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ISMÈNE TOUSSAINT

« ANNICK THÉVENOT, MUSICIENNE DE LA COULEUR », PAR ISMÈNE TOUSSAINT, JOURNAL LA LIBERTÉ, FRANCE (1988)

                                                                         
                                                             « Jardins », par Annick Thévenot (2009)

 ANNICK THÉVENOT, MUSICIENNE DE LA COULEUR

PAR ISMÈNE TOUSSAINT, LA LIBERTÉ (1988)

Après avoir exposé à Paris, en Bretagne Sud et même à New York, le peintre Annick Thévenot a choisi de présenter ses œuvres récentes à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor, Bretagne). La Galerie Athéna et le Crédit Immobilier accueillent jusqu'à la fin du mois de mai des travaux sur papier semi-abstraits, inspirés par le thème de la musique.

C'est en écoutant les œuvres des musiciens viennois Berg, Mahler et Schönberg, qu'Annick Thévenot a transcrit ses émotions, ses sensations et ses rêves sous la forme d'une lumineuse calligraphie de couleurs. Violence et douceur se mêlent dans ses aquarelles, suite de variations aux sonorités vives ou pastels. Ici, la musique s'épanouit en un joyeux désordre d'instruments, de chevalets, de partitions, de notes, de clefs, d'altérations... Là, le visiteur contemple, comme en un écrin de cristal, la courbe harmonieuse d'un violon aux reflets érable ou sapin. Les collages de notes sur papier Japon ajoutent à cette impression de transparence. Sur les partitions, les ratures, biffages et griffures témoignent de l'obstination du créateur à corriger et à recorriger son œuvre, qu'il signe, pour finir, d'un vigoureux paraphe.

Plus épurées, plus éthérées, les petites gravures aquarellées font songer à autant d'esquisses, de brouillons et d'essais, qu' Annick Thévenot aurait exhumés du tiroir des compositeurs. Sur les portées, formées de lignes nettes et précises, se dessinent de courts thèmes musicaux, légers et fantaisistes. La musique s'envole sur fond de paysages aux consonances vertes, jaunes ou rouges. Minuscules fées, les croches courent, sautent, dansent ; rieuses, elles se bousculent et s'échappent en pizzicati colorés d'un clavier ivoirin. Ailleurs, noyé dans la pénombre d'un salon fin de siècle, le demi-corps d'un violoncelle n'attend plus que les mains longues et fines d'un jeune homme pour vibrer.

Mais parfois la musique ne constitue qu'un support, qu'une idée de base à partir de laquelle l'artiste a fait jouer couleurs, lumières et volumes. Plus abstraites, en effet, apparaissent les sept toiles grand format que d'aucuns considèrent comme le meilleur de son œuvre. Cette écriture à l'état pur, exaltée et passionnée, pourrait traduire le déchaînement des cordes crépitant sous les coups de l'archet ou encore l'inspiration enfiévrée du compositeur, explosant en une fulgurante symphonie jaune et noire.

Pour la première fois peut-être, une exposition offre aux mélomanes et aux amateurs de peinture de se retrouver pour écouter un véritable concerto de couleurs, orchestré par le pinceau-archet d'un peintre de la musique : Annick Thévenot.

Article paru le 21 mai 1988 dans La Liberté, Saint-Brieuc, France. 


 
« Peinture et musique », par Jean Loriol

 

 

© Ismène Toussaint


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