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ISMÈNE TOUSSAINT

« L'ŒUVRE DE GABRIELLE ROY : ENTRE UN MANITOBA MYTHIQUE ET UN QUÉBEC INCERTAIN », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, REVUE L'ACTION NATIONALE, MONTRÉAL (2002)

 

L'ŒUVRE DE GABRIELLE ROY : ENTRE UN MANITOBA MYTHIQUE ET UN QUÉBEC INCERTAIN1


PAR ISMÈNE TOUSSAINT, L'ACTION NAIONALE (2002)

À l'occasion du vingtième anniversaire de la publication du dernier roman de Gabrielle Roy, De quoi t'ennuies-tu, Éveline ? (1982), le professeur Paul Socken, de l'Université de Waterloo (Ontario), a soumis Ismène Toussaint à un questionnaire qui tente de faire le point sur la vie et l’œuvre de l’écrivain.

Paul Socken. Avec le recul des vingt ans écoulés depuis la disparition de Gabrielle Roy, comment caractériser la nature de sa réussite ? Quelle serait pour vous sa contribution aux lettres québécoises et canadiennes-françaises ?

I.T. Vingt ans après sa disparition, Gabrielle Roy (1909-1983) demeure l'un des plus grands écrivains de langue française au Québec et au Canada francophone. Elle est aussi l'un des rares auteurs à être lus à la fois par le grand public et le public plus savant, et autant appréciée par le lectorat de langue française que par le lectorat de langue anglaise.

Au fil des années, sa réputation n'a cessé de croître : livres, biographies, essais, recueils de témoignages, articles de presse, études universitaires, colloques, manifestations diverses se multiplient aux quatre coins du pays, témoignant de l'exceptionnel engouement que suscite son œuvre, des richesses sans cesse renouvelées qu'en offre l'exploration, mais aussi de la sympathie qu'éveille le personnage même de l'auteur – perçue comme une femme hypersensible, fragile, maladive –, contribuant ainsi à entretenir la « légende Gabrielle Roy ».

De même, son roman Bonheur d'occasion ayant été traduit dans une douzaine de langues, de plus en plus d'universitaires étrangers inscrivent les ouvrages de Gabrielle Roy au programme de leurs cours de littérature canadienne-française. On pourra à cet effet consulter le Bulletin de la Société des amis de Gabrielle Roy diffusé sur Internet par Mme Myrna Delson-Karan, professeur à l'université Fordham de New York, et spécialiste de la romancière aux États-Unis (adresses Internet :
http://www.societegabrielleroy.com – delsonkaran@yahoo.com).

La brillante réussite de l'écrivain Gabrielle Roy est due, à mon avis, aux raisons suivantes :

Premièrement, encore aujourd'hui, elle est considérée par la critique universitaire et par le grand public comme la pionnière du roman réaliste et social, et la pionnière du roman psychologique moderne au Canada. Lors de sa parution en 1945, Bonheur d'occasion  – qui se présentait comme la peinture d'un quartier ouvrier de Montréal – rompait avec cent ans de romans du terroir et de romans hist­oriques.

C'était la première fois que, mêlant la veine naturaliste d'un Zola à un style déjà personnel, sensible, d'une finesse de dentelle, un écrivain prenait pour le cadre de son roman un quartier défavorisé de la ville.

C'était la première fois que quelqu'un se penchait sur le sort des humbles, avec cet accent d'émotion et de compassion inimitable qui n'appartient qu'à Gabrielle Roy.

C'était la première fois qu'une romancière effectuait une analyse approfondie de la psychologie des personnages, livrant dans les moindres détails leur caractère, leurs sentiments, leurs réactions, leurs expressions.

C'était aussi la première fois qu'une femme osait évoquer l'amour sous cet angle, et mettre en scène une situation  « immorale » – la grossesse de Florentine Lacasse et l'attribution de la paternité à une tierce personne –, en un temps où les contraintes religieuses interdisaient que l'on parle de « ces choses-là ».

Enfin, c'était la première fois qu'un auteur dénonçait avec indignation l'exploitation outrancière du peuple canadien-français par les industriels et les «petits boss», exploitation symbolisée par le fossé qui sépare les bas-fonds de Saint-Henri de la montagne de Westmount aux résidences patriciennes. Par conséquent, ce fut une révolution dans le monde des lettres québécoises, et une révélation pour les lecteurs de cette époque.

Deuxièmement, au mépris des « traversées du désert » qu'elle a connues au cours de sa carrière, Gabrielle Roy s'est toujours efforcée de se soustraire aux modes éphémères et aux influences passagères de son temps. Elle a dédaigné les succès faciles, adroitement évité le piège de «l'écrivain engagé» lors du triomphe de la Révolution tranquille, et refusé d'exploiter sa vie durant la veine qui avait fait son premier succès – cela, même si l'étiquette de « romancière du réalisme social »  lui a collé à la peau tout au long de son existence. Dès le second roman, elle rompait avec son inspiration initiale, en nous peignant un triptyque de la vie rurale sur une île mi-réelle mi-imaginaire du Manitoba, allégorie de la nostalgie universelle du paradis originel : La Petite Poule d'eau (1950).

Par la suite, elle déployait l'éventail diversifié de ses talents, en décrivant tour à tour le mal-être existentiel du citadin (Alexandre Chenevert, 1954), la quête d'absolu de l'artiste (La Montagne secrète, 1961), le déchirement des Autochtones entre deux mondes (La Rivière sans repos, 1970), la grandeur mystique de la nature (Cet Été qui chantait, 1972), la difficile adaptation des pionniers dans l'Ouest (Un Jardin au bout du monde, 1975), le voyage d'une mère vagabonde (De quoi t'ennuies-tu, Éveline ?, 1982). S'y ajoutaient la transposition de ses souvenirs d'enfance, de jeunesse et d'enseignement (Rue Deschambault, 1955 ; La Route d'Altamont, 1966 ; Ces Enfants de ma vie, 1977), de larges fragments de son âme (La Détresse et l'Enchantement, 1984 ; Le Temps qui m'a manqué, 1997), des recueils de reportages (Fragiles lumières de la terre, 1978 ; Le Pays de Bonheur d'occasion, 2001), des contes pour enfants (Ma vache Bossie, 1976 ; Courte-Queue, 1979), des correspondances (Ma chère petite sœur – Lettres à Bernadette : 1943-1970, 1988 ; Mon cher grand fou – Lettres à Marcel Carbotte, 1947-1979), et de nombreux inédits.

La volonté de Gabrielle Roy de surprendre ses lecteurs à chaque nouvelle parution et d'échapper à toutes les tentatives de cloisonnement, de classification et d'enfermement de son œuvre, a permis à cette dernière de s'élever au-dessus de la prolifération des publications en vogue et de préserver sa pureté, son originalité et son unicité.

Troisièmement, par la profonde humanité qui caractérise son œuvre, Gabrielle Roy a su toucher un public de tous âges, de toutes nationalités, de toutes catégories sociales et professionnelles. À l'image de la romancière américaine Louisa May Alcott, la « mère » des Quatre filles du Docteur March, elle se met tout entière dans chacune de ses phrases et l'émotion, la sensibilité, la générosité qui s'en dégagent, font d'elle un être rare, l'un des plus grands écrivains de la condition humaine.

Quatrièmement, l'universalité des thèmes qu'elle aborde l'a hissée au premier rang dans la littérature québécoise et canadienne-française, tout en lui assurant une place non négligeable dans la littérature internationale : la condition douloureuse des humbles, des enfants, des femmes et des étrangers ; le cheminement absurde de la vie ; le déracinement des immigrants ; l'inadaptation à la société, à la vie citadine ou campagnarde ; la solitude et l'ennui ; la nostalgie du passé ou d'un « ailleurs » ; le rêve d'un monde meilleur ; la quête de l'absolu ; le voyage ou la fuite ; la guerre; l'incommunicabilité entre les hommes ; les rapports harmonieux ou inharmonieux des êtres avec la nature, pour n'en citer que quelques-uns.

Cinquièmement, l'authenticité de ses personnages, issus de tous les horizons, de tous les milieux, de toutes les classes de la société, lui a acquis les suffrages de milliers de lecteurs au Canada et dans le monde. Ancienne comédienne du Cercle Molière de Saint-Boniface, sa ville natale, et auteur elle-même de plusieurs pièces qui furent jouées au théâtre et à la radio, à Montréal, Gabrielle Roy excelle à mettre en scène les petites joies, les lourdes peines, les angoisses, les échecs, les rêves et les aspirations des êtres humains. Hantés par d'obsessionnelles questions existentielles, déchirés entre de multiples contradictions et incapables d'harmoniser leurs désirs, ces anti-héros ne nous ressemblent-ils pas comme des frères et sœurs ?

La séduction qui émane des œuvres de Gabrielle Roy est encore renforcée par ses descriptions vivantes et animées de la nature, toujours évoquée sous forme de symboles en étroite symbiose ou en profonde contradiction avec les états d'âme des protagonistes ; par sa vision anthropomorphique des éléments primordiaux : l'air (le vent), la terre, l'eau, le feu, ramenés à leur authenticité primitive et sacrée ; par l'attention qu'elle porte au moindre petit détail, fait ou drame de la vie humaine ou naturelle ; et dans certains de ses ouvrages, par l'absence de références toponymiques, qui donne une dimension universelle à ses décors, à ses personnages et à ses intrigues.

Sixièmement, la simplicité de son style, mariant les puissants raccourcis de la langue nord-américaine à la perfection du classicisme français, a rendu son œuvre accessible au plus grand nombre. Réalisme et poésie, humour et ironie, fraîcheur et spontanéité, raffinement et légèreté, se conjuguent harmonieusement pour donner naissance à cette écriture d'une luminosité et d'une limpidité rayonnantes. En nous conviant à un perpétuel va-et-vient entre rêve et réalité, en jetant sur ses phrases comme un chatoiement d'ombres et de lumières, de mystère et de vague nostalgie, de détresse et d'enchantement, la romancière crée une atmosphère romantique et onirique qui nous replonge dans les contes et légendes de notre enfance.

Septièmement, la modernité de l'œuvre de Gabrielle Roy, jointe à son parti-pris de transgresser certaines règles formelles tout en demeurant fidèle aux traditions du passé, lui a ouvert les portes de l'immortalité. Novatrice, quoiqu'en disent ses détracteurs, l'écrivain a fait éclater la notion de genre littéraire, la structure de ses ouvrages relevant à la fois du reportage, de la nouvelle, du récit et du conte oriental (une histoire ouvre sur une autre, laquelle en entraîne une autre, et ainsi de suite). Son art fait montre d'une singulière originalité : à la manière des peintres japonais, elle procède par petites touches subtiles et délicates, toutes en nuances et en demi-teintes, par une juxtaposition de petits paragraphes précis et concis, composant une mosaïque qui s'épanouit en une vaste fresque.

Enfin, huitièmement, le mystère qui a toujours entouré l'écrivain a presque donné naissance à un « mythe Gabrielle Roy ».  En effet, jusqu'à la publication de la biographie de François Ricard, Gabrielle Roy, une vie (Éditions Boréal, 1996), qui fit des révélations inédites sur sa vie et sa personnalité, puis de mon propre livre, Les Chemins secrets de Gabrielle Roy (Éditions Stanké, 1999), un recueil de témoignages manitobains, l'on ignorait à peu près tout d'elle. Elle avait la réputation d'être une femme assez sauvage, vivant retirée entre Québec et son chalet de vacances, à Petite-Rivière Saint-François, ne participant jamais au lancement de ses ouvrages, ni à ses remises de prix, ni aux salons du livre, recevant peu de visiteurs et de journalistes. Tout en respectant sa vie privée, les ouvrages susmentionnés ont soulevé un pan du voile...

Gabrielle Roy est l'une des plus belles fiertés du patrimoine québécois. Établie dès l'âge de trente ans à Montréal, elle a toujours fidèlement écrit sur sa patrie d'adoption et obtenu les plus hautes distinctions littéraires décernées au pays, dont le prix David pour l'ensemble de son œuvre (1970). Étudiée dans les écoles et les universités, elle a également influencé de nombreux écrivains contemporains, dont Jacques Poulin, Michel Tremblay, Monique Bosco, Antonine Maillet.

Devenu un extraordinaire phénomène médiatique dès sa parution, Bonheur d'occasion a fait rayonner le Québec un peu partout dans le monde en étant choisi comme «Livre du mois» par la Literary Guild of America (New York, 1947), en voyant ses droits rachetés par la Universal Pictures (Hollywood, même année), et en remportant le prix Fémina (France, même année).

Nombre de nationalistes m'ont confié qu'ils considéraient Gabrielle Roy comme un précurseur, en ce qu'elle a été la première à capter véritablement «l'âme québécoise», l'essence du pays. Bonheur d'occasion apparaît comme la célébration du peuple nouveau, du peuple urbain. Enfants ou petits-enfants d'agriculteurs déchirés entre le monde rural et le monde citadin, ces lecteurs y retrouvent les vestiges de leur vie familiale et se reconnaissent dans les personnages de Florentine Lacasse et de Jean Lévesque, qui incarnent, selon eux, le peuple québécois et son accession vers l'autonomie et l'indépendance. 

Gabrielle Roy est également l'une des plus belles fiertés du patrimoine de l'Ouest franco-canadien. Grand peintre du Manitoba, elle a révélé à d'innombrables lecteurs la poésie de l'âme, à la fois nostalgique et colorée, de cet immense pays méconnu, parfois mal-aimé. Nombre de ses œuvres ont pour cadre les lieux de sa jeunesse et témoignent d'une authentique nostalgie de sa région natale, de ses paysages et de ses habitants. Dans la patrie de Louis Riel, l'on a coutume de dire qu'entre 1945 et 1960, Gabrielle Roy a « sauvé l'Ouest » du désert littéraire qui régnait à cette époque, et redonné une dignité à ses compatriotes, frappés d'ostracisme par les lois Greenway (1890) et Thornston (1914), qui avaient officiellement supprimé la langue française dans cette province. Considérée comme un chef de file, elle compte de nombreux enfants spirituels, au nombre desquels les écrivains Simone Chaput et Monique Genuist. Actuellement, la petite ville de Saint-Boniface tente de transformer sa maison natale, rue Deschambault, en un musée consacré à sa mémoire.

P.S. Pourquoi lit on encore son œuvre ? Qui a-t-il dans ses écrits qui séduit toujours les lecteurs ?

I.T. Je pense que l'œuvre de Gabrielle Roy est toujours autant lue et appréciée pour les raisons que j'ai expliquées précédemment.

P.S. Quelles études envisagez-vous sur son œuvre ? Que reste-t-il reste aux chercheurs à explorer ?

 I.T. Ayant déjà consacré un certificat de maîtrise, un D.E.A. (Diplôme d'études approfondies), une thèse de doctorat de 3e cycle, des ouvrages, dont Les Chemins secrets de Gabrielle Roy, ainsi que de nombreux articles, conférences, émissions, expositions de photos, etc. à Gabrielle Roy, je n'envisage plus de lui consacrer de nouvelles études, sinon des articles ou des conférences pour le grand public, si on me le demande. Néanmoins, je continuerai volontiers à lire ce qui s'écrit sur elle.

Je m'estime mal placée pour donner des conseils aux professeurs, aux chercheurs ou aux étudiants. Toutefois, il me semble que les recherches sur la vie et l'œuvre de Gabrielle Roy sont loin d'être épuisées. Il serait particulièrement intéressant d'approfondir ses sources littéraires et d'étudier l'influence de ses lectures sur son œuvre. Elle était férue de littérature grecque, latine, française, canadienne-française, anglaise, russe, scandinave, et, selon Myrna Delson-Karan, vouait un véritable culte à la romancière suédoise Selma Lagerlöf.

P.S. À partir des manuscrits publiés depuis sa mort (par exemple, La Détresse et l'Enchantement, Lettres à Bernadette), qu'apprend-on de l'auteur et de son œuvre ?

I. T. : Avec la publication de La Détresse et l'Enchantement, suivie du Temps qui m'a manqué, puis de Ma chère petite sœur – Lettres à Bernadette 1943-1970, Gabrielle Roy renoue avec le genre intimiste, inauguré par La Route d'Altamont, Rue Deschambault et Ces Enfants de ma vie, une transposition magnifiée de ses souvenirs d'enfance et de jeune enseignante.

Loin de nous offrir une série de révélations extraordinaires ou une brochette de détails à sensations, l'autobiographie en deux volumes apparaît bien plutôt comme un recueil de  « morceaux choisis » de la vie de son auteur, et l'expression d'un regard jeté, avec cette distance attendrie et quelque peu indulgente que confère l'âge, sur les trente premières années d'une existence.

Par conséquent, il ne s'agit pas d'un récit linéaire et chronologique, mais d'une « recréation » – pour reprendre une expression chère aux commentateurs de l'œuvre de Gabrielle Roy –, laissant le champ libre à une interprétation personnelle des événements et au cheminement de la mémoire, qui effectue d'incessants allers et retours entre passé, présent et futur.

Nombre de critiques ont « reproché » à l'auteur d'avoir embelli, idéalisé, transfiguré certains épisodes de sa jeunesse, ou au contraire,  exagéré, assombri, dramatisé certains autres. Je pense qu'il faut considérer ce livre comme le « roman de la vie » de Gabrielle Roy, son meilleur, sans aucun doute. Jamais autobiographie n'aura illustré de manière aussi magistrale le mot de Jean Cocteau : « la littérature est un mensonge vrai. »  

Qu'y apprend-on ? Sur le plan événementiel, l'auteur nous raconte avec un souci sincère d'objectivité et d'authenticité, ses humbles débuts dans la vie : son enfance à Saint-Boniface, heureuse, quoique marquée par un douloureux sentiment d'aliénation dans cet îlot francophone entouré d'une mer anglophone, par une santé fragile, et par la modicité de la fortune familiale ; l'existence, souvent laborieuse, de ses ancêtres et de ses proches ; son apprentissage scolaire et ses expériences d'enseignement, placés tantôt sous le signe de l'échec, tantôt sous celui du succès ; son adolescence romantique, tourmentée par l'ennui et le désir d'un «ailleurs», d'une autre vie ; son affection pour sa mère, qu'elle s'accuse d'avoir abandonnée pour «courir le vaste monde», et dont la mort laissera en elle des cicatrices indélébiles ; sa découverte émerveillée des enfants, des immigrants, des paysages du Manitoba, de la littérature, de l'écriture, du théâtre, des voyages ; le demi-ratage de son séjour en Europe et l'abandon de ses ambitions théâtrales ; ses amours contrariées ; ses premières armes de journaliste au Québec, puis l'envol de l'écrivain.

Mais au-delà de la simple relation des faits, c'est un portrait intime des autres et d'elle-même que l'écrivain nous livre, en une succession d'impressions, de sensations, de réflexions, d'émotions – parfois fugitives –, qui fait davantage de ce livre un ouvrage « d'atmosphère » que de souvenirs. Comme si la  « mémoire affective » prenait systématiquement le pas sur la mémoire des événements, en un perpétuel balancement entre souffrance et bonheur, joie et tristesse, espoirs et regrets. Oscillation que l'on retrouve dans le mouvement des phrases, qui se colorent tour à tour ou conjointement des états d'âme enthousiastes et désenchantés de leur auteur.

S'il arrive parfois à Gabrielle Roy de se mettre en vedette, elle n'hésite pas, cependant, à avouer certaines de ses erreurs, tout comme ses échecs, ses complexes, ses hésitations, ses interrogations, ses angoisses et ses désespoirs. Toutefois, nulle haine, nul ressentiment, nul jugement négatif à l'égard d'autrui ne viennent entacher sa plume. Chez elle, domine surtout le désir de faire le point sur elle-même, sur ses relations avec son entourage, et de gommer les défauts des autres pour mettre en valeur leurs qualités. Tout comme avec ses personnages de roman, elle plonge au cœur même des êtres pour faire jaillir la lumière qui brille tout au fond d'eux.

De la lecture de cette autobiographie, émerge l'image d'une femme contradictoire, à la fois forte et fragile, modeste et imbue d'elle-même, aimante et indépendante, heureuse et déchirée, qui ne trouvera son refuge, son salut, un exutoire à ses malheurs, que dans l'écriture. En résumé, une femme profondément humaine et attachante, même si Paul Genuist, auteur du pertinent article  « Gabrielle Roy : personnage et personne »2, nous engage à ne pas confondre le personnage qu'elle crée et met en scène à partir d'elle-même, et sa personne véritable.

La construction en abîme de ce double livre, formé d'une succession d'histoires contenant elles-mêmes d'autres histoires, nous tient sous l'emprise de son charme envoûtant. Éclatée en une multitude de fragments, la narration, en épousant les caprices et les détours de la mémoire, rayonne comme un diamant, un soleil ou un miroir qui nous renvoie le reflet d'une Gabrielle Roy à la fois proche et insaisissable.

On n'y surprendra pas le secret de son âme, mais on y retrouvera avec plaisir la conteuse, la journaliste-reporter, la portraitiste, la dialoguiste, la confidente, le confesseur, la mémorialiste, la philosophe et le poète. L'on y savourera toutes les qualités qui font de cet auteur une magicienne de la plume : un style alerte, savant mélange de douceur et de vigueur ; le don de l'observation, de la mise en scène, de la description et du suspens ; un sens aigu de la psychologie humaine et de la nature ; une sensibilité au moindre petit détail (images, sons, couleurs, parfums...) ; la faculté de peindre, dans des tonalités chargées de réminiscences, de songes et de mélancolie, de vastes fresques constituées d'une suite de petits tableaux ; et cet indicible sentiment de « compassion » – pour reprendre un terme fréquemment utilisé par les spécialistes de son œuvre –, dont elle entoure les êtres qu'elle rencontre, tout comme ses personnages de fiction. 

Sur le plan strictement littéraire, Gabrielle Roy se refuse à essayer d'expliquer les mécanismes de son œuvre en termes pédants et alambiqués. Son autobiographie pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses, et nous renvoie au mystère insondable de la création. L'écrivain avoue s'abandonner volontiers à l'inspiration et faire confiance à la  «folle du logis». Par conséquent, on ne sait jamais à quel moment elle met sa mémoire au service de son imagination, et vice versa. À l'opposé de sa sœur, l'écrivain Marie-Anna Roy (1893-1998), elle refuse de faire de ses romans une copie servile de la réalité, lui préférant une forme de réalisme poétique. Si, dans Bonheur d'occasion, elle s'était attachée à une reconstruction minutieuse du terrain, elle reconnaît avoir rapidement abandonné ce procédé pour donner toute liberté à sa fantaisie. Technique qui, paradoxalement, contribue à créer l'illusion d'une vérité plus vraie que nature, et donne une portée universelle à son œuvre.

Si elle demeure relativement discrète sur son art, Gabrielle Roy ne nous en livre pas moins quelques-uns de ses secrets de fabrication. Ainsi nous éclaire-t-elle sur la genèse de plusieurs œuvres : Bonheur d'occasion, né de l'indignation qu'elle a ressentie face au spectacle de la misère, dans le quartier Saint-Henri de Montréal ; La Petite Poule d'eau, dont l'intrigue a surgi lors de ses séjours en France et en Angleterre.

On apprend qu'un tout petit détail, une émotion, une sensation, une rencontre de hasard lui ont suggéré certains de ses thèmes ou de ses épisodes : dans La Montagne secrète, le « bonheur ineffable »  qui soulève le peintre Pierre Cadorai en entendant, à la fin de l'hiver, les gouttes d'eau tomber des arbres, fait écho à la joie que l'écrivain a éprouvée lors de l'éclosion de son premier printemps londonien.

Parallèlement, on découvre qu'elle mêle personnes réelles, lieux familiers et événements authentiques sans aucun souci de véracité, ces derniers ne servant le plus souvent que de point de départ à l'élaboration d'une histoire de son cru. Il lui arrive également d'utiliser l'aspect physique et (ou) les traits de caractère de plusieurs personnes pour créer un personnage de fiction : sa propre mère devient l' Éveline vieillissante de La Route d'Altamont ; deux hommes croisés en voyage se transforment en chef de gare et en marchand de bestiaux dans La Petite Poule d'eau.

Inversement, une seule personne peut donner naissance à une diversité de protagonistes : les petits-cousins de Gabrielle Roy, ainsi que les sept élèves auxquels elle a enseigné à la Petite Poule d'eau, ont servi de modèle aux innombrables enfants du roman éponyme.

Dans le même ordre d'idées, l'auteur n'hésite pas à prendre des libertés avec la description des lieux qu'elle fait revivre (la Poule d'Eau), et dont elle ne cite pas toujours le nom (le village de Cardinal dans Rue Deschambault et Ces Enfants de ma vie ;  celui de Marchand dans Cet Été qui chantait).

En fait, à l'instar de Marguerite Yourcenar dans ses Nouvelles orientales, Gabrielle Roy s'attache davantage à décrire « l'essence des choses que les choses elles-mêmes » et l'impression générale que celles-ci lui ont laissée. Chez elle, on peut parler sans trop s'avancer de fidélité à l'imagination et d'invention de la mémoire...

En complément à l'autobiographie, vient la correspondance avec sa sœur préférée, la religieuse Bernadette, qui s'étire sur une période de vingt-sept ans, entrecoupée de longs silences dus à l'élaboration de son œuvre et à ses problèmes de santé. Là encore, aucun effet sensationnaliste, aucun détail croustillant : succès littéraires, voyages, rencontres, relations familiales, petits et grands événements, tels l'achat du chalet de Petite-Rivière-Saint-François, comptes-rendus de lectures et d'activités diverses composent la toile de fond de ces lettres qui nous renseignent sur la vie quotidienne de Gabrielle Roy et sur l'état de son moi intérieur.

Même si cette dernière choisit minutieusement le thème de ses confidences, tout en s'efforçant de conserver un ton enjoué afin de ne pas inquiéter la religieuse, elle n'en laisse pas moins transparaître la douleur que lui inspirent ses rapports tumultueux avec son autre sœur, Marie-Anna Roy, et la disparition prochaine de sa correspondante.

Véritables morceaux d'anthologie, ces textes trahissent l'écrivain perfectionniste qui, jusque dans son courrier, s'attache à peaufiner son style, classique, rigoureux, d'une élégante pureté. De même reflètent-ils le profond attachement de Gabrielle Roy pour les membres de sa famille, ainsi que sa grande sollicitude à l'égard de ses sœurs Clémence et Bernadette, dont l'état de santé et le bien-être matériel semblent être une préoccupation constante chez elle. Enfin, ils dévoilent l'image d'une femme simple, hypersensible, d'une grande richesse intérieure, moins soucieuse du paraître que d'accueillir, au jour le jour, les petits bonheurs et les miracles du quotidien, en quête d'une connaissance toujours plus approfondie d'elle-même et de son entourage.

Pour ma part, j'ai été particulièrement sensible à l'amour de l'écrivain pour la nature, qui se traduit par de vastes descriptions de paysages (celle du lac Manitoba, par exemple) ou par de brèves notations ; amour qui se confond avec celui d'un Dieu adoré en dehors des structures traditionnelles de l'Église catholique. Grâce à l'écriture, la contemplation de la nature et la maladie de sa sœur (condamnée par un cancer), il semblerait que Gabrielle Roy redécouvre les chemins perdus de la foi. Une foi qui s'affermit et grandit de jour en jour, jusqu'à éclater en un véritable hymne au Créateur. Mysticisme et littérature se rejoignent, en effet, dans les lettres datées de 1970 : véritables poèmes ou prières en prose, petits chefs-d'œuvre de précision, de sensibilité et d'émotion encore trop méconnus de nos contemporains, ils annoncent déjà Cet Été qui chantait, ce recueil de nouvelles où la narratrice retrouvera l'âme de Bernadette dans « le vent, les arbres » et « la beauté du monde ».

À la fois portrait de Gabrielle Roy, portrait de sa sœur et portrait de la nature, cette correspondance ne se livre pas au premier coup d'œil ou à la première lecture : l'on éprouvera le besoin de s'y plonger à plusieurs reprises, afin d'en écouter palpiter les rythmes, les résonances, l'intime chant intérieur.

P.S. Qu'est-ce que son œuvre vous dit à vous personnellement ? La lecture de ses écrits a-t-elle laissé sa marque ?

 I.T. Je suis sensible à tous les aspects de l'œuvre de Gabrielle Roy, aspects que j'ai développés dans mes propos précédents, et en particulier au charme indicible et mélancolique qui se dégage de ses phrases, de ses paysages, des regrets de son enfance, et qui vous colle à l'âme. Elle me fait songer aux couchers de soleil nostalgiques décrits par Verlaine ou Pierre Loti, qui vous poursuivent longtemps après leur lecture, et vous laissent une impression ineffaçable. Un peu comme la marée qui, en se retirant, teinte le sable de mer et de ciel, de galets et de coquillages, d'odeur d'algues et de sel.

J'admire aussi la foi de la romancière en l'humanité et en un monde d'amour, fraternel et uni, car c'est un idéal en lequel je ne crois pas, même si, paradoxalement, je le défends dans mes livres, mes articles et mes différentes actions.

Si j'ai passé autant de temps à étudier les écrits de Gabrielle Roy, c'est qu'ils m'ont ensorcelée, au sens premier du terme, pendant de longues années. En 1983, la lecture de La Montagne secrète, qui fut une véritable révélation pour moi, a été le point de départ d'un voyage littéraire, humain, géographique et spirituel à travers le Canada, qui se poursuit maintenant depuis plus de dix ans.

 Néanmoins, je me suis obligée à prendre quelque distance par rapport à la romancière, car j'avais envie de lui consacrer une grande partie de ma vie et, par conséquent, me serais fermé d'autres horizons tout aussi fascinants. Difficile, en effet, de ne pas succomber au puissant attrait de son œuvre : mystérieuse, miroitante à l'infini de rêves, d'illusions, de promesses, elle est d'une telle richesse que plus vous vous enfoncez en elle, plus vous y découvrez de trésors et avez envie de poursuivre votre exploration.

Gabrielle Roy est de ces écrivains que l'on ne se lasse pas de relire, tant elle vous procure des plaisirs émotionnels, esthétiques, intellectuels et mystiques sans cesse renouvelés.

Contrairement à ce que l'on a parfois dit ou écrit sur moi, je ne me reconnais pas comme la fille spirituelle de Gabrielle Roy. Je ne revendique pas une place qui revient de droit à quelques auteurs et intimes de l'auteur ayant eu le privilège de la connaître ou de travailler à ses côtés. Son style n'a d'ailleurs guère marqué le mien, même si plusieurs écrivains m'ont assuré retrouver dans mes livres certaines caractéristiques proches de son écriture.

Par contre, je ne cacherai pas que la femme a exercé une profonde influence sur moi. Son propre parcours n'est pas étranger à la décision que j'ai prise, dans la seconde moitié des années 1980, de me tourner vers le journalisme, après deux ans d'enseignement. Assurément a-t-elle contribué à m'ouvrir les yeux sur le monde, car jusqu'à l'âge de vingt-sept ou vingt-huit ans, je ne m'étais jamais intéressée aux autres, et la situation internationale me laissait parfaitement indifférente.

Comme Gabrielle Roy qui porte un regard d'enfant émerveillé et plein de tendresse sur les êtres, j'ai privilégié à mon tour, dans mon travail de chroniqueur, le portrait des humbles et des créateurs méconnus. De même, si je n'avais pas croisé cette romancière sur ma route, sans doute n'aurais-je jamais écrit Les Chemins secrets de Gabrielle Roy, qui a donné pour la première fois la parole aux  « petites gens » de l'Ouest.

À l'inverse, je sais que je tiens en grande partie de Gabrielle Roy cette fâcheuse tendance au repliement sur soi, mon goût prononcé pour la solitude et l'indépendance, et surtout ma propension à fuir l'aspect public du métier d'auteur, avec son cortège de contraintes et d'obligations sociales.

C'est bien la preuve qu'il ne faut pas laisser les écrivains ou les personnages historiques prendre trop de place dans votre vie intérieure : Gabrielle Roy est de ceux qui vous habitent totalement, vous hantent et vous obsèdent, allant jusqu'à vampiriser le temps, l'énergie, la personnalité des chercheurs qui tentent de percer l'énigme de son être.

P. S. Selon vous, quel serait son meilleur roman ou écrit ?

I.T. J'ai longtemps cru que La Montagne secrète était le meilleur roman de Gabrielle Roy, en raison de l'exotisme de ses descriptions du pays canadien – toujours promptes à séduire un lecteur d'origine française ; de son intrigue menée à un rythme haletant, même si ce livre n'est pas un véritable roman d'aventures ; de l'originalité du double itinéraire du peintre Pierre Cadorai, à la fois géographique et symbolique ; et de la véracité de ce personnage, très proche d'un de mes cousins, lui-même artiste-peintre et sculpteur. En fait, il ne s'agissait que de mon roman préféré...

Ensuite, j'ai lu Bonheur d'occasion et, comme beaucoup de lecteurs, j'ai crié au génie...

C'est alors qu'Alexandre Chenevert  est entré dans ma vie : la fragilité de ce petit employé de banque, que l'on voudrait prendre sous son aile pour le protéger des coups bas de l'existence, les méandres tourmentés de sa personnalité, qu'épouse admirablement la narration, sa prise de conscience tardive d'une vocation d'écrivain qui ne pourra jamais s'épanouir, sa redécouverte de la foi, laquelle se confond avec son amour de la nature et son séjour inoubliable au lac Vert, m'ont littéralement bouleversée, tant ces correspondaient à mon parcours personnel.

Pourtant, ce roman a été vite remplacé par La Rivière sans repos : j'ai trouvé l'histoire de cette femme abandonnée par son fils, si vraie dans sa tragique beauté, que ce doit être une des rares fois où j'ai pleuré en refermant un livre...

Toutefois, après mon premier séjour au Manitoba, La Route d'Altamont et Rue Deschambault m'ont divulgué leur valeur hautement initiatique et symbolique – je ne l'avais pas vraiment perçue au cours de mes études à l'université. J'ai alors éprouvé le besoin de les lire et de les relire jusqu'à l'obsession, afin de me pénétrer de leurs scènes et de leurs métaphores.

Mais voilà que Ces Enfants de ma vie ont libéré les sortilèges de l'enfance, et que je suis tombée sous le charme troublant du jeune rebelle Médéric Eymard, dans la nouvelle « De la truite dans l'eau glacée »... Dès lors, je n'ai plus juré que par cet ouvrage...

Par la suite, je n'ai plus songé qu'à vivre à l'ombre des paradis de Un Jardin au bout du monde (le jardinet amoureusement fleuri de Martha Yaremko), et surtout de Cet Été qui chantait, œuvre aussi pure qu'une goutte de cristal ou la trille d'un rossignol...

Cependant, dès la parution de La Détresse et l'Enchantement, il n'y a plus eu moyen de m'arracher à cet impressionnant volume, qui m'est apparu comme le sommet de l'art de Gabrielle Roy. Néanmoins, son pendant, Le Temps qui m'a manqué, m'a révélé que le style de la romancière avait encore évolué et progressé. Aussi ai-je dévoré et redévoré ce petit livre...

Conclusion : je n'ai jamais pu demeurer fidèle à une œuvre de Gabrielle Roy en particulier, et même si je considère La Détresse et l'Enchantement comme l'une des plus grandes autobiographies de la littérature mondiale, rejoignant en cela l'opinion de la critique américaine, je ne pense pas qu'il y ait, chez elle, un écrit qui soit meilleur qu'un autre. Tous sont à la fois proches et différents, manifestent les qualités et les défauts inhérents aux chefs-d'œuvre, touchent au plus profond de l'humain et de notre être particulier. Aux gens qui me demandent des conseils de lecture, je ne manque jamais de répondre par cette parodie de Stéphane Mallarmé : « Prenez Gabrielle Roy, on y trouve tout ! »

P.S. Quelle est pour vous la plus grande qualité de Gabrielle Roy et de son œuvre ?

I.T.  Son extraordinaire humanité ; mais aussi son étonnant pouvoir de séduction. Comme je l'ai souligné tout à l'heure, limpidité, luminosité et musicalité me paraissent assez bien résumer ses autres qualités.

 Intime reflet de sa création, Gabrielle Roy est l'un des écrivains qui, dans un style d'une rare simplicité, a le mieux saisi l'âme humaine dans son unité et sa diversité, sa fragilité et sa complexité, l'absurdité de ses contradictions et sa quête insatiable d'infini. Même si son œuvre souffre actuellement d'un mauvais concours de circonstances (entre autres de la mainmise de cliques québécoises sur elle), je n'hésite pas à la placer au même rang que Dostoïevski, Gogol, Tchékhov, Edgar Poe, Virginia Woolf, Proust, Kafka, James Joyce...

NOTES

1. Article paru dans L'Action nationale, vol. 92, n° 5, Montréal, mai 2002, p. 59-78 ; repris dans Les Chemins retrouvés de Gabrielle Roy – Témoins d’occasions, par Ismène Toussaint, Montréal, Éditions Stanké/Québécor Média, 2004, p. 423-436 ; dans ; dans Ismène Toussaint, 23 mai 2012, http://www.ismenetoussaint.com/ArticleView.php?article_id=60 ; cité dans  Rituel du retour dans l’œuvre de Gabrielle Roy, par Ève-Marie J. David, thèse de maîtrise présentée à l’Université Brigham Young, Ontario, décembre 2004 : Internet : http://www.contentdm.lib.byuedu/ETD/image/etd638.pdf ; cité dans French XX Bibliography Critical and Bibliographical References for the Study, by William J. Thompson, 2004,  p. 18277 ; Internet : http://www.books.google.fr/

2. Paul Genuist : « Gabrielle Roy, personnage et personne », Actes du 19e colloque du CEFCO : Langue et communication, Saint-Boniface, Presses de l'Université de Saint-Boniface, 1990, p. 117-126.


 

 © Ismène Toussaint -
Photo en haut : Monument de Québec -

        

 

 

 

 

        
 


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