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ISMÈNE TOUSSAINT

« UNE VISITE GUIDÉE DE SAINT-BONIFACE, AU MANITOBA, PAR LOUIS RIEL ET GABRIELLE ROY », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, REVUE FRANCOPHONE SOL'AIR, NANTES, FRANCE (1995)


Cathédrale de Saint-Boniface

UNE VISITE GUIDÉE DE SAINT-BONIFACE, AU MANITOBA, PAR LOUIS RIEL ET GABRIELLE ROY

 PAR ISMÈNE TOUSSAINT, REVUE SOL'AIR (1995)
(sur une idée de Gil Gianone, historien-archéologue)

« Un îlot francophone perdu au milieu d'une mer anglophone» disait d'elle l'un de ses résidents, le peintre et technicien-radio Denis Duguay. Et cet ami Métis : « sa beauté ne s'impose pas au premier coup d'œil, elle se laisse découvrir peu à peu, comme un visage dont on écarterait lentement les cheveux, un corps que l'on effeuillerait un à un de ses vêtements... »

Miracle de pierre surgi voilà plus d'un siècle et demi au cœur d'une immense plaine en friches qui ne s'appelait pas encore la  « province du Manitoba »... Mirage de pierre se déroulant le long de la rivière Rouge, que l'été indien parsème de pétales et parfume de fleurs... Capitale francophone des Canadiens de l'Ouest, forte de 50 000 âmes, bastion de résistance de ceux qui luttent encore aujourd'hui pour préserver leur droit de penser, de prier et d'exprimer leur Histoire en français :

 SAINT-BONIFACE  

Alfred de Musset aurait pu la célébrer, elle aussi, sous le poétique nom de « Saint-Boniface la Rouge »1. Rouge, en effet, le limon de la rivière charriant les bateaux-mouches, les vedettes et les canots des derniers Voyageurs... Rouges les bâtiments en brique Second Empire de l'Hôtel de Ville et de la Poste, ultimes symboles d'une prospérité à présent révolue... Rouges les drapeaux claquant aux joues des réverbères, sur le boulevard Provencher... Et ce petit restaurant, son propriétaire ne l'a-t-il pas baptisé, quant à lui, « La Lanterne Rouge » ? Rouge, enfin, le sang de Louis Riel, révolutionnaire métis injustement pendu par les anglophones en 1885, qui marque la ville d'une tache indélébile...

Plus qu'à aucun autre, revient à cet illustre martyr l'honneur de vous en raconter l'histoire :

« Amis visiteurs, avec ses bâtiments colorés, ses maisons en bois de style pionnier et ses monuments anciens, Saint-Boniface-la chaleureuse n'a-t-elle pas l'air de faire la nique à sa voisine Winnipeg, hérissée, de l'autre côté de la rivière, de gratte-ciel, de tours et de froids immeubles futuristes ? Malheureusement, les temps ont bien changé et ma jolie ville natale qui, en 1908, avait acquis le statut de cité à part entière, n'est plus, aujourd'hui, qu'une banlieue de la capitale anglophone...

Regardez, un arc de fer et de marbre rose, formant comme la porte de Saint-Boniface, semble vous souhaiter la bienvenue. Les cerisiers neigent de tous leurs pétales pastel et les rosiers bercent de senteurs le boulevard Provencher. Saint-Boniface la rose...

Entrez dans mes souvenirs, chers touristes... Lorsque j'étais enfant, dans les années 1850, des scènes extraordinaires se déroulaient par les fenêtres du moulin de mes parents : les agriculteurs ployaient dans des champs qui étiraient, au bord de la rivière, leurs longues lanières blondes... Des bisons fuyaient à perte de vue dans la plaine, poursuivis par des chasseurs à cheval, cheveux et crinières au vent... Des charrettes grinçantes, chargées de pemmican2, faisaient la navette entre la Fourche, le plus important comptoir de fourrures de l'Ouest, installé au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, et les quais du chemin de fer américain...

Parfois, mon père me racontait la naissance de Saint-Boniface : en 1818, Lord Selkirk, le fondateur écossais de la colonie de la Rivière Rouge, avait mandé au diocèse de Québec un prêtre apte à répondre aux exigences matérielles et spirituelles de ses protégés. La vie était rude en ce temps-là et les pionniers métis3 et européens devaient affronter les pires difficultés : aux catastrophes naturelles détruisant  leurs cultures, s'ajoutaient, en effet, les impitoyables razzias des compagnies de fourrures. Les Voyageurs qui s'adonnaient au commerce des peaux parcouraient, quant à eux, des milliers de kilomètres de rivières, par des températures extrêmes.

Un matin d'été, le futur évêque Joseph-Norbert Provencher avait donc débarqué de son canot d'écorce, au milieu de la petite colonie. Il avait béni les 20 000 carrés de terre semés de frustres cabanes et la petite église en billots de chêne grossier qu'on lui offrait. En 1880, l'on construisit un Collège universitaire à peu près au milieu de l'actuel parc Provencher. Immense, spacieux, son fronton dépassait de loin le faîte des plus grands arbres. Il devint l'un des hauts lieux de la culture francophone dans l'Ouest mais disparut dans un incendie en 1922.

Après le sinistre, on relogea le Collège dans le Petit Séminaire, un magnifique édifice au dôme doré, érigé en 1912. Agrandi pour les besoins de la cause, il prépare aujourd'hui aux baccalauréats (licences) en arts, en sciences, en éducation et en traduction.

Mais poursuivons notre promenade dans le siècle de Mgr Provencher... La longue bâtisse blanche au toit en croupe et aux innombrables volets verts que vous pouvez admirer ici date de 1846, c'est la plus grande construction en rondins de chêne de toute l'Amérique du Nord ! C'était la Maison vicariale des Sœurs Grises. Tour à tour hôpital, couvent, asile pour vieillards et Maison Provinciale, elle fait office de musée depuis 1968. Vous y découvrirez de nombreux souvenirs ayant appartenu à nos ancêtres pionniers.

À la mort de Mgr Provencher, en 1853, un tout jeune évêque de vingt-huit ans, Mgr Alexandre Taché, prit la direction de son immense diocèse qui s'étendait maintenant jusqu'aux Montagnes Rocheuses. Ce fut un très grand homme. Ainsi, dès 1890, n'hésita-t-il pas à entrer ouvertement en conflit avec le gouvernement canadien : celui-ci venait, en effet, de voter une loi inique qui abolissait la dualité entre les écoles catholiques et protestantes, l'enseignement du français ainsi que l'usage de notre langue dans les débats parlementaires, les procès-verbaux et les tribunaux.

Quant à moi, après avoir abandonné mes études de droit pour la politique, je pris, en 1869, la tête de mes frères Métis, en révolte contre la menace du découpage arbitraire de leurs terres par ce même gouvernement. Mgr Taché m'assura de son soutien intégral et sa petite cathédrale, alors à peine âgée de sept ans, fut le témoin privilégié de nos réunions, de mes harangues. C'était une élégante construction de pierre, toute simple, coiffée d'un fin clocher. Après bien des péripéties, mes projets de loi qui établissaient les droits des Métis et préconisaient la reconnaissance du français et de l'anglais comme langues officielles, furent adoptées. Et un an plus tard, le 12 mai 1870, la naissance de la province du Manitoba fut officiellement proclamée. Saint-Boniface était en liesse. Hélas, l'exécution du rebelle ontarien4 Thomas Scott, qui avait été perpétrée le 4 mars précédent par le gouvernement provisoire métis, avait dressé les autorités anglophones contre moi et je dus demeurer caché de longues années aux États-Unis.

Pendant ce temps, Saint-Boniface prospérait. À tel point qu'à mon retour, en 1884, j'eus peine à reconnaître dans cette ville moderne et animée, le paisible village que j'avais quitté une dizaine d'années plus tôt. Tout d'abord, pour traverser la Rouge, il n'était plus besoin d'emprunter le bac : le pont Broadway, aux lignes élancées, reliait désormais Winnipeg à son vis-à-vis. Partout, l'on construisait de nouvelles écoles. Des routes fraîchement tracées emportaient à vive allure des diligences bondées de voyageurs, les bateaux à vapeur affluaient sur la Rouge et depuis 1878, les sifflements stridents d'un train à destination des États-Unis déchiraient l'air. Au cœur même de la ville, que de changements ! Des trottoirs en bois longeaient les rues, les commerces florissaient et les portes de somptueux hôtels se refermaient sur des messieurs graves et compassés qui ne s'exprimaient que par calculs.

Je ressentis un pincement au cœur en songeant aux persécutions dont avaient été victimes mes frères Métis pendant mon absence. Incapables de s'adapter aux exigences sans cesse croissantes du progrès, ils avaient été contraints de s'exiler en Saskatchewan, parfois dans le plus total dénuement. Des inconnus venus d'Europe, du Québec et de la Nouvelle-Angleterre s'étaient établis sur leurs terres, attirés par l'alléchante propagande de la Société de Colonisation. Un monde venait de s'éteindre, un autre était en train de naître... Qu'était devenu le petit Saint-Boniface rural et agricole ? La grande société urbaine et industrielle qui se profilait était-elle la mienne ?

Je partis, moi aussi, pour la Saskatchewan. À nouveau, je pris fait et cause pour les droits bafoués des Métis et organisai un soulèvement armé qui s'acheva, en 1885, par la déplorable défaite de Batoche. Après un simulacre de procès, l'on me pendit haut et court à Regina, en novembre de la même année. Un mois plus tard, mon service funèbre fut célébré à Saint-Boniface et mes fidèles amis m'enterrèrent dans le cimetière de ma chère cathédrale... Mais il est grand temps pour moi de céder la parole à ma concitoyenne, l'écrivain Gabrielle Roy, en compagnie de laquelle s'effectuera la deuxième partie de cette visite guidée de Saint-Boniface... »

                                                              
                                                            Maison de Gabrielle Roy

« Mesdames et Messieurs, nous nous trouvons à présent au numéro 375 de la rue Deschambault. C'est ici que je suis née, le 22 mars 1909, dans cette grande maison blanche à pignons et colonnes corinthiennes qui résonne encore des cris et des rires de mes sept frères et sœurs. Mon père, un agent de colonisation mis prématurément à la retraite pour avoir trop bien servi le ministère Laurier5, vivait cloîtré dans la pénombre du salon. Ma mère, au contraire, aimait le grand air, la gaieté, et avait orné nos fenêtres d'éclatants géraniums rouges. Derrière le jardin, à la place de ces villas modernes, les champs de blé ondulaient à l'infini. Malgré le souhait de nombreux Franco-Manitobains, la maison n'a pas été transformée en musée6mais une plaque commémore mon œuvre littéraire.

Les rumeurs de la guerre 1914-1918 ne parvinrent pas jusqu'au grenier où j'aimais me réfugier dans mon enfance. Mais plus tard, j'appris que bien des femmes de Saint-Boniface avaient pleuré un mari ou un frère qui n'était jamais revenu de la lointaine Europe...

De cette hauteur, j'écoutais chaque jour carillonner les cloches de la cathédrale de Mgr Adélard Langevin... En effet, Mgr Taché était mort d'épuisement en 1894, sans voir le compromis qui, trois ans plus tard, allait mettre fin à la querelle de écoles publiques et des langues officielles et sa cathédrale, très usée elle aussi, avait été abattue. On l'avait donc remplacée par une nouvelle église de style romano-byzantin, grandiose, fastueuse. Sa rosace rivalisait d'éclat avec celle de Chartres et ses trois portails ouvraient sur une nef immense, rythmée de hautes colonnes aux chapiteaux sculptés. Mais les cathédrales de Saint-Boniface semblent toutes vouées à un étrange et funeste destin : en 1968, celle de Mgr Langevin brûla dans un incendie causé par l'imprudence d'un de ses restaurateurs...

En suivant l'avenue Taché tout à l'heure, vous avez pu en contempler les ruines : une façade dépourvue de tours, un décor de théâtre... Son œil cyclopéen fixe la Rouge d'un air morne et la statue de Saint-Boniface, sur le fronton, ne bénit plus que les bateaux qui passent...

Toutefois, l'on reconstruisit une cinquième cathédrale en 1972 et les plans de cet édifice massif et imposant furent confiés au grand architecte franco-manitobain Étienne Gaboury.

Cependant, j'atteignais l'âge d'entrer à l'école et ma mère m'inscrivit à l'Académie Saint-Joseph, tout près de notre maison. Cet établissement était dirigé par les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie qui s'étaient installées à Saint-Boniface en 1898.

Au départ, l'Académie Saint-Joseph était un couvent-école situé à l'emplacement de l'actuel Centre culturel franco manitobain, sur le boulevard Provencher. En 1913, il avait été vendu aux Pères Oblats qui y aménagèrent le Juniorat de la Sainte-Famille puis en firent leur Maison Provinciale pendant quarante ans. Mais il fut démoli en 1971.

Les Sœurs avaient donc dû emménager dans un nouveau couvent où, de 1912 à 1967, elles dispensèrent leur enseignement aux jeunes filles. Ma propre sœur, Bernadette, dite Sœur Léon de la Croix, y professa également. Depuis, cet immense bâtiment à demi noyé dans la verdure sert de résidence aux religieuses de la congrégation.

Quant à moi, j'effectuai toutes mes études à l'Académie Saint-Joseph mais à partir de 1916, celles-ci furent empoisonnées par cette stupide loi qui interdisait l'enseignement du français dans les écoles manitobaines. Sans cesse, nos institutrices devaient déjouer l'âpre vigilance des autorités pour continuer à nous apprendre notre propre langue ! Pour ma part, je me vengeai en récoltant les meilleures notes...

Parfois, maman m'emmenait faire des courses en ville. Profitant de la formidable expansion économique et financière de sa voisine, Winnipeg, Saint-Boniface était à présent devenue l'un des plus importants centres urbains de l'Ouest. Elle comptait 10 000 habitants et possédait de magnifiques édifices publics en briques rouges, rehaussés de pierres calcaires, ainsi que des magasins prospères et plusieurs industries. Des conduites d'aqueduc acheminaient l'eau jusqu'à ses principaux établissements et la lumière électrique éclairait des rues désormais pavées et creusées de canaux d'égout. Depuis 1904, une ligne de chemin de fer reliait les villages francophones du sud-est au centre ville et dans une décennie, le tramway traverserait le pont Provencher pour rejoindre le réseau de Winnipeg.

Les belles années, hélas, firent place, en 1929, à une crise économique sans précédent... Dans mon entourage, les gens étaient si pauvres qu'ils enviaient mon maigre salaire d'institutrice ! De cette période de Grande Dépression, je garde le souvenir affreux de petits immigrés ukrainiens, ruthènes et doukhobors7 qui s'entassaient dans des taudis, et de la crasse des cheminées d'usine, aux portes de Saint-Boniface...

Dans les années 30, après avoir enseigné dans les villages environnants, je fus nommée à l'école Provencher qui, jusqu'en 1968, accueillit uniquement des garçons. Que de chemin parcouru entre l'humble maisonnette en bois de l'héroïque évêque et l'orgueilleux bâtiment de pierre qui se dressait, depuis 1908, en face de mon ancien établissement scolaire !

Parallèlement, je m'inscrivis aux cours d'art dramatique du Cercle Molière, qui serait un jour considérée comme la plus grande troupe théâtrale de l'Ouest francophone. Les loisirs, la culture et même les sports jouissaient alors d'une vogue considérable.

Puis, lassée de cette ville qui  semblait ne plus rien avoir à m'apporter, je partis pour l'Europe, un beau jour de 1937.

Dès lors, je ne revins que rarement à Saint-Boniface : une fois, en 1941, alors que la cité s'était transformée en centre militaire et que des familles pleuraient à nouveau leurs fils partis au front... une autre fois, en 1947, après l'obtention de mon Prix Fémina, pour épouser le docteur Marcel Carbotte... De 1950 à 1975, devenue citoyenne québécoise, je n'y fis que de brefs séjours auprès de mes sœurs Clémence et Bernadette.

Mais Saint-Boniface grandissait toujours : des anglophones s'étaient installés dans le quartier Norwood et on entendait de plus en plus parler anglais dans le centre...

L'année 1968 apporta un vent de révolution européenne : crise religieuse, libération des mœurs, éclatement des familles...

L'église Précieux-Sang, bâtie en 1972 par Étienne Gaboury, témoigne un peu de ces temps de révolte. Sa forme spiroïdale provoqua un énorme scandale dans la petite communauté. Aujourd'hui, beaucoup la confondent avec un tipi d'Indien moderne.

La même année, Saint-Boniface fusionna avec celle qui avait toujours été sa rivale, Winnipeg, et perdit son statut de ville indépendante. Toutefois, elle demeura une paroisse et un centre culturel fort actifs.

Un soir de juillet 1983, la mort, sous la forme d'une crise cardiaque, vint me surprendre à Québec. Peut-être ma dernière pensée fut-elle pour la petite ville qu'enfant, j'avais tant aimée...

Voilà, Mesdames et Messieurs, cette visite de Saint-Boniface est terminée. Bien sûr, il vous reste à découvrir par vous-mêmes beaucoup d'autres monuments et de sites. Je vous souhaite une agréable promenade et... n'oubliez pas le guide ! »

                                                             
                                                                 Statue de Louis Riel et musée

 LOUIS RIEL, LE PÈRE DU MANITOBA

Homme politique, révolutionnaire, écrivain, poète, visionnaire, mystique, martyre... Celui qui se proclamait le « Prophète du Nouveau Monde » n'occupe pas dans l'Histoire du Canada – ni dans celle de l'humanité – la place qu'il mérite.

Né à Saint-Boniface en 1844, il fut profondément influencé par les idées de son père, un meunier orateur pour lequel les Métis formaient un peuple distinct, libre et maître de son territoire. Aussi, en 1869, dès la première tentative du gouvernement canadien pour s'emparer de leurs terres, n'hésita-t-il pas à prendre la tête des révoltes. Il constitua un gouvernement provisoire, rédigea une déclaration des droits des habitants de la rivière Rouge et réclama la reconnaissance du français et de l'anglais comme langues officielles. Le 12 mai 1870, le Manitoba devint la cinquième province de la Confédération canadienne et en 1874, Louis Riel fut élu député.

Prises de forts, poursuites, batailles, arrestations, la vie de Louis Riel ressemble à un roman. Roman qui tourne vite à la tragédie : accusé de haute trahison pour avoir passé par les armes le rebelle ontarien et protestant Thomas Scott, il est contraint de fuir et de s'exiler aux États-Unis. Dès lors, il traîne une vie misérable, souffrant de la nostalgie de Saint-Boniface et s'enfonçant peu à peu dans une dépression que beaucoup confondirent avec la folie. Finalement, il se marie, devient instituteur dans le Montana et parachève une œuvre littéraire aujourd'hui réunie en plusieurs volumes.

En 1884, son ancien compagnon d'armes, Gabriel Dumont, fait appel à lui : complètement dépassés par le progrès technique, les agriculteurs et les marchands de peaux métis se sont réfugiés en Saskatchewan où ils meurent de faim et doivent à nouveau subir les mesures abusives et répressives du gouvernement canadien.

L'année suivante, Louis Riel soulève les Métis ainsi qu'une partie des Indiens de la Saskatchewan et organise la résistance : Ford Pitt, Battleford, Duck Lake, Fish Creek... Après plusieurs violents combats, il est fait prisonnier à Batoche, puis pendu à Regina. Aucun Canadien-Français, aucun Métis ne figurait au banc des jurés et son martyre pèsera sur Saint-Boniface pendant des générations.

En 1992, la mémoire de Louis Riel a été officiellement réhabilitée mais sera-t-il un jour reconnu à sa juste valeur ? Jouera-t-il jamais, dans les livres d'Histoire, le rôle qui lui revient de droit ? Mal connue, incomprise, sa personnalité complexe continue de  « déranger »...

Personnage au rayonnement universel, à la dimension cosmique, symbole des minorités opprimées, Louis Riel pourrait devenir le modèle de tous ceux qui, dans le monde, luttent pour la défense et l'illustration de la langue française.


Gabrielle Roy

GABRIELLE ROY, ÉCRIVAIN DE LA CONDITION HUMAINE

Née à Saint-Boniface en 1909, son enfance fut humiliée par les persécutions que le gouvernement canadien fit subir à sa langue natale, le français, frappé d'interdiction dans les écoles.

La petite fille jura de prendre sa revanche et publia, en 1945, un roman qui fit parler d'elle dans le monde francophone : Bonheur d'Occasion  (Prix Fémina 1947).

Comédienne, journaliste, elle choisit la voie (voix) de l'écriture après un séjour de deux années en Europe et se fixa au Québec avec son mari, le docteur Marcel Carbotte. Elle mourut d'une crise cardiaque en 1983.

Gabrielle Roy figure parmi les plus grands écrivains contemporains de la condition humaine : elle a évoqué celle des ouvriers montréalais (Bonheur d'occasion), des classes moyennes (Alexandre Chenevert, 1954), de l'artiste (La Montagne secrète, 1961), des Inuits (La Rivière sans repos, 1970) et des émigrés de l'ouest canadien (Un Jardin au bout du Monde, 1975 ; Ces Enfants de ma Vie, 1977).

Dans son autobiographie, La Détresse et l'Enchantement  (1984), on peut lui reprocher de s'être donné le beau rôle et d'avoir exagéré ou embelli certains épisodes de sa jeunesse.

Elle excelle toutefois dans l'analyse psychologique, aussi dans les descriptions de la nature et des rapports multiples et ambigus que les êtres entretiennent avec elle.

Son style unit la perfection classique aux puissants raccourcis de la langue nord-américaine.

Article paru dans la Revue Francophone Sol'Air, Nantes, France, nº 8, mai-août 1995, p.146-172 ;
Internet :
http://www.editionssolair.com/index.80htlm

 

NOTES

1. Allusion à son poème « Venise la Rouge ». 

2. Viande de bison séchée et salée.

3. Descendants des premiers explorateurs blancs et des femmes indiennes.

4. De la province de l’Ontario. Thomas Scott y résida mais c'était en fait un immigré irlandais.

5. Wilfrid Laurier (1841-1919) fut Premier ministre du Canada de 1896 à 1911.

6. La maison sera restaurée et transformée en musée Gabrielle-Roy au cours des années 2000.

7. Originaire des Carpates, une partie de la minorité ruthène immigra au Canada au XIXe siècle pour ne pas adopter  l'identité nationale ukrainienne. Établis au Canada depuis la fin du XIXe siècle, les Doukobors sont une secte de dissidents orthodoxes russes prônant le pacifisme et la transmission orale de la Bible.

 

 

 

 

© Ismène Toussaint

Photos : Sites Internet  Encyclopédie du Patrimoine culturel de l'Amérique française - Gouvernement du Manitoba : Site provincial du patrimoine du Manitoba - Fickr.com - Bibliothèque et Archives Canada 


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