L'OUEST CANADIEN – TROIS SIÈCLES D'ÉCRITURE », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ENCYCLOPÉDIE DU CANADA 2000 ET REVUE L'ACTION NATIONALE, MONTRÉAL (PRIX ANDRÉ-LAURENDEAU)

 

 LA LITTÉRATURE D'EXPRESSION FRANÇAISE DANS L'OUEST CANADIEN – TROIS SIÈCLES D'ÉCRITURE

 PAR ISMÈNE TOUSSAINT (2000)1

J'ai des racines dans la plaine
J'ai toutes ses rengaines
Dans le sang

Daniel Lavoie (Jour de Plaine, chanson manitobaine, 1990)

La littérature francophone de l'Ouest est une jeune littérature. Née sur les bords de la rivière Rouge vers la fin des années 1730, elle a grandi à l'ombre des cathédrales de Saint-Boniface (Manitoba), la capitale francophone, et à la lumière d'immenses espaces propices à l'inspiration et au développement de la vie intérieure.

Toutefois, intimement liée aux événements qui ont contribué à bâtir un pays et au drame de la survie d'un peuple, son épanouissement a été freiné, au fil des siècles, par d'innombrables difficultés : isolement au sein d'une contrée hostile et sauvage, affligée d'un climat extrême ; pénurie de moyens de communication et de véhicules d'information ; dureté des travaux agricoles, rivant les pionniers à leur terre, loin du culte des Muses ; tensions historiques et politiques – depuis la guerre des compagnies de traite pour le monopole des fourrures (1793-1821) jusqu'aux crises économiques de la fin du XXe siècle, en passant par les soulèvements des Métis contre les accapareurs de terres (1869-1870 ; 1885), la « Ruée vers l'Or blond » (le blé) de 1896, provoquant un afflux massif et inattendu de colons étrangers, et la Grande Dépression de 1929 ; persécutions linguistiques du gouvernement canadien frappant d'interdiction, à deux reprises, l'utilisation de la langue française dans les écoles, les administrations et les tribunaux manitobains (loi Greenway, 1890 ; loi Thornton, 1916) ; apparition, dans les années 1970, d'une littérature spécifiquement québécoise, condamnant désormais toute publication extérieure à l'ignorance et à l'oubli ; incapacité de la population à se forger une véritable identité, non seulement en raison du brassage des peuples et du multilinguisme, mais de la fragmentation de la communauté francophone en une pluralité de petites unités ; et surtout, menace omniprésente d'assimilation par les Canadiens anglais, cernant par leur supériorité numérique et économique les minuscules îlots formés par Saint-Boniface et ces minorités.

Qu'une littérature ait pu survivre en dépit de tant d'obstacles, voilà qui relève bel et bien du miracle, mais surtout témoigne de l'exceptionnelle volonté de ses promoteurs de s'exprimer, de clamer haut et fort leur droit d'exister et d'écrire en français. Se calquant pendant longtemps sur les pays d'origine, elle a toujours accusé un temps de retard par rapport à eux, mais, depuis vingt-cinq ans, a rattrapé celui-ci et tend de plus en plus, aujourd'hui, à affirmer sa propre originalité.

Cependant, malgré les victoires qu'elle a remportées sur elle-même, cette attachante littérature semble poursuivie par un funeste destin qui contribue à entretenir un profond sentiment d'injustice, d'infériorité et parfois une certaine forme de misérabilisme chez ses auteurs.

Ainsi, sur le plan logistique, malgré le dynamisme d'organes d'information tels que La Liberté, la fondation de trois maisons d'édition, dont les Éditions du Blé (1974) par Lionel Dorge (en partenariat) et les Éditions des Plaines (1979) par Annette Saint-Pierre (1925-) au Manitoba, la création, par la même, du Centre d'études franco-canadiennes de l'Ouest (CEFCO, 1978) et d'une revue littéraire, le Bulletin du CEFCO (devenu, en 1989, Les Cahiers franco-canadiens de l'Ouest), les écrivains se heurtent à deux problèmes majeurs : un nombre restreint de lecteurs et une absence de focalisation critique qui les contraignent à tenter leur chance au Québec, parfois en France ou aux États-Unis.

Sur le plan promotionnel, en dépit de sa présence annuelle au Salon du Livre de Montréal et de la publication successive du Répertoire littéraire de l'Ouest canadien (dir. Annette Saint-Pierre, 1984), de l' Anthologie de la poésie franco-manitobaine (dir. Roger Léveillé, 1990) et du Dictionnaire des artistes et des auteurs francophones de l'Ouest (dir. Gamila Morcos, 1998), elle continue régulièrement à essuyer le mépris de critiques prompts à la ravaler au rang de littérature provinciale de second ordre. En 1999, elle a effectué sa première apparition  sur les tréteaux du Salon du Livre de Paris, mais sans doute davantage à titre de curiosité exotique que pour ses qualités intrinsèques.

Sur le plan de l'enseignement, si, dès les années 1970, Annette Saint-Pierre a ouvert, au Collège universitaire de Saint-Boniface, un cours de littérature canadienne-française affichant au programme quelques œuvres de compatriotes, il semble que son exemple n'ait guère été suivi en dehors de la communauté manitobaine. Depuis plus de vingt ans, cette grande figure de proue de la littérature, Roger Léveillé (1945-), l'actuel chef de file des écrivains franco-manitobains, ainsi qu'une poignée de chercheurs multiplient articles, conférences, colloques, tant au Canada qu'au Québec, en France et aux États-Unis – P.Laurette et H.G. Ruprecht sont même parvenus à publier un collectif à Paris, Poétiques et imaginaires (Éditions L'Harmattan, 1996) – mais force est de constater que, saluée leur qualité, ces travaux ne touchent qu'un lectorat réduit d'enseignants et d'étudiants. Plus malchanceuse encore, la signataire du présent article a vainement proposé, pendant dix ans, un programme de cours en littérature de l'Ouest canadien à toutes les universités françaises et québécoises, puis s'est vue dans l'obligation de déclarer forfait après avoir publié, dans les années 1990, près d'une vingtaine d'auteurs du pays dans la revue nantaise Sol'Air.

Ces brefs coups d'éclat suivis d'échecs répétés attestent bien de l'ostracisme dont souffre la littérature de l'Ouest et de la marginalisation à laquelle elle paraît irrémédiablement vouée. Marginalisation due, hélas aussi, en grande partie, à l'image négative que certains de ses ambassadeurs se font d'elle ou projettent d'eux-mêmes à l'extérieur du pays : attitude fataliste de repli et d'apitoiement sur soi de quelques auteurs – conséquence inévitable de plusieurs siècles d'oppression sociale et linguistique ; secrète jalousie entretenue à l'égard des confrères québécois, perçus, à tort ou à raison, comme plus chanceux ; publication d'un trop grand nombre d'essais hermétiques et illisibles, propres à décourager le lecteur le plus chevronné ; enfin, comportement inquiétant de cliques universitaires ou de petits potentats culturels locaux qui, forts de leurs titres et sous couvert de manifestations officielles destinées à  servir les intérêts de la francophonie, font régner une sorte de dictature intellectuelle sur la population locale, voire sur leurs propres collègues, par l'utilisation pernicieuse et subtilement feutrée de méthodes à caractère maffieux.

Il est indéniable qu'un tel contexte, faisant figure de serpent qui se mord la queue, nuit considérablement non seulement à la crédibilité et à la diffusion de cette littérature, mais au rayonnement de la francophonie de l'Ouest tout entière.

Dans la lignée des grands pionniers de l'histoire littéraire de l'Ouest : Louis-Arthur Prud'homme (1853-1941), auteur de La Littérature au Nord-Ouest  (1915), Sœur Marie-Diomède (Georgina Laberge, 1881-1970), docteur ès Lettres (Essai sur la littérature française au Manitoba, 1947), Annette Saint-Pierre, Roger Léveillé, leur collaborateur Rossel Vien (1929-1992) et Rosmarin Heidenreich, correspondante aux Cahiers franco-canadiens de l'Ouest, je procéderai à présent à un bilan d'ensemble qui, compte tenu du grand nombre d'auteurs et d'œuvres répertoriés et des contraintes d'espace inhérentes à notre type de publication, ne prétend nullement à l'exhaustivité, mais se veut aussi représentatif que possible des aspects de cette littérature. De même, ses manifestations ayant essentiellement eu pour cadre le Manitoba, je me limiterai à citer les noms et les réalisations des auteurs les plus marquants des quatre autres provinces : Saskatchewan, Alberta, Colombie- Britannique et Territoires du Nord-Ouest.

LES ÉCRITS DE LA « CONQUÊTE DE L'OUEST » (Ière MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE - 1900)

Avec leurs chroniques ou souvenirs – qui sont davantage des notes de voyage jetées à la hâte au fil de leurs expéditions en canot ou sous la tente de quelque chef indien, que des ouvrages construits –, les premiers explorateurs posent, au début du XVIIIe siècle, les fondements de la littérature au milieu des dangers que représentent la nature et les tribus autochtones. Le Journal  (publié en 1927) de Pierre de la Vérendrye (1685-1749), le découvreur de l'Ouest, et les Lettres  (1888) de Jacques Legardeur de Saint-Pierre (1701-1755) constituent une source de renseignements irremplaçable sur la rencontre des cultures française et amérindienne, comme sur la personnalité de ces hommes animés d'un ardent patriotisme et d'une profonde foi en leur mission de civilisateurs. Sans le savoir, ils inventent un genre littéraire : celui des récits de voyage dans l'Ouest, dont la liste a été établie dans Les Cahiers franco-canadiens de l'Ouest (1996) sur une période s'étendant de 1840 à 1982.

Chargés d'ouvrir la voie aux futures compagnies de fourrures, voyageurs, trappeurs et coureurs de bois se mêlent aux peuples amérindiens et engendreront la future nation métisse. De leurs contacts quotidiens avec les premiers habitants, ils enrichissent leur tradition orale de chants, de contes, de légendes, de croyances et de superstitions témoignant d'un «constant dialogue avec l'invisible». Certains d'entre eux sont parvenus jusqu'à nous et ont été amoureusement recueillis par l'ethnologue Tatiana Arcand (1947-) dans Trésors du passé manitobain (1994) et par les folkloristes Louisa Picoux (1936-) et Edwige Grolet (1961-) dans Légendes manitobaines (1992). Le vent, symbole spirituel et souffle vital nécessaire à la subsistance des êtres, y joue un rôle primordial : un siècle plus tard, il donnera son nom à la première province de l'Ouest, le « Manitoba », « Manito »  signifiant « l'esprit » et  « baw »  le « passage », en un mot : « le lieu où souffle l'Esprit ».

Aux écrits des aventuriers succèdent, au siècle suivant, les relations des missionnaires qui, à l'hostilité de la nature et aux exactions de certains colons ou tribus amérindiennes, opposent leur esprit de dévouement, de charité et d'abnégation en vue de mener à bien leur mission évangélisatrice. Reporter avant l'heure, épistoliers, mémorialistes, ils résistent mal au désir de raconter leurs expériences apostoliques et les événements dont ils ont été les témoins attentifs : guerre entre la Compagnie de la Baie d'Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest qui aboutira à leur fusion en 1821, troubles fomentés à la rivière Rouge par le chef métis Louis Riel, opposé à l'arbitraire mainmise du gouvernement sur les terres de son peuple (1869-1870), entrée du Manitoba dans la Confédération (1870), rébellion du Nord-Ouest qui s'achève par la pendaison de Riel (1885). La prose sèche et sobre de Mgr Norbert Provencher, fondateur de Saint-Boniface (1818) et auteur de la Notice sur la rivière Rouge dans le Territoire de la baie d'Hudson (1843), contraste avec le style ample, riche et fluide de son successeur, Mgr Alexandre Taché (1823-1894), dont certaines pages des Vingt années de mission dans le Nord-Ouest de l'Amérique (1866) et de l'Esquisse sur le Nord-Ouest de l'Amérique (1869) sont considérées comme des modèles de littérature.

Jusqu'à la fin du siècle, d'infatigables Pères se feront historiens, biographes, diaristes, linguistes, léguant ainsi aux chercheurs contemporains une mine inépuisable d'érudition sur les débuts de la civilisation dans l'Ouest. On retiendra les noms suivants : Georges Dugas (1833-1928), un historien romanesque dont la trilogie, Légendes du Nord-Ouest (1883), La première canadienne du Nord-Ouest : Marie-Anne Gaboury (1883) et Un Voyageur des Pays d'en haut (1890), vaut surtout pour le tableau vivant et coloré qu'il nous offre des us et coutumes de son époque ; Mgr Vital Grandin (Dictionnaire de la langue dènè-dindjié, 1876 ; Journal de voyage, 1881) ; Albert Lacombe (Dictionnaire et grammaire de la langue crise, 1872 ; Dictionnaire français-sauteux, 1874) ; Georges-Antoine Belcourt, son coauteur (Mon itinéraire du lac des Deux-Montagnes à la rivière Rouge, 1913) ; Émile Petitot (En route pour la mer Glaciale, 1887 ; Autour du Grand Lac des Esclaves, 1891) ; Émile Legal (Les Indiens  dans les Plaines de l'Amérique du Nord, 1891) ; Paul Benoît (Vie de Mgr Taché, archevêque de Saint-Boniface, 1904) ;  Adrien-Gabriel Morice (Au pays de l'ours noir : chez les Sauvages de Colombie-Britannique, 1897) ; Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de l'Ouest, 1908). 

À cette abondante production, il faut ajouter la contribution de deux journalistes : Joseph Dubuc (1840-1914), collaborateur au journal Le Métis (créé en 1871), dont la plume alerte, élégante et teintée d'humour s'est exercée dans la rédaction de documents autobiographiques et historiques (partiellement publiés dans la Revue d' histoire de l'Amérique française, 1966) ; et Joseph Royal (1837-1902), dont les ouvrages La vallée de la Montawa (1869), Le Canada, république ou colonie ? (1894) et l'Histoire du Canada 1841-1867 (1909) révèlent un puriste épris de lectures classiques.

Pour mémoire, nous retiendrons également les romans de fantaisie historique du feuilletoniste français Henri-Émile Chevalier (1828-1879), fertiles en aventures exotiques et dramatiques : Les Pied Noirs  (1861), La Tête plate  (1862), La Huronne (1862), Poignet d'acier ou les Chippiouais (1863).

Née au cœur de la nation métisse, la poésie orale apparaît pour la première fois en 1816, alors que le barde Pierre Falcon (1793-1876), témoin de la bataille des Sept-Chênes (Seven Oaks, Manitoba) opposant ses compatriotes aux Anglais, compose un chant en l'honneur de la victoire de ses frères, les « Bois-Brûlés » : La Chanson de la Grenouillère, qui deviendra l'hymne national métis et sera publié en 1863. Suivront d'autres pièces de circonstance à forte saveur locale et ironique qui inaugurent toute une tradition de poésie engagée, célébrant les espoirs et les luttes d'un peuple pour exister, le mythe du pays à bâtir, et perdurant encore de nos jours.

Le continuateur de cette poésie de résistance est Louis Riel (1844-1885), le fondateur du Manitoba, mais aussi l'écrivain le plus important et le plus prolifique de son temps. Tout au long de sa courte vie, il s'est essayé aux genres littéraires les plus divers : poésie (Poésie de jeunesse, 1977 ; Poésies religieuses et politiques, 1886), prière, méditation, carnets intimes (Journal de prison, 1962), correspondance, fragments, plaidoyer (Amnistie. Mémoire sur les causes des troubles du Nord-Ouest, 1874), essai (Les Métis, 1885), roman (Massinahican, inachevé, 1880-81), discours, etc, aujourd'hui réunis en cinq volumes sous le titre Les Écrits complets de Louis Riel (1985). Ferveur nationaliste et lyrisme religieux s'y mêlent, attestant non seulement du mysticisme exacerbé du leader, mais de la conception prophétique et messianique qu'il se faisait de sa vie et de son rôle sur terre. Ses poèmes plus personnels s'abreuvent aux thèmes chers au Romantisme : la fuite du temps, l'amour envolé, l'exil, le destin inexorable, la patrie étranglée par l'impérialisme britannique, la nostalgie du village natal, le mal de vivre, la mort... Hélas, cet héritage littéraire considérable demeure encore largement inexploité et souvent incompris par la critique.

Jusqu'au début du XXe siècle, la poésie romantique d'inspiration religieuse et patriotique va dominer la scène littéraire de ses accents déclamatoires et grandiloquents. Le plus souvent, la description des paysages naturels et des paysages intérieurs du poète ne sert que de prétexte à celui-ci pour exprimer ses opinions nationalistes et catholiques, édifier ses lecteurs en sermons moraux ou vertueux et les exhorter à conserver leur langue, leur foi et leur amour du pays natal. C'est ce que Roger Léveillé appelle « la poésie de l'aliénation ». Ainsi, dans Poésies de Saint-Boniface (1910), un souffle patriotique et religieux enveloppe-t-il l'émotion que ressent Pierre Lardon (1854- ?) devant la nature, tandis que les paysages manitobains et fantaisistes de Jean-Marie Arthur Jolys (1854-1926), dans Rêves du soir (1915), ne constituent qu'un paravent à l'exposition de discours confits en dévotion.

Cependant, certains chantres possèdent à un degré supérieur la faculté d'émouvoir leurs lecteurs. Le Métis Alexandre de Laronde (1866-1944) peint dans des tons touchants le drame des Amérindiens, désormais parqués dans des réserves et pleurant leur vie de nomades, heureux et libres dans la nature : Chant d'une mère indienne (1887), Chant du dernier Pied-Noir (1947). Déchiré entre ciel et terre, James Prendergast (1858-1945) injecte, quant à lui, dans Soir d'automne (1881), une délicate dose de sensibilité lamartinienne. Avec Vers les cimes  (1910), sans doute René Brun (1879-1914), « étoile filante »  – pour reprendre l'expression de Roger Léveillé –, s'impose-t-il comme le poète le plus personnel de son temps en jouant avec des images symbolistes fondées sur de riches oppositions. Enfin, en dépit de ses considérations d'ordre moral, Georges Lemay (1857-1902), un poète en prose, détonne par la qualité et la modernité de ses Petites fantaisies littéraires (1884), un recueil de nouvelles, de courts essais et de fragments autobiographiques qui nous plonge dans le monde du souvenir, du rêve et du fantastique. 

Malheureusement, à la fin du XIXe siècle, le déferlement des colons étrangers sur le territoire, la fièvre de l'or et de l'argent, le progrès industriel et la suppression du français vont porter un coup fatal à la poésie qui cède alors sa place au roman et au théâtre.

LES PIONNIERS DE LA TERRE ET DE LA PLUME (1900-1945)

Attirés par l'alléchante et mensongère propagande de la Société de colonisation qui présente l'Ouest canadien comme un nouvel Eldorado, vantant l'incroyable fertilité de ses terres à blé et promettant une fortune rapide, des milliers d'immigrants ont débarqué par vagues successives «en Canada» et, durant un demi-siècle, vont faire connaissance avec l'implacable dureté du sol et du climat. Parmi eux, une poignée d'écrivains québécois, français, belges et suisses qui, agriculteurs improvisés, peu doués pour le travail manuel, nous font partager dans romans et récits leur amertume et leurs désillusions. Qu'elles brodent un rêve de vie à partir d'événements réels ou brossent un tableau véridique des mœurs des pionniers, leurs œuvres témoignent toutes d'un seul et même thème : la lutte harassante de l'homme contre la nature.

Dans son essai, L'Ouest canadien et sa littérature (1986), Annette Saint-Pierre rend hommage à trois grands écrivains qui ont donné leurs « lettres de noblesse » – si on peut dire – aux Prairies de l'Ouest : Maurice Constantin-Weyer (1881-1964), le « Jack London français », Georges Bugnet (1879-1981), « le poète des roses », et Jean Féron (1881-1946), « l'Alexandre Dumas du Canada ».

Maurice Constantin-Weyer, originaire du centre de la France, deviendra le plus grand peintre de la nature sauvage de l'Ouest canadien. Toutefois, ses descriptions d'un univers cruel et manichéen, où s'affrontent sans merci Blancs et Métis, hommes et femmes, êtres et animaux, Bien et Mal, vie et mort, etc, lui vaudront malheureusement une réputation de raciste et de misanthrope : Vers l'Ouest, 1921 ; Manitoba, 1924 ; La Bourrasque, 1925 ; Cinq éclats de silex, 1927 ; Clairière, 1930 ; Un sourire dans la tempête, 1934. Son chef-d'œuvre, Un homme se penche sur son passé (1928), lui mérite le prix Goncourt.

Georges Bugnet, un journaliste bourguignon reconverti dans l'horticulture, noue, au milieu de ses difficultés, une relation amoureuse et mystique avec une région de l'Alberta, qui va s'exprimer, selon Annette Saint-Pierre, en un «chant de prose et de poésie à la nature» : Le Lys de sang, 1923 ; Nipsya, 1924 ; Journal, 1954-1971, 1984 ; Albertaines : anthologie d'oeuvres courtes en prose, 1990. Originale, personnelle et en avance sur son temps, son oeuvre principale, La Forêt (1935), raconte l'échec d'un jeune couple d'agriculteurs qui, venu dans le dessein de dompter la nature, se fait progressivement vaincre par elle.

Jean Féron, un Québécois établi sur une ferme en Saskatchewan, est un fécond auteur de romans en fascicules traitant de sujets historiques et de problèmes contemporains, tels les querelles linguistiques, les mariages mixtes ou l'industrialisation. Dans La Métisse (1923), qui met aux prises une jeune fille sans défense avec un paysan écossais violent et inconséquent, les Canadiens de l'Ouest ont reconnu le symbole de la jeune nation métisse opprimée par le joug de l'impérialisme britannique.

Dans l'ombre des Maîtres, gravite une étonnante galaxie d'écrivains qui, de manière durable ou éphémère, ont marqué cette fascinante et brutale épopée de la conquête de la terre : Georges Forestier (1874-1914), « le Louis Hémon de l'Ouest », dont le jeune talent est prématurément fauché par la Grande Guerre, après qu'il ait laissé un émouvant, quoique sombre témoignage sur l'incapacité des colons à cultiver le sol manitobain avec des méthodes européennes (Pointe-aux-Rats, 1907) ; Alfred Glauser (1913-?), dont la poétique peinture en prose des conflits intérieurs, des hésitations, des rêves et des aspirations en terre manitobaine dégage un charme mélancolique et une originalité rares (Le Vent se lève, 1941) ; Louis-Frédéric Rouquette (1884-1926), le « Jack London de l'Ouest », qui nous entraîne sur la trace des chercheurs d'or, au cœur des solitudes neigeuses et des silences étincelants du Yukon (Le grand silence blanc, 1921 ; La Bête errante, 1923 ; L'Épopée blanche, 1926). À ces noms, il convient encore d'ajouter ceux de Joseph-Émile Poirier, un Breton dont le roman historique, Les Arpents de neige  (1909 ; devenu Tempête sur le fleuve en 1931), a pour cadre la révolte métisse menée par Riel en Saskatchewan, et des peintres de mœurs : Théodore Bost (Les derniers puritains pionniers d'Amérique 1851-1920, lettres, 1977) ; Gaston Giscard (Dans la prairie canadienne, 1952) ; Jules Lamy (Dans la terre promise, en collaboration avec Jean Féron, 1986) ; Jean Lionnet (Chez les Français du Canada, 1908 ; L'Aisance qui vient, en collaboration avec Louis Viel, 1911) ; le Père Pierre Duchaussois (Aux glaces polaires, 1921 ; Apôtres inconnus, 1924 ; Femmes héroïques, 1927) ; André Borel, « l'écrivain cow-boy » (Croquis du Far West canadien, 1928 ; Le Robinson de la Red Deer, 1930) ; Achille Rousseau (Les Roux, 1932) ; Noël Bernier (Fannystelle : une fleur de France éclose en terre manitobaine, 1939) ; Jean-Baptiste Côté (Originaux et aventuriers, 1946) ; Aimé Roche (La grande prairie, 1948) ; Mgr Clovis Mollier (Les Broussards de l'Ouest, 1946 ; Au pays des ranchs, 1957) ; Donatien Frémont (Sur le ranch de Constantin-Weyer, 1932 ; Les secrétaires de Riel, 1953 ; Les Français dans l'Ouest canadien, 1958), Marcel Giraud : Le Métis canadien : son rôle dans l'histoire des provinces de l'Ouest, 1945.

Parallèlement au roman et comme pour pallier la quasi-disparition de la poésie, c'est le théâtre qui prend soudain, au début du siècle, un essor inattendu. Né dès 1870 avec la pièce de Sœur Malvina Colette, Un dernier souvenir de la patrie, qui exaltait la fierté de la langue et de la culture française dans l'Ouest, il s'est peu à peu développé jusqu'à devenir le moyen de communication préféré des habitants qui raffolent des grandes œuvres classiques, comme des créations originales posant le problème de leur identité ou susceptibles de les divertir. Le monumental essai d'Annette Saint-Pierre, Le rideau se lève au Manitoba (1980) et le collectif Chapeau Bas : réminiscences théâtrales et musicales du Manitoba français 1980-1985  tendent d'ailleurs à montrer que c'est encore le cas aujourd'hui.

Dans les années 1920-1930, auteurs amateurs et professionnels abondent ; malheureusement, faute de moyens, nombre de leurs pièces demeureront longtemps ou à tout jamais inédites.

Parmi les inconditionnels de l'art thespien, se détachent deux figures particulièrement dignes d'intérêt : Auguste-Henri de Trémaudan (1874-1929) et André Castelein de la Lande (1873-1963). Connu surtout pour son essai historique, Histoire de la nation métisse dans l'Ouest canadien (1936), le premier, d'origine québécoise, s'est spécialisé dans le drame et le mélodrame : De fil en aiguille (1925) ; Quand même (1928). Le second, un dandy belge aux allures excentriques, fonde, avec quelques amis, la troupe du Cercle Molière (1925) – qui, vingt ans plus tard, aura le privilège de former l'un des plus grands noms de la radio et de la télévision canadiennes, Henri Bergeron (1925-2000) et donne libre cours à sa verve comique et vaudevillesque : Le Secret du prêtre (1929) ; La Goélette (1934) ; Il faut que femme cède  (1934) ; Lui, elle et belle-maman (1934) ; Le voleur (1935) ; Pièces en un acte (1981).

UN DÉSERT FLEURI DE ROSES (1945-1960)

Hélas ! à cette flambée littéraire succède presque immédiatement une éclipse sans précédent, et pendant près de vingt ans, une chape de silence va recouvrir la communauté francophone de l'Ouest. La petite ville de Saint-Boniface fait le dos rond aux coups de boutoir du gouvernement, les auteurs se découragent ou désertent la scène littéraire, les poètes se taisent. Seule, une voix de femme au charme puissant s'élève dans ce désert : celle de Gabrielle Roy (1909-1983). Très en retrait, du fond de son Alberta d'adoption, sa sœur Marie-Anna (1893-1998), ose, quant à elle, défier les modes littéraires en optant pour un genre alors passé de mode : celui des écrits pionniers de la terre.

Gabrielle Roy a vu le jour au Manitoba et y a passé les vingt-huit premières années de sa vie. Cette petite fille de l'Ouest connaîtra une gloire mondiale puisque son Bonheur d'occasion (1945), un « grand reportage romancé » (Jean-Louis Morgan) sur les difficiles conditions de vie d'une famille ouvrière dans le Montréal de l'entre-deux guerres, sera traduit dans une douzaine de langues. Puis ce seront Rue Deschambault  (1955) et La Route d'Altamont (1966), une suite idéalisée de souvenirs d'enfance, La Petite Poule d'Eau (1950) et Ces Enfants de ma vie (1977), inspirés par ses expériences d'institutrice dans la Prairie de l'avant-guerre. Un Jardin au bout du monde (1975) décrit avec un poignant réalisme poétique la douloureuse acclimatation des pionniers dans l'Ouest, tandis que certains articles de Fragiles lumières de la terre (1978) et La Détresse et l'Enchantement (1984), suivie du Temps qui m'a manqué (1997), relation magnifiée des trente premières années de sa vie, renouent avec le genre autobiographique. Grâce à une écriture simple, parfilée d'émotion et de sensibilité, Gabrielle Roy a conquis un lectorat international.

Femme exceptionnelle par le tempérament, le mode de vie et la longévité, Marie-Anna Roy se révolte à son tour contre l'apathie générale, mais sans connaître l'éclatante réussite de sa benjamine. Romans historiques, monographies, récits de voyage, correspondances, souvenirs, journaux intimes, articles et inédits forment une œuvre considérable, de facture classique, qui s'articule essentiellement autour de deux thèmes : l'histoire des colons francophones dans les Prairies (Valcourt ou la dernière étape, 1958 ; La Montagne Pembina au temps des colons, 1969 ; Les Visages du vieux Saint-Boniface, 1971 ; Les Capucins de Toutes-Aides, 1977) et l'histoire de sa propre famille : Le Pain de chez nous, 1954 ; Le Miroir du passé, 1979 ; À l’Ombre des chemins de l'enfance, 1990.

LA LENTE AFFIRMATION D'UNE IDENTITÉ (1960-1975)

Après un long sommeil de Belle au Bois Dormant, la littérature de l'Ouest esquisse enfin un timide réveil dans les années 1960, mettant en concurrence deux noms qui s'affrontent par la disparité de leur inspiration, de leurs thèmes et de leur style : Marguerite Primeau (1914-) et Roger Léveillé, dit « Jesse James » ou « le Rimbaud manitobain ». L'une est professeur : son roman, Dans le muskeg (1960), œuvre classique rehaussée par une langue soignée et policée, illustre, à travers la sympathique figure d'un instituteur militant, la foi des Canadiens français dans un Canada bilingue et biculturel, dont les idéaux se brisent contre l'intraitable système anglo-saxon. Il sera suivi de Maurice Dufeault, sous-directeur (1983) et de Sauvage sauvageon (1985) qui expriment des préoccupations métaphysiques sur les rapports humains. L'autre est un tout jeune homme, dont le premier roman, Tombeau  (1968), par son parti pris de rompre avec toute tradition, son absence de trame narrative et de véritables personnages, son atmosphère de tristesse sourde servie par un style elliptique et coloré, va littéralement révolutionner le petit monde littéraire de l'Ouest.

L'EXPLOSION (1975-1995)

Hélas, une seconde cassure se produit dans les années 1970, alors qu'en s'affichant presque avec arrogance aux yeux du Canada et du monde francophone, la nouvelle littérature québécoise n'hésite pas à rejeter sa lointaine consœur dans l'ombre et le mépris. Cette regrettable attitude perdure d'ailleurs de nos jours puisque très souvent, ici, l'on ignore – ou feint d'ignorer – qu'il existe une littérature d'expression française dans l'Ouest et qu'on juge inférieur, voire attardé, ce qu'il s'y écrit et publie. Toutefois, cette rupture va jouer le rôle d'un véritable détonateur au sein de la communauté francophone hors Québec.

C'est tout d'abord dans la poésie que se manifeste la révolte de ces « éternels oubliés de l'Ouest » (Annette Saint-Pierre). Révolte contre leurs écrasants voisins québécois et anglophones, mais aussi contre leur condition de minoritaires, enfermés dans de trop vastes plaines, et contre un ordre symbolisé par les institutions historico-littéraires, politiques et religieuses. L'initiateur de ce « long dérèglement de tous les sens » est Roger Léveillé, directeur, depuis 1984, de la « Collection Rouge » aux Éditions du Blé, et assurément la figure littéraire la plus originale de la seconde moitié du XXe siècle. Adaptant sa recherche d'une identité au kaléidoscope secret de son art, il déplace avec une jouissance évidente, dans ses pages, les sons, les images, les couleurs et les rythmes : Œuvres de la Première Mort, 1977 ; Le Livre des marges, 1981 ; Montréal poésie, 1987. Il en résulte une poésie «abstraite» qui, soit agace, choque, heurte, soit charme, enivre, envoûte, quoi qu'il en soit, ne laisse jamais indifférent.

Dans son sillage, il entraîne toute une farandole de poètes turbulents et tapageurs, lesquels, au mépris des règles encore en usage parmi leurs confrères plus traditionalistes – Marie-Thérèse Goulet-Courchaine (1912-1970), alias Manie Tobie, femme du Manitoba (1979), Fernando Champagne (1903-1984), Jean Pariseau, Guy Pariseau, etc, – n'hésitent pas à faire subir à la langue des  « tortures » savantes et raffinées pour mieux affirmer les pulsions internes de leur « moi ». Si on ne peut véritablement parler de courant littéraire à leur sujet, au moins n'est-il pas exagéré de voir en l'audace de leurs recherches, l'esquisse d'un mouvement « textualiste ». (Rosmarin Heidenreich). Au nombre de ces  « enfants terribles du vers libre » : Paul Savoie (1946-), le premier à avoir publié un recueil aux Éditions du Blé, Salamandre (1974), qui burine ses poèmes en prose en petits copeaux de lumière (À la façon d'un charpentier, 1984), tandis que le provocateur Alexandre Amprimoz (1948-) découpe et recolle sa syntaxe en un étrange puzzle surréaliste : Chant solaire ou la poésie éventrée suivi de Vers le logocentre : notes pour un poème néo-crépusculaire, 1978 ; Conseils aux suicidés, 1983. Au lascif strip tease auquel Louise Fiset (1955-), « la poétesse rock et feu », soumet ses phrases (404 BCA, driver tout l'été, 1989), répond Louis Philippe Corbeil (1917-1993), qui déverse le trop-plein de ses états d'âme « symbolistes » et espiègles dans le Journal de bord du gamin des Ténèbres (1986). Pendant que le mystique Léo Brodeur (1942-) s'amuse à effeuiller Trois marguerites pour un ordinateur (1983) ou Mille ordinateurs pour une marguerite (1984), François-Xavier Eygun (1931-) déploie et fait scintiller L'Écharpe d'Iris (1982), chatoyante d'images de ciels et de plaines. À la quête toute « zen » d'harmonie intérieure (Persévérance, 1984) de Michel Dachy (1953-), Charles Leblanc (1950-) oppose ses visions de villes fragmentées et réalistes : Préviouzes de printemps, science fiction pour notre présent, 1984 ; D'amours et d'eaux troubles, 1988. Enfin, avec la fraîcheur et l'innocence d'un enfant, Gilles Cop (1948-) jongle clownesquement avec des rimes de ballades humoristiques et populaires (Deux poèmes, 1990), alors que Jacqueline Barral (1943-) lâche une envolée de mots légers comme des bulles de savon (Jongleries, 1990) et que Janick Belleau (1946-), auteur d'un courageux essai, Le Manitoba des femmes répond  (1985), se lance dans de sensuels et périlleux rythmes de danse : L'en-dehors du désir, 1988.

Ces années-là, un même vent de révolte créatrice balaye le théâtre : réagissant épidermiquement contre les dangers de l'assimilation et de la perte d'identité, les dramaturges proposent à leur public des variations sur le même thème : l'ethnocide d'une minorité, dont le martyre de Louis Riel est devenu le symbole. Dans son essai, Current Trends in Manitoban theatre (1990), Ingrid Joubert (1942-) dégage les tendances qui caractérisent cet art profondément engagé : le drame documentaire, reproduisant la réalité sociale ; le drame historique, célébrant un épisode crucial du passé collectif et révélant les sentiments d'infériorité éprouvés par la communauté francophone ; et le drame « post-moderne », démythifiant le modèle sacro-saint.

Se rattachant à la première, Je m'en vais à Regina (1976) de Roger Auger (1949-), reflète, à travers l'histoire d'une famille, l'attitude ambivalente d'un peuple victime d'un insidieux encerclement linguistique. Destiné à provoquer une prise de conscience et un réveil parmi les spectateurs, ce huis clos direct et efficace remporte un très vif succès.

Se réclamant de la seconde, Au temps de la prairie ou Les Batteux (1983) du folkloriste Marcien Ferland (Chansons à boire du Manitoba, 1992), est une sorte de pastorale qui se déroule à l'époque des moissons, l'année de la funeste loi Thornton. Elle demeure, pour les francophones, un modèle d'encouragement à persévérer dans leur lutte contre l'absorption ethnique. Une bagarre très politique (1981), de Rosemarie Bissonnette (1927-), s'inscrit dans la même veine.

Incarnant la troisième, Le Roitelet (1980) de Claude Dorge (1945-) campe un Riel « vu de l'intérieur », en proie à d'obsessionnelles interrogations sur le sens de sa mission de prophète. En prenant le risque de représenter l'univers subjectif de son personnage et de couper le spectateur de tout repère spatio-temporel, l'auteur est parvenu à donner une résonance universelle à un fait historique régional.

Néanmoins, deux dissidents issus de générations différentes, Guy Gauthier (1939-), à présent exilé aux États-Unis (Les Projecteurs, 1965 ; Jeu d'orgue) et le très prometteur Rhéal Cenerini (1961-), auteur de Aucun motif (1982) et de Kolbe (1990), s'écartent de la voie tracée par leurs compatriotes pour se tourner vers des formes plus expérimentales : par l'utilisation de procédés techniques tenant lieu de symboles, ils dé-racinent totalement le théâtre de son contexte régional, tout en lui adressant ça et là un clin d'œil complice.

Dans le domaine de la prose, si, dès 1945, Gabrielle Roy a fait éclater les contraintes narratives, comme les cadres étroits qui séparaient le roman du récit, de la nouvelle et du reportage, les romanciers de l'Ouest, tout en tirant profit des leçons de leur aînée, préfèrent s'en tenir, sur le plan formel, à un certain conservatisme. Seul, le téméraire Roger Léveillé tente l'impossible, agençant ses phrases au gré de sa fantaisie,  infiltrant dans sa narration cette « poésie du diable » qui fait danser des flammes de couleurs, d'images, de symboles, devant les yeux de son lecteur et se livrant à un véritable acte d'amour avec ses pages : La Disparate, 1975 ; Plage, 1984 ; Une si simple passion, 1997.

Sur le plan thématique, par contre, ceux-ci font davantage preuve de courage et d'inventivité, ne redoutant pas d'affronter leurs démons, de dénoncer les injustices dont ils ont été témoins ou victimes, ou de libérer simplement rêves et fantasmes. En mettant systématiquement en vedette des êtres brimés, brisés, écrasés par le destin, leurs œuvres se veulent l'exact reflet du malaise existentiel dont souffrent nos contemporains : solitude, alcoolisme, incommunicabilité, violence familiale ou sexuelle.

Le choix du roman « à thèse » permet à certains écrivains de lever le voile sur des vérités hypocritement enfouies au sein de la société : après Maria Chaput-Arbez (1942-) qui, dans un style vif, nerveux et proche du théâtre, nous fait pénétrer dans l'intimité d'un couple dont l'adolescente se retrouve enceinte (Pour l'enfant que j'ai fait, 1979), Annette Saint-Pierre effectue une entrée très remarquée en écriture avec La Fille bègue (1982), l'histoire d'une petite campagnarde maltraitée par son milieu, en qui la critique a voulu voir « l'éveil de la francophonie à la parole libre, la métaphore de l'espoir d'un peuple ». Entre la composition de fraîches et savoureuses chroniques destinées à nous faire découvrir l'insolite beauté de l'Ouest (Le Manitoba au cœur de l'Amérique, 1992 ; De fil en Aiguille au Manitoba, 1995), elle récidive avec Sans bon sang (1987), Coups de vent (1990) et Faut placer l' père (1997), s'affirmant comme un remarquable peintre d'atmosphères.

D'autres auteurs renouvellent le roman du terroir en y introduisant des considérations aigres-douces sur la stagnation de la condition féminine. Dans Le Vent n'a pas d'écho (1982), Monique Jeannotte (1933-) dépeint, sur le ton de la confidence, la souffrance d'une jeune fille d'autrefois qui, pour obéir à son père, renonce à son amour pour un notaire. Dans La Vigne amère (1989), au goût relevé par le style aux couleurs épicées de Simone Chaput (1954-), une femme de notre génération sacrifie également, à un géniteur brutal et alcoolique, les sentiments qu'elle éprouve pour un artiste.

Par le biais du roman psychologique, d'autres, enfin, projettent leur mal de vivre dans des personnages qu'ils font osciller des abîmes de l'introspection aux cimes de la métaphysique. Et fuir encore (nouvelles, 1972), Les Deux frères (1982), Les Deux sœurs (1985) et Le Fils unique (1990) de Rossel Vien (Gilles Valais ou Gilles Delaunière), l'un des meilleurs auteurs de la fin du XXe siècle, témoignent dans un style extrêmement personnel, plus suggestif que descriptif, de la constante inadaptation de l'être dans une société vide d'amour et de tendresse. Au recueil de nouvelles, Le Maître de conférences (1991) d'Henri Franck (1904-1991), qui fait l'expérience du doute de Dieu en une réflexion satirique, pessimiste et désabusée sur l'être humain, fait écho La Grotte (1995) de Jean-Pierre Dubé, récit fragmenté plongeant un prêtre dans les tentations de la chair et la révolte contre la notion même de péché. Enfin, dans La mauvaise foi (1991, prix du Gouverneur Général) de Gérald Tougas, les souvenirs que le narrateur recompose à partir de la vie de sa sœur, assassinée dans des conditions inexpliquées, s'entourent d'une aura de mystère et de mysticisme sensuel.

Inversement, cette crise d'identité se manifeste par une floraison de romans fleurant bon la terre maternelle et une certaine nostalgie du passé. Chevaliers de la tradition ou historiens du légendaire, les auteurs privilégient la saga métisse qui prend tout à coup une ampleur sans pareille avec le succès de Tchipayuk ou le chemin du Loup (1987) de Ronald Lavallée (1954-), et s'enrichit d'une dimension spirituelle jusqu'alors inusitée, attestant non seulement d'une exigeante quête intérieure, mais d'une conception moderniste du roman historique. En effet, si Michel Desgranges, dans le dessein de plaire aux lecteurs français, fait encore de son rebelle l'acteur d'un roman picaresque, exotique et flamboyant (Manitoba, 1981), Marius Benoist (1896-1984) rabaisse le sien, Louison Sansregret, métis (1975), au rang d'une sorte d'anti-héros passant placidement à côté des événements de la rivière Rouge, tandis que la description de l'itinéraire métaphysique du personnage de Ronald Lavallée l'emporte sur le récit de ses aventures mythiques. Il sera imité en cela par Laure Bouvier : Une histoire de métisses, 1995).

L'épopée pionnière, connaît, elle aussi, un net regain d'intérêt auprès des auteurs. Alors que Madeleine Laroche (1925-) ressuscite dans un style simple, laconique et dénué de toute fioriture, la vie des colons bretons, marquée au coin du dépaysement, de la pauvreté et du labeur (Les Va-nu-pieds, 1980), Berthe de Trémaudan (1896-1996) livre, avec humour et poésie, des souvenirs sur une existence consacrée à la trappe des fourrures et à la coupe de bois, loin de toute civilisation (Au nord du 53ème parallèle, 1982). Dans le prolongement des écrits du retour aux racines, L'Équilibre instable (1977) de Louis Deniset (1919-1983), nous met en présence d'un personnage qui ne cesse de s'interroger, mais non sans humour, sur les limites humaines, le racisme, le fanatisme. Pionnier des médias, Henri Bergeron, troque, quant à lui, le micro contre la plume et nous révèle, sur le mode enjoué, les secrets d'un destin hors du commun qui l'a conduit de sa maisonnette de Saint-Lupicin (Manitoba) au sommet de la gloire et de la tour de Radio-Canada, à Montréal : Un bavard se tait pour écrire : récits de la montagne Pembina, 1989 ; Le Cœur de l'arbre : le bavard récidive, 1995.

Pour terminer, qu'il soit permis de faire figurer ici les plus brillants essayistes, historiens et biographes de cette seconde moitié du XXe siècle : Gérard Tougas (Histoire de la littérature canadienne-française, 1960) ; Paul-Émile Breton (Vital Grandin, o.m.i. : la merveilleuse aventure de « l'évêque sauvage» des Prairies et du Grand Nord, 1960) ; Antoine d'Eschambault (Essais historiques, 1961) ; Paulette Collet (L'Hiver dans le roman canadien-français, 1965 ; Les romanciers français et le Canada 1842-1981 : Anthologie, 1984) ; Placide Gaboury (Un monde ambigu ; pluralisme et vie religieuse, 1968) ; Antoine Champagne (Les La Vérendrye et le poste de l'Ouest, 1968 ; La famille de Louis Riel, 1969) ; Lionel Dorge (Introduction à l'étude des Franco-Manitobains, 1973 ; Le Manitoba, reflets d'un passé, 1976) ; Mary Jordan (De ta sœur Sara Riel, 1980) ; Antoine Lussier (The Métis, 1975 ; Riel and the Metis, 1979) ; Sœur Hélène Chaput (Donatien Frémont, journaliste de l'Ouest canadien, 1977) ; Roger Motut (Maurice Constantin-Weyer, écrivain de l'Ouest et du Grand Nord, 1982) ; l'abbé Jean Papen : Georges Bugnet, homme de lettres canadien, 1985) ; Jean-Guy Quenneville (Le Voyage d'un solitaire : René Richard, 1930-1933, 1985) ; Jacqueline Blay (L'article 23 : les péripéties législatives et juridiques du fait français au Manitoba, 1870-1986, 1987) ; Bernard Pennisson (Henri d'Hellencourt, un journaliste français au Manitoba : 1898-1905, 1987) ; Luc Dauphinais (L'Histoire de Saint-Boniface : à l'Ombre des cathédrales, tome 1, 1991) ; Paul Genuist (Marie-Anna Roy, une voix solitaire, 1992) ; Robert Viau (L'Ouest littéraire : visions d'ici et d'ailleurs, 1992) ; Joseph Nnadi (Les négresses de Baudelaire, 1994) ; Estelle Dansereau (Portes de communications. Études discursives et stylistiques de l'oeuvre de Gabrielle Roy, 1995) ; Bernard Bocquel : Au pays de CKSB : 50 ans de radio française dans l'Ouest, 1996.

LES PIONNIERS DU NOUVEAU MILLÉNAIRE (ANNÉES 1990-DÉBUT DES ANNÉES 2000)

S'il est encore un peu tôt pour dresser le bilan de la littérature de ce premier siècle, certains indices nous permettent toutefois d'affirmer que, par-delà la prolifération des essais universitaires secs et sans âme, des analyses linguistiques indigestes et des études critiques peu professionnelles, la création se porte plutôt bien dans l'Ouest et que la relève semble solidement assurée. En effet, à l'avant-garde, passée aujourd'hui au rang d'arrière-garde, mais toujours aussi productive, s'est joint toute une pléiade de « petits nouveaux » qui, souvent dès leur premier coup d'essai, se sont imposés, chacun dans leur genre, comme des « maîtres ». De même, venue de France, des pays de l'Est, d'Afrique du Nord, d'Afrique centrale, d'Haïti, bâtir, au sein des Prairies, la société multiculturelle que Louis Riel avait anticipée avec un siècle d'avance, une fournée de talentueux pionniers contribuent à ensemencer d'un sang neuf cette terre appelée «langage».

Tandis que pour les auteurs d'âge mûr, a sonné l'heure des bilans et des retours en arrière – dans un récit autobiographique, Paul Savoie se penche avec émotion sur les Mains de pères (1995) et Guy Gauthier, sur la vie de ses ancêtres (Lorna) – Roger Léveillé, pour sa part, retrouve un second souffle pour Causer l'amour (1992) et célébrer, avec un lyrisme empreint de tendresse, Les Fêtes de l'infini (1996). Henri Bergeron, quant à lui, a poursuivi jusqu'à sa mort, à soixante-quinze ans, une carrière de biographe romanesque commencée avec L'Amazone (1998), l'histoire d'une jeune infirmière québécoise partie accompagner un groupe de colons dans l'Ouest du XIXe siècle. Un second ouvrage, Charlède, l'ermite de Montebello, narrant les aventures d'un faux castrat vivant en marge des tentations de l'extérieur, vient d'être annoncé.

Au royaume du roman, règne incontestablement, depuis quelques années, l'Albertaine Nancy Huston (1953-). Déracinée, expatriée et vivant dans «un malentendu identitaire permanent» entre Paris, New York, Montréal et Calgary, cet écrivain d'origine anglophone, a dû, comme Gabrielle Roy, s'inventer sa propre langue pour explorer des domaines inédits : cette frontière, ténue mais quasi impalpable, qui sépare le corps de l'esprit, les désirs de leur accomplissement, l'angoisse du bien-être, la vie de la mort, etc : Cantique des plaines, 1993, prix du Gouverneur général ; Instruments des ténèbres, 1996 ; L'Empreinte de l'ange, 1998 ; Prodige, 1999. En cette sensibilité exceptionnelle, navigant dans « l'entre deux » des choses, se répercutent tous les conflits existentiels qui continuent de déchirer l'âme des jeunes auteurs qui, ces trente dernières années, ont vu se substituer à Dieu, aux idéologies, aux valeurs traditionnelles et aux grandes figures, la terrifiante « ère du vide » (Gilles Lipovetsky). Désormais, ils savent qu'il leur appartient de défricher de nouvelles terres, de tracer de nouveaux sillons, de relever les statues écroulées, de retrouver le sens du sacré, en un mot, de reconstruire le « nouveau monde ».

C'est du moins la leçon que semblent avoir retenu les poètes de ce « nouvel âge », assoiffés de techniques stylistiques novatrices, de paradis et de rêves inaccessibles, de pays et de mythes lointains : alors que Bertrand Nayet, « petit frère » de Roger Léveillé, fait fusionner prose et poésie en une série d'acrobaties syntaxiques qui donneraient presque le vertige à son illustre aîné (Winnipeg, 6 h 20,  poème-nouvelle, 1995), Daniel Bahuaud dépouille ses vers de tout hermétisme, comme pour mieux rendre hommage aux êtres aimés et au passé : Anna, Ailleurs, Acoustique, poèmes, 1997. À l'instar du Métis Pascal Sabourin, prônant, en de petits tableaux descriptifs et musicaux, l'urgence d'une réconciliation avec la nature et le Divin (Suite en sol indien, 1991 ; Les neiges de Nakina, 1994), la Roumaine Christine Dimitriu van Saanen (1932-) remet au goût du jour la ballade et le rondeau pour chanter la splendeur et l'éternité d'un univers vierge, minéral, face auquel l'homme n'a que sa petitesse et sa fragilité à offrir : Poèmes pour l'univers, 1993 ; Sablier, 1996. Et tandis que l'Algérien Taïb Soufi (1941-) nous fait accoster à de Riverains rêves (1992), traversés par le souffle du désert et la nostalgie des amours épicées, l'excellente critique franco-manitobaine Lise Gaboury-Diallo (1957-) infuse une subtile inspiration africaine à ses Subliminales (1999), jaillies des danses et des jeux de son inconscient.

Côté prose, Monique Genuist (1937-), « l'étoile montante » de la littérature en Saskatchewan, fait, elle aussi, surgir dans récits et souvenirs, des personnages en perpétuelle quête de dépaysement géographique, historique ou simplement humain : C'était hier en Lorraine, 1993 ; Le Cri du loon, 1993 ; L'Île au cotonnier, 1997 ; Itinérance, 1999 ; Racines de sable, 2000. Par son écriture intimiste, sa sensibilité aux moindres petits détails du quotidien, la critique voit en elle une fille spirituelle de Gabrielle Roy et par son sens aiguisé de la description, le meilleur peintre actuel de paysages de plaines. Elle travaille également, en collaboration, à une anthologie d'auteurs fransaskois, preuve qu'une nouvelle littérature est en train d'émerger de l'ombre.

À  la fin du siècle dernier, les recueils L'Ouest en nouvelles (1986), Accostages (1992), Pays d'eau et de soleil (1999) et les revues Les Cahiers franco-canadiens de l'Ouest, Prairie Fire et Sol'Air révélaient toute la constellation des « plumes les rapides de l'Ouest » (Monique Durand, Sol'Air, 1995) qui, au roman, ont préféré le genre exigeant de la nouvelle pour se lancer à la reconquête des époques et des continents disparus : Bertrand Nayet, dénonçant, avec un réalisme saisissant, les horreurs de guerres passées et présentes qu'il n'a pourtant jamais connues (Le pas des éléphants, 1994) ; le Savoyard Denis Combet (1956-), féru de lectures antiques, qui nous fait découvrir, dans une prose riche de couleurs et de métaphores, un Spartacus inconnu : amoureux et soumis au destin que lui réservent les dieux : L'Oracle de Dyonisos, 1993 ; le sociologue haïtien Jean Lafontant (1945-), passé maître en l'art de perdre son lecteur dans un labyrinthe d'univers fantastiques et vertigineux, peut-être inspirés des nouvelles d'Edgar Poe ou des courts-métrages d'Alfred Hitchcock (Tableautin ; Insomnie, 1990 ; Les Sept messieurs en queue de pie, 1992 ; Brillante soirée, id.) ; la Tchèque Marie Jack Bartosova, également romancière (Tant que le fleuve coule, 1988), qui, dans un style d'une pureté fluide, imagée, entrelace rêves d'avenir fleuris et sombres souvenirs de jeunesse, personnages réels et fantaisistes fantômes : Retour au pays du soleil, 1999.

Enfin, dans des tons à la fois proches et différents, une Bretonne, Ismène Toussaint (1962-), renouant avec le témoignage pionnier en une série de tableaux et d'essais très denses, a donné pour la première fois la parole aux  « petites gens » de l'Ouest, comme aux héros retrouvés des romans de Gabrielle Roy (Le Chemins secrets de Gabrielle Roy - Témoins d'occasions, 1999 ; best-seller au Canada francophone). Mystique hantant le «temple de la Francophonie» que rêvait de bâtir Marie-Anna Roy et vénérant les idoles brisées, elle vient également de publier Louis Riel, le Bison de cristal (2000).

Ainsi, lorsqu'au vu de cette richesse de noms et d'œuvres sans cesse renouvelés, les auteurs cesseront de contempler leurs «boutons» dans le miroir, tout en ressassant les mêmes rengaines sur le statut d'éternelle incomprise et de sempiternelle colonisée de la littérature de l'Ouest – soit disant condamnée à disparaître à plus ou moins brève échéance ; qu'ils relèveront dignement la tête pour en proclamer les beautés, les qualités, le caractère unique et original au sein de la francophonie internationale ; et qu'ils auront exorcisé leurs complexes vis-à-vis de leurs homologues québécois auxquels, en fait, ils n'ont plus rien à envier ni à prouver depuis longtemps ; lorsque les pseudo-penseurs cesseront de terroriser leurs compatriotes en brandissant régulièrement le spectre de leurs statistiques sur l’ « extinction » imminente des francophones dans l'Ouest, comme si la mission leur incombait de leur fermer toute perspective d'avenir, de leur briser tout espoir ; enfin, lorsque les jeunes littérateurs, réconciliés avec les idéaux de Louis Riel et de Georges Forest (1924-1990), grand patriote de la francophonie, prendront conscience de l'imposture et du pourrissement d'un système qui, à la faveur des crises sociales des années 1960-1970, a porté aux plus hauts postes de l'enseignement, un troupeau d'enfants tyranniques et gâtés, narcissiques et imbus d'eux-mêmes ; alors peut-être notre « petite grande » littérature de l'Ouest – pour emprunter une antithèse chère à Victor Hugo – effectuera-t-elle un pas de géant dans la conquête de cette « place au soleil » dont rêvent, depuis si longtemps, mais en toute confiance, Annette Saint-Pierre et Roger Léveillé.

NOTE

1. Née en Bretagne, Ismène Toussaint a vécu plusieurs années au Manitoba. Docteur ès Lettres, chroniqueur et spécialiste de littérature francophone de l’Ouest, elle est l’auteur des Chemins secrets de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions (Stanké, 1999) et de Louis Riel, le Bison de cristal (idem, 2000). Accompagné d’une dizaine de biographies d’auteurs métis et canadiens-français de l’Ouest, le présent article a paru dans L’Encyclopédie du Canada 2000 (idem). On peut consulter la plupart des ouvrages qui y sont cités dans les bibliothèques.

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Cet article a valu à son auteure le Prix André-Laurendeau, qui lui fut remis le 30 mai 2002 à la Bibliothèque Nationale du Québec, à Montréal. Il a été publié dans L’Encyclopédie du Canada 2000, Editions Alain Stanké, Montréal, 2000, puis en version bilingue dans Internet par Historica – L’Encyclopédie canadienne, Ottawa, 2004, p., http://www.encyclopedie-canadienne.ca ou http://www.thecanadianencyclopedia.com ; dans L’Action nationale, Montréal, vol. 91, nº 6, juin 2001, p. 65-91 (Prix André-Laurendeau 2001) ; Internet : http://www.action-nationale.qc.ca ; cité dans Réginald HAMEL : Dictionnaire des poètes de 1606 à nos jours, Montréal, Éditions Guérin, 2001, p. 905 ; dans le Site Internet de Benoît Mélançon/XVIIIe siècle : bibliographie (ISSN : 1207-7461), Montréal, nº 84, 9 juillet 2001, 9 p, http://www.mapageweb.umontreal.ca/melancon/biblio84/biblio84.html ; dans Internet dans Selected Readings (dir. Kevin Berland),  nº 85, September 18, 2004, http://www.personal.psu.edu./special/C18/ ; cité dans J.R. Léveillé par les autres (par Lise GABOURY-DIALLO, Rosmarin HEIDENREICH et Jean VALENTI), Saint-Boniface, Les Éditions du Blé, 2005, p. 356 ; dans « James Prendergast »(1858-1945), J’aime le français – Le français de quatrième secondaire, 2010, http://www.jaimelefrançais.org/rubrique.james-prendergast.1086513.htlm (site de Diane Boudreau, professeur de lettres) ; dans Ismène Toussaint.com, 9 octobre 2011, http://www.ismenetoussaint.com/ArticleView.php?article_id=27 ; CAMBE, Estelle. « Toussaint, Ismène. La Littérature d'expression française dans l'Ouest canadien, L'Encyclopédie du Canada en ligne, www.thecanadian encyclopedia.com » dans  Postérité de Louis Riel : L'émergence d'une littérature de l'Ouest canadien dans la francophonie nord-américaine », Thèse de doctorat en Études littéraires, Université du Québec à Montréal (UQÀM), janvier 2012, http://www.archipel.uqam.ca/4821/1/D2270.pdf ; dans Fançois-Xavier EYGUN, « Pourquoi il faut rééditer La Pointe-aux-rats de Georges Forestier », Port Acadie : revue interdisciplinaire en études acadiennes / Port Acadie: An Interdisciplinary Review in Acadian Studies n° 20-21, 2011-2012, p. 123-130 ; et Érudit.org, URI: http://id.erudit.org/iderudit/1010328ar DOI: 10.7202/1010328

 

 

 

 

 

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