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ISMÈNE TOUSSAINT

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT PAR MME ANNIE BOURGAULT SUR « LES CHEMINS SECRETS DE GABRIELLE ROY – TÉMOINS D’OCCASIONS », ÉMISSION « RADIO-RÉVEIL », CKSB RADIO-CANADA, SAINT-BONIFACE, MANITOBA (4 FÉVRIER 1999)


La station de radio CKSB à Saint-Boniface

INTERVIEW D'ISMÈNE TOUSSAINT PAR MME ANNIE BOURGAULT SUR LES CHEMINS SECRETS DE GABRIELLE ROY  – TÉMOINS D’OCCASIONS
 
ÉMISSION « RADIO-RÉVEIL », CKSB RADIO-CANADA, SAINT-BONIFACE, MANITOBA (4 FÉVRIER 1999)

A.B : (Courte présentation de l'émission Radio-Réveil)... On apprend plein de choses dans ce livre, Les Chemins secrets de Gabrielle Roy – Témoins d'Occasions, publié aux Éditions internationales Alain Stanké, parce que ce sont des témoignages de Franco-Manitobains qui ont côtoyé Gabrielle Roy et c'est Ismène Toussaint, une écrivaine native de Saint-Brieuc, en France, qui en est l'auteur. Elle est venue pour la première fois au Manitoba en 1989 – il y a déjà dix ans – pour y compléter un doctorat de littérature canadienne. Elle devait rester ici six mois... elle est demeurée ... quatre ans ! Elle a même été journaliste et conseillère en édition pendant son séjour. Elle est actuellement à Montréal. C'est une passionnée... Elle est tombée en amour avec Gabrielle Roy mais aussi, comme vous allez le voir, avec les Franco-Manitobains. Voici l'entrevue qu'elle m'a accordée ...

A.B. : Ismène Toussaint, bonjour !

I.T. : Bonjour, Annie !

A.B. : Vous êtes journaliste, vous venez de Saint-Brieuc, en Bretagne où vous avez déjà écrit et publié plusieurs choses mais... vous considérez le Manitoba comme votre second pays. Comment a débuté cette histoire d'amour ?

I.T. : Avec le pays ? Déjà dès en arrivant, ça m'est tombé dessus, comme cela... Le paysage, je dirais, a été vraiment une révélation, ces grands espaces, les grands champs de blé, l'immensité, le ciel et puis tous les détails. Ensuite, les gens, je crois... ce sont eux qui m'ont retenue au pays, en particulier les gens de Saint-Boniface et des petits villages manitobains.

A.B. : Et cette rencontre avec Gabrielle Roy ? Elle s'est faite, non pas au Manitoba, mais bien lorsque vous étiez chez vous, en France...

I.T. : Oui, exactement. À l'époque, je suivais un cours de littérature canadienne à l'Université et c'est comme cela que j'ai découvert Gabrielle Roy. En lisant La Route d'Altamont  qui ne m'avait pas beaucoup accrochée au départ. J'avais été sensible à la grande qualité du style mais pas vraiment aux petites histoires que j'avais trouvées un peu plates. Je n'avais peut-être pas très bien compris leur valeur symbolique et ne connaissant pas bien le Manitoba ni Gabrielle Roy, c'était resté un peu abstrait pour moi. Mais c'est surtout en lisant La Montagne Secrète  que là, vraiment, ça a été le coup de foudre ! Pas avec Gabrielle Roy, parce que je ne connaissais pas sa personnalité – c'est au Manitoba que je l'ai découverte – mais avec son roman. Je ne travaillais que sur ses textes et on peut dire que c'est La Montagne Secrète  qui m'a donné envie de venir au Canada. Gabrielle Roy, je l'ai « rencontrée », en fait, à Saint-Boniface. Les gens m'en parlaient tellement que j'ai eu envie d'aller au-delà et de découvrir sa personnalité en tant que femme.

A.B. : Alors ici, c'est davantage le texte, l'histoire, que l'auteur qui vous a attirée ?

I.T. : Au départ, tout à fait, oui !

A.B. : Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire un livre sur Gabrielle Roy  ? Parce que François Ricard avait déjà écrit beaucoup sur elle !

I.T. : Oui, c'est exact, M. Ricard est d'ailleurs venu il y a quelques années faire des recherches au Manitoba pour écrire sa biographie. Mais il n'y a jamais vécu et c'est ce qui fait toute la différence entre le présent travail qui porte sur notre province et le sien. D'autre part, ce n'est pas une biographie que j'ai écrite – quoiqu'il y ait une part biographique dans mon livre –, c'est un recueil de témoignages inédits de personnes qui ont connu Gabrielle. Il y a aussi une partie essai mais moi, ce qui m'intéressait, c'était de découvrir la vie quotidienne de Gabrielle dans son pays natal et les gens qui l'avaient connue. J'ai approfondi ce point-là. Je n'ai jamais eu l'intention de faire une grosse biographie mais de travailler sur des êtres vivants. De cette façon-là, j'étais sûre d'approcher la femme.

A.B. : Comment est-ce que vous avez approché les gens ? Comment est-ce que vous avez établi des relations avec les gens de Saint-Boniface pour qu'ils vous parlent de Gabrielle Roy ?

I.T. : Ah, bien cela... Henri Bergeron m'a dit : « Vous avez vraiment réussi à gagner leur confiance parce que pour faire parler les gens de Saint-Boniface et des villages, ce n'est pas facile ! » D'abord, il y avait des gens qui me connaissaient bien et donc qui m'ont recommandée à d'autres. Et puis, moi je suis allée carrément frapper aux portes! Je me suis dit : « Tant pis si je me fais jeter dehors ! » J'y ai été un peu au culot si vous voulez... Les gens m'ont mise en rapport les uns avec les autres, j'ai établi des relations et même après, des amitiés. C'est comme cela que j'ai retrouvé  des membres de la famille, des camarades de classe, des collègues de travail, des spectateurs de théâtre, des amis de la romancière... Je les ai connus en me promenant sur les « chemins secrets », en fait, et puis sur les vrais chemins géographiques d'Altamont, de la Poule d'Eau et du reste.

A.B. : Qu'est-ce qui vous a surpris le plus en écrivant ce livre sur Gabrielle Roy au niveau des gens que vous avez rencontrés ?

I.T. : J'ai été frappée par leur grande honnêteté. Parce que c'est vrai qu'ils auraient pu me raconter n'importe quoi ! Or, j'ai remarqué une chose : c'est que les gens n'ont jamais cherché à tricher ni à dissimuler. Bien sûr, ils ont un peu idéalisé Gabrielle mais ils n'ont jamais caché des aspects d'elle. Ils m'ont dit la vérité, leur vérité, et j'ai beaucoup apprécié cela de la part des Manitobains.

A.B. : Et s'il y avait une chose dont vous voudriez qu'on se souvienne, une chose qu'il ne faudrait surtout pas oublier en lisant votre livre, qu'est-ce que ce serait ?

I.T. : Gabrielle en tant qu'être humain, je crois, parce qu'on a trop tendance à ne voir que l'écrivain, une image de papier glacé, un mythe et... une stèle maintenant. Il faudrait la reconsidérer comme être humain au quotidien, dans ses rapports avec les gens et les petites gens en particulier car elles les aimait beaucoup. Et puis, je crois qu'elle aimait aussi beaucoup ses Bonifaciens et ses Manitobains. C'est cela que j'aimerais qu'on conserve, je pense.

A.B. : Mais... j'ai l'impression que, par le livre que vous venez d'écrire, vous avez envie aussi de faire découvrir non seulement Gabrielle Roy mais l'Ouest, le Manitoba en particulier...

I.T. : Oui, j'aimerais... ça, c'est sûr ! Comme je dis parfois : « J'espère que Dieu me donnera encore quelques belles années pour continuer ». Je voudrais quand même donner à Saint-Boniface un livre dont je sois un peu fière. Bon, bien sûr, je suis contente de ce premier mais j'aimerais faire quelque chose qui le mette vraiment en valeur et le fasse connaître au monde.

A.B. : Dans une très belle lettre ouverte, intitulée Lettre à Saint-Boniface, que j'ai présentement sous les yeux, vous écrivez ceci : « Saint-Boniface, en toi se confond le multiple visage de tes habitants... Ceux que j'ai aimés ou mal aimé, connus ou méconnus, parfois seulement entrevus : commerçants, agriculteurs, enseignants ou prêtres qui, tous, savent si bien te chanter : Saint-Boniface, tu fais chaud au cœur ! » Dites-moi, vous semblez très en amour avec Saint-Boniface ! ...

I.T. : C'est une passion qui dure depuis neuf ans maintenant... Vous savez, comme je l'ai écrit dans cette lettre : « Il ne s'écoule jamais un jour et peut-être même jamais une heure sans que je ne pense à Saint-Boniface... »


A.B. : Est-ce qu'il y a une image de Saint-Boniface en particulier que avez emportée, que vous conservez dans votre cœur ? Ou plus exactement, quelle est l'image qui vous revient le plus souvent à l'esprit ?

I.T. : La Cathédrale, incontestablement, au bord de la rivière Rouge... Cette image m'obsède... Elle est vieille, elle est toute abîmée... Depuis 1968, année ou elle a brûlé, comme vous le savez, il n'en reste plus que la façade qui m'a toujours fait penser à un décor de théâtre ou de carton-pâte... Elle a comme un œil de cyclope vide puisqu'elle n'a plus de rosace mais elle est belle quand même... Pour moi, c'est une des plus belles cathédrales du monde puisque je l'aime. Lorsque j'habitais à Saint-Boniface, j'allais tous les jours lui rendre visite, même la nuit !

A.B. : Ismène Toussaint, on resterait des heures à discuter avec vous de votre passion pour Gabrielle Roy et Saint-Boniface mais nous avons malheureusement, comme vous le savez, un temps d'émission limité. Il me reste à vous souhaiter un beau succès avec ce nouveau livre : Les Chemins secrets de Gabrielle Roy – c'est publié chez Stanké – Merci pour cette entrevue.

I.T. : C'est moi qui vous remercie. Au revoir, Annie ! 

 

 

 

© Annie Bourgault - CKSB Radio-Canada, Saint-Boniface, Manitoba -


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